Paiement, la leçon du passé

le 24/05/2017 L'AGEFI Hebdo

Paiement, la leçon du passé
(Pierre Chiquelin)

Il a des années d’avance sur Apple, Google et les réseaux de cartes comme Visa et MasterCard. Grâce à lui, le consommateur pourra régler ses menues dépenses en un clin d'œil, sans avoir besoin d’un code. Autant dire qu’il entraînera un jour la disparition des pièces de monnaie et des billets. Les premiers tests ont été concluants, et le soutien des entreprises et des collectivités locales lui promet une diffusion large. Pour ne rien gâcher, il est français, rendant justice à l’excellence technologique du pays et à une longue tradition d’innovation. Les plus grandes banques ne s’y sont pas trompées, qui se sont toutes penchées sur son berceau. Pas de doute, le porte-monnaie électronique Moneo est promis à un brillant avenir.

Près de vingt ans plus tard, l’industrie du paiement s’attend toujours à la révolution, encouragée en Europe par la directive DSP 2. Les initiatives mobiles foisonnent, venues des banques, des fintech, des fabricants de smartphones ou encore des géants américains et chinois de l’internet (lire L’Evénement). D’où vient dès lors qu’aucune d’entre elles n’ait vraiment réussi à s’imposer au niveau mondial et que mises bout à bout, ces solutions représentent une part minime des transactions réalisées malgré les lourds investissements consentis ?

Le secteur constitue par excellence ce que les économistes nomment un marché biface : le fournisseur doit satisfaire deux clients à la fois, le commerçant et le consommateur, au prix d’un subtil dosage qui seul permettra l’adoption rapide de son service par la population. Les banques françaises ont réussi cette prouesse dans les années 70 et 80 avec la Carte Bleue. Elles ont échoué au tournant du millénaire quand Moneo est apparu aux yeux du grand public comme une solution dispendieuse dont l’unique vertu était de rapporter des commissions à ses promoteurs.

Or, dans le triptyque prestataire de service-commerçant-consommateur, le premier semble aujourd’hui encore primer sur les deux autres. Il est beaucoup question de la masse de données à laquelle les applications de paiement mobile donneront accès. Moins de la réelle valeur ajoutée qui convaincrait une entreprise d’intégrer la nouvelle offre à son site internet ou un particulier de lui faire une place sur l’écran encombré de son téléphone. La leçon de Moneo s’impose à tous, aux jeunes pousses comme aux « Gafa », dont la taille ne vaut pas garantie de succès : la difficulté d’ApplePay à percer tient pour beaucoup aux pratiques hégémoniques de la firme à la pomme. S’ils ne la retiennent pas, leurs « wallets » iront vite garnir le cimetière des innovations technologiques.

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