Jacques Richier, président-directeur général d’Allianz France

« Mobilité, santé... nous créons six écosystèmes en interne »

le 16/11/2017 L'AGEFI Hebdo

Jacques Richier, président-directeur général d’Allianz France, annonce la mise en place d’un fonctionnement de type collaboratif chez l’assureur.

« Mobilité, santé... nous créons six écosystèmes en interne »
Jacques Richier, président-directeur général d’Allianz France, annonce la mise en place d’un fonctionnement de type collaboratif chez l’assureur.
(DR)

Quel sens donnez-vous à la « disruption technologique » ?

Jacques Richier - La rupture technologique est importante partout, mais n’a pas le même impact dans des activités BtoB (business to business) – comme la réassurance particulièrement intéressée par la Blockchain – et dans l’assurance BtoC (business to consumer) ou en BtoBtoC. Sur le plan technologique, la rupture ne vient pas des objets connectés en soi, mais de la capacité à traiter les données et à inventer de nouveaux services grâce aux informations recueillies. Par ailleurs, la technologie entraîne une accélération globale et polymorphe, qui répond aux attentes des individus et permet le développement de nouveaux usages comme de l’économie collaborative. Il faut rester alerte pour saisir tout ce qui émerge. Pour autant, le terme de « disruption » est-il adapté ? Le jour où ces comportements généreront 50 % de notre chiffre d’affaires, la réponse sera claire. Pour l’instant, nous pensons que le partage de véhicules ou de logements, les échanges de services, etc. représenteront 5 % de notre chiffre d’affaires dommages en 2020. Mais il ne faut pas passer à côté. Ainsi, nous avons créé une offre dédiée aux véhicules semi-autonomes il y a un an et demi. Sur ce segment, notre part de marché est plus importante qu’en assurance automobile globalement (10 %). Aujourd’hui, les voitures avec un dispositif de stationnement automatique, capables de gérer la direction, l’accélération ou le freinage, constituent 2 % à 3 % du parc. La proportion pourrait être de 25 % à 30 % en 2025.

Comment veillez-vous à « tout ce qui émerge » ?

Nous avons notre accélérateur de start-up au stade Allianz Riviera de Nice. Il ne s’agit pas d’un incubateur : les entreprises ont déjà une activité. Nous en avons sélectionné six en juin, pour la « 5e saison ». Nous continuons à accompagner les précédentes, notamment pour leurs levées de fonds. Certaines réalisent des PoC (proof of concept) chez nous, des réalisations expérimentales concrètes. Nous observons ce que chacune fait différemment de nous et ce qui aurait un sens dans notre activité. Dès lors, il y a trois approches : l’intégration, le partenariat et l’investissement. Nous avons donc aussi lancé le fonds InnovAllianz en juin 2016, géré par Idinvest. L’objectif est de créer un continuum avec tous ces éléments, mais aussi avec les initiatives lancées en interne chez Allianz France, dans le cadre du plan stratégique 2015-2020 « Innovation et confiance ».

Votre organisation va-t-elle changer ?

Notre organisation fonctionnelle n’a pas besoin de changer. Nos méthodes et approches de travail, en revanche, oui. Pour appréhender l’évolution de nos métiers, nous allons mettre en place six écosystèmes dans les prochains mois. Après « Ma mobilité », écosystème pilote lancé le 6 novembre, « Ma santé » verra le jour en janvier. En tant qu’assureur auto, nous devons nous préparer à assurer la mobilité. Delphine Asseraf (directrice digital, marque & communication, NDLR) est « leader » de l’écosystème « Ma mobilité ». Pendant de ce qui existe sur le marché, avec des constructeurs automobiles, des start-up et leurs plates-formes de partage, des équipementiers, des opérateurs de télécommunications, des villes, etc., cet écosystème rassemble plus de 120 personnes qui travaillent en squads* pour un fonctionnement agile. Nous avons pu constater la grande efficacité de cette méthode de travail pour prendre en charge la multiplicité des changements réglementaires dans l’assurance-vie avec des spécialistes de la distribution, de la communication aux assurés, du fichier des contrats (Ficovie) et des systèmes d’information. Ces neuf derniers mois, nous avons travaillé à la définition même des écosystèmes dans lesquels Allianz France s’inscrit et du rôle du management dans ce nouveau fonctionnement.

Comment les collaborateurs sont-ils impliqués ?

On ne peut pas dire que les usages changent à l’extérieur et que rien ne bouge en interne. Nous avons une réflexion en cours sur l’avenir du management et le travail collaboratif. D’ores et déjà, dans les squads, il n’y a plus de managers, mais des « animateurs ». Et les collaborateurs sont tous volontaires. Pour cela, il faut faire évoluer la culture d’entreprise. Cela passe par l’« Allianz Lab° » et les « Innovathons », des dispositifs d’intrapreneuriat qui permettent à nos collaborateurs de développer leurs idées tout au long de l’année. Par ailleurs, fin novembre, les équipes travailleront pendant deux jours sur le big data. Tous les deux ans, nous avons aussi nos « Grands défis », des concours d’innovation participative ouverts à l’ensemble de nos collaborateurs et agents. Cette année, il porte sur la simplification. Plus largement, nous organisons aussi, au siège, des conférences – comme avec le directeur général de Twitter fin octobre – à fin pédagogique pour que chaque collaborateur participe sans crainte a priori à la transformation de notre environnement.

Pourquoi avoir choisi la mobilité pour roder vos écosystèmes ?

C’est là qu’il y a le plus d’initiatives et de changements attendus, pour les deux-roues surtout (vélos, scooters, vélos électriques…) et quatre-roues, dans la perspective de Paris sans voiture à essence en 2030. Avec près de 3 millions de véhicules assurés en France, Allianz ne peut pas ignorer les évolutions urbaines que le Megacities Institute, dont nous faisons partie, étudie, ni les petites veines de croissance liées aux nouveaux usages et à l’économie collaborative. Parce qu’il faut trouver du chiffre d’affaires de substitution et parce qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde.

D’autres assureurs – Axa ou la Maif – ont la même réflexion…

Et peut-être la même conclusion : avec les partenariats, c’est tout ou rien. Allianz France génère ainsi, dans la mobilité, 10 millions de chiffre d’affaires en 2017 avec des partenaires comme CityScoot (scooters électriques en libre-service, NDLR), Drivy ou Luckyloc (location voitures et utilitaires à 1 euro). A cinq ou dix ans, les start-up d’aujourd’hui auront pris de l’ampleur. Et garderont le même partenaire d’assurance en passant les frontières. Allianz ou un autre partenaire mondial pourra les accompagner.

Propos recueillis par Sylvie Guyony

*Squads : équipes multidiscliplinaires colocalisées.


Assurer la mobilité

- Allianz France est numéro 4 du marché de l’assurance auto

- avec 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires

- soit 35 % de son activité dommages.

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