L'industrie de la gestion s'inquiète de l'hémorragie des fonds monétaires

le 08/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'effet des règles Bâle 3 s'ajoute à la désaffection que subit ce domaine d'excellence de la Place de Paris en raison de la faiblesse des taux courts

C’est un cri du cœur. Paul-Henri de la Porte du Theil a tiré la sonnette d’alarme lundi, s’inquiétant de l’hémorragie des OPCVM monétaires français, aggravée par la perspective de mise en place des nouvelles règles de liquidités des normes bancaires Bâle 3. «Les banques ont mis en œuvre une politique de transfert vers les comptes et les dépôts à terme, principalement sur les particuliers, clientèle qu’elles peuvent plus facilement orienter», s’est inquiété le président de l’Association française de la gestion financière (AFG) dans un entretien aux Echos.

Les mesures prises par Bâle 3 en matière d’OPCVM «sont inutiles et dangereuses». Elles s’ajoutent à la réglementation plus restrictive des fonds monétaires à partir du 1er juillet 2011. Ceux-ci sont incités à raccourcir leur horizon de placement alors que les banques doivent rallonger la maturité de leurs ressources (L’Agefi Quotidien du 24 janvier).

Cette prise de position intervient alors que toute l’industrie financière française commence à se mobiliser pour tenter d’infléchir la définition des deux ratios de liquidités à 30 jours et un an annoncée par le Comité de Bâle mi-décembre. Des ratios jugés insatisfaisants par le propre régulateur, la Banque de France. Une fenêtre de tir pour les représentants du secteur bancaire s’ouvrira à l’occasion de la transposition des règles en droit européen.

Mais au-delà du cas Bâle 3, le cri d’alarme de l’AFG est à la mesure du défi structurel que doit relever l’industrie de la gestion à Paris. La Place a fait du monétaire, activité peu margée, son domaine d’excellence en Europe. Or les maux s’accumulent. L’explosion du segment dynamique est intervenue en 2007. Après une brève rémission, la décollecte s’est accélérée à partir de 2009 en raison de la faiblesse des taux courts. En 2010, les sorties de capitaux ont atteint 152 milliards d’euros en Europe, selon Morningstar. En France, l’encours est tombé à 345 milliards d’euros à fin décembre selon les chiffres d’EuroPerformance SIX Telekurs, en baisse de 15% sur un an.

Les grandes gestions monétaires – qui sont souvent aussi des filiales de banque – doivent donc réorienter leur collecte vers les compartiments actions, obligations ou alternatifs. Une bonne occasion, au passage, d’améliorer leur marge.

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