Les banques mesurent le choc de Bâle 3

le 17/12/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le texte définitif et l'étude d'impact des nouvelles règles ont été publiés hier

Photo PHB/AGEFI

Un besoin en capital de 291 milliards d’euros et un fossé de liquidité à combler de 1.000 milliards d’euros pour les banques européennes. Ces deux chiffres, tirés de l’étude d’impact des règles Bâle 3 si celles-ci s’étaient appliquées dès fin 2009, témoignent à eux seuls du choc que représentent pour le secteur bancaire les nouvelles règles de solvabilité et de liquidité, dont la version définitive a été publiée jeudi. Le Comité de Bâle a aussi précisé à cette occasion le traitement réservé aux dettes hybrides.

Le Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS) a distingué dans son étude d'impact deux groupes de banques: les plus grandes, dont le capital tier one dépasse 3 milliards d’euros, au nombre de 45, et celles de deuxième catégorie, au nombre de 163. La France y compte respectivement 5 et 6 représentantes.

Pour afficher dès la fin 2009 un ratio de fonds propres durs (common equity tier one, CET1) de 7%, les banques du premier groupe auraient eu besoin de 263 milliards d’euros de capital supplémentaire. Celles du second groupe, de 28 milliards seulement. Le ratio CET1 des premières serait tombé de 10,7% (en méthode Bâle 2) à 4,9% en moyenne, celui des secondes de 11,1% à 7,1%. Pour mémoire, les banques devront respecter un ratio de 3,5% au 1er janvier 2013, puis de 4,5% au 1er janvier 2015, mais le ratio total montera progressivement à 7% fin 2018.

«La somme des profits après impôt et avant distribution pour les banques des groupes 1 et 2 du même échantillon en 2009 atteignait respectivement 84 milliards et 12 milliards d’euros», souligne le CEBS. Les grandes banques devraient donc mettre intégralement en réserve plus de trois ans de résultats sur la base de 2009 pour restaurer leur ratio à 7%. Et ce, sans prendre en compte une éventuelle surcharge pour les banques systémiques, qui fait encore l’objet de discussions. Mais l’on sait que d’autres stratégies seront mises en œuvre, comme l’abandon des activités les plus consommatrices en fonds propres.

L’étude d’impact fait aussi apparaître une grande dispersion des résultats. Les grandes banques sont logiquement les plus touchées. Leurs actifs pondérés par le risque augmenteront davantage (+24,5% en moyenne) en raison du poids des activités de marché. De même, 60% des banques du groupe 1 afficheraient un ratio de levier inférieur à 3%, contre un quart de celles du groupe 2.

L’impact de Bâle 3 sur la liquidité est plus important encore. Toutes les grandes banques affichent un ratio de liquidité à 30 jours inférieur aux 100% requis en 2015, avec une moyenne à 67%. Ce qui représente un fossé de 1.000 milliards à combler de diverses manières: réduction des activités les plus sujettes à un choc de liquidité, allongement de la maturité des ressources, accroissement du stock d’actifs liquides détenus. Pour le ratio à un an, applicable en 2018, le déficit est de 1.800 milliards.

Le Comité de Bâle a publié sa propre étude d’impact au niveau mondial. Elle exclut certains pays couverts par le CEBS, mais inclut les banques américaines, suisses, ou encore chinoises. Sur cet échantillon, le déficit en capital à fin 2009 atteignait 602 milliards (dont 577 milliards pour les grandes banques), et le fossé de liquidité à 30 jours à combler s’élevait à 1.730 milliards. On mesure tout l’intérêt pour les banques européennes d’une application de Bâle 3 à l’échelle mondiale.

A lire aussi