Profils gagnants

La finance autrement

le 29/06/2017 L'AGEFI Hebdo

L’Agefi Hebdo met en avant dix professionnels de la RSE qui veulent donner du sens aux métiers financiers.

La finance autrement

Directeur/directrice de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) ou du développement durable (DD), responsable de l’investissement socialement responsable (ISR), professeur en finance responsable, spécialiste de l’investissement dédié à l’« impact investing », expert des obligations « vertes » au sein de la région Ile-de-France ou des produits d’épargne solidaires… la RSE essaime dans tous les métiers de la finance (banque, assurance, gestion d’actifs, capital-investissement…) et même au-delà, dans l’enseignement supérieur et le secteur public ! Autrefois regardés avec circonspection, ces professionnels ne sont plus perçus comme des « greenwashers », autrement dit des spécialistes de la communication chargés de « verdir » les campagnes de publicité et autres actions de marketing des grandes entreprises dans le but d’afficher publiquement une image « RSE ». A présent, les spécialistes de la finance verte ont du poids… et des missions concrètes. « Dans les grandes banques, les responsables RSE doivent définir, coordonner et mettre en œuvre des politiques qui seront aussi déployées dans les lignes métiers. On voit des responsables RSE dédiés à certaines activités dans les groupes bancaires », souligne Caroline Renoux, fondatrice du cabinet de chasse de têtes en développement durable et RSE Birdeo. Signe de cette professionnalisation, le secteur DD/RSE/ESS (économie sociale et solidaire) recrute. Selon une étude Birdeo parue en début d’année, « la majorité des candidats trouvent leur poste en moins de six mois ». Autre élément récent qui contribue à valoriser encore davantage les métiers verts de la finance : l’accord de Paris sur le climat, qui a été « un moment fort, avec une répercussion très positive pour les professionnels de la RSE. Les métiers de l’investissement expriment de plus en plus d’intérêt pour ce thème. Depuis fin 2016, nous avons beaucoup de sollicitations de la part de sociétés de gestion d’actifs », note Caroline Renoux.

Nouvelles exigences réglementaires

Ces financiers « alternatifs » sont aujourd’hui plus visibles au sein de leurs entreprises. « Ils doivent travailler avec les responsables opérationnels car les critères RSE sont désormais omniprésents dans l’exercice de tous les métiers. Ce qui leur offre de l’exposition en interne, confirment Florence Soulé de Lafont, partner en charge du secteur banque et asset management, et Lawrence Trefi, partner en charge du secteur assurance chez Heidrick & Struggles, et, surtout, un rôle plus stratégique puisqu’ils interagissent avec les responsables des ‘business units’. » Ce rôle concerne des sujets très spécifiques, comme l’explique Anne-Catherine Moquet, codirectrice du master management de la RSE de l’IAE Gustave Eiffel-Université Paris Est : « Les entreprises doivent faire face à des besoins nouveaux, notamment en matière de réglementation RSE, et elles ont besoin de s’outiller pour cela. » « L’article 173 de la loi sur la transition énergétique impose un 'reporting' ainsi qu’une nouvelle série d’exigences pour les investisseurs institutionnels sur leur gestion des risques liés au climat, et plus largement l’intégration de paramètres environnementaux et sociaux dans leur politique d’investissement, poursuit Christophe Revelli, enseignant-chercheur en finance responsable et d’impact et directeur du MSc Finance de Kedge Business School (lire aussi son portrait pages 32-33). Tout ce travail sera confié entre autres aux responsables RSE ou des investissements. Cette dimension réglementaire permet à la fonction RSE de peser davantage dans les organisations. » Parallèlement à ces compétences techniques, ces experts des enjeux sociétaux doivent faire preuve de charisme et de force de conviction pour être pleinement reconnus auprès des patrons opérationnels et du top management. « Comme toutes les fonctions transverses en entreprise, la RSE doit redoubler d’efforts pour faire avancer ses sujets clés », préviennent Benoît Gajdos, associé, et Thomas Maître, directeur banque du cabinet de conseil Kea & Partners. Ces deux consultants font une observation intéressante sur les parcours de ces professionnels : « Dans la banque-finance aujourd’hui, les deux tiers des responsables RSE sont issus de la fonction communication ou ressources humaines (RH). Le tiers restant vient des métiers. » Des proportions qui devraient s’inverser dans les années à venir, prédisent les spécialistes.

Dans les grandes banques, les responsables RSE doivent définir, coordonner et mettre en œuvre des politiques RSE qui seront aussi déployées dans les lignes métiers

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