Le rapport Vickers s'invite dans le débat politique français

le 10/01/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

John Vickers, auteur du rapport éponyme sur la réforme du secteur bancaire britannique, s'exprimait hier à Paris sur ses recommandations

John Vickers. Photo: Simon Dawson/Bloomberg

C'est à l'invitation du Comité de vigilance et d'analyse économique, un groupement d'experts et de décideurs réunis autour de François Hollande, que Sir John Vickers s'est exprimé hier dans l'enceinte du Sénat. Tout en précisant ne pas vouloir «vendre» ses recommandations à d'autres pays, il a détaillé le sens de la démarche entreprise par la Commission bancaire indépendante (ICB) qu'il a présidée. John Vickers plaide fermement en faveur d'une réforme.

Le mécanisme de «ring-fencing» ou de contingement, autrement dit une filialisation des activités de détail, «réduira la probabilité d'une crise financière et améliorera la stabilité financière», a-t-il souligné. Dans ce cadre, certaines activités seront proscrites aux banques de dépôts : trading de dérivés, d'instruments de titrisation (ABS) ou crédit à des sociétés financières. Le coût de cette mesure pour le secteur est estimé outre-Manche dans une fourchette comprise entre 4 et 7 milliards de livres par an.

Pour John Vickers, la réforme est inéluctable. «Au cours de l'été, des voix se sont élevées pour dire que le secteur était trop fragile pour être réformé, que c'était le pire moment pour le faire. Nous rejetons cette idée», a-t-il souligné. «Une réduction du levier bancaire n'est pas dommageable à la croissance économique à moyen terme», a-t-il poursuivi. L'ICB espère que le Parlement britannique légiférera d'ici mai 2015 pour une finalisation de la réforme d'ici mai 2019, en parallèle avec les mesures du Comité de Bâle.

Le scénario du «ring-fencing» est-il envisageable pour le secteur bancaire français, présenté comme le champion du modèle de banque universelle ? Jean Peyrelevade, président de Leonardo & Co, invité à s'exprimer au côté de John Vickers, estime qu'il s'agit d'une «excellente idée comme une étape intermédiaire». A terme, il plaide pour «une séparation complète» entre activités de banque d'investissement et de détail, la tentation étant grande en cas de stress de «creuser des tunnels» au sein d'un même groupe pour capter la liquidité là où elle se trouve. Pour John Vickers, au regard de la législation européenne, il semble toutefois «difficile» de mettre en œuvre une séparation totale. Un écueil sur lequel n'achoppe pas le contingentement.

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