Les valeurs bancaires suscitent toujours la méfiance

le 21/03/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les banques européennes ont repris des couleurs en Bourse. Mais une normalisation semble exclue

Les valorisations bancaires remontent timidement en 2012.

La revalorisation des banques européennes, observée depuis le début de l’année, se confirme. Le ratio de l’indice DJ Euro Stoxx Bank rapporté à l’actif net comptable moyen des valeurs qui le composent atteignait 0,52 hier. Il est remonté régulièrement depuis son plancher de 0,38, atteint le 25 novembre 2011. Mais on reste encore loin des ratios datant d’avant la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 (1,53 fin 2007 et 2,05 fin 2006). Et semble-t-il pour longtemps, soulignent les observateurs.

La décision de la BCE d’alimenter le marché interbancaire à travers les deux programmes de liquidité à trois ans (LTRO – long term refinancing operation), ainsi que la restructuration de la dette publique grecque ont été déterminantes dans la remontée du secteur en Bourse. En outre, l’hypothèse d’une récession économique violente en Europe ne semble pas se concrétiser. «Le marché ne parie pas sur une explosion du coût du risque des banques», avance un analyste.

Mais des menaces excluent toute normalisation à court terme. La crise a laissé un secteur exsangue: les bilans subissent des cures d’amaigrissement sévères. Alphavalue estime ainsi à 400 milliards d’euros les réductions entreprises par les trois principales banques françaises cotées, BNP Paribas, la Société Générale et Crédit Agricole SA, d’ici à la fin de l’année; ces mesures devraient amputer leurs revenus cumulés de 3 milliards d’euros et leur résultat net de 800 millions. En outre, l’effet de la dette propre des banques, laquelle a permis d’enregistrer des plus-values latentes en 2011, pourrait s’inverser en 2012.

«Les banques restent dangereuses. Je pense que le système bancaire européen ne marque pas ses actifs à leur vraie valeur comme il le devrait, par exemple en Espagne, et qu’il demeure sous-capitalisé», indique pour sa part John Bennett, gérant chez Henderson Global Investors.

Ainsi, les établissements européens n’apparaissent pas tous sous-valorisés. «A 0,6 fois la valeur nette comptable, l’action Deutsche Bank nous semble correctement valorisée. Son niveau de RoE [return on equity] attendu en 2013 (8,9%) est supérieur au secteur (8,1%), mais sa solvabilité Bâle 3 est encore hésitante», écrivent les analystes de Natixis. Les dépréciations de survaleurs passées chez Intesa (10 milliards d'euros) ou hier encore Banca Popolare (3,1 milliards) témoignent aussi d'une surévaluation des actifs. La plupart des analystes retraitent d'ailleurs les survaleurs dans les ratios price-to-book.

Malgré les LTRO, la liquidité reste plus généralement un sujet de préoccupation, qui devra être résolu par une modification profonde du circuit de financement de l’économie. «A défaut, le rôle actuel de la BCE risquerait de devenir la norme […]. Dans ce cas, la valorisation boursière du secteur serait inévitablement plafonnée par son incapacité à maintenir un modèle de financement privé», estiment les analystes de Barclays.

Une sous-valorisation durable apporterait de l’eau au moulin des promoteurs d’une scission pure et simple entre les activités de marchés et la banque de détail. «Si la somme des valorisations entre ces deux types d'activités demeure nettement supérieure au cours de Bourse, l’actionnaire aurait tout intérêt à scinder la banque, estime Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue. Une scission serait fortement créatrice de valeur. Entre 2007 et le 16 mars, les 39 banques européennes cotées que nous suivons ont subi une destruction de valeur de 72%.»

Les valorisations bancaires remontent timidement en 2012.
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Les valorisations bancaires remontent timidement en 2012.

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