Alignement des planètes

le 11/05/2017 L'AGEFI Hebdo

Alignement des planètes
(Pierre Chiquelin)

Il y a cinq ans, la France élisait un président de la République « ennemi » déclaré de la finance. A son programme, une augmentation sans précédent des impôts sur les gros revenus et une volonté affichée de faire rendre gorge à un secteur jugé responsable de la conjoncture déprimée et de la crise toute récente de la zone euro. Un quinquennat plus tard, c’est un de ses proches qui est élu sur une feuille de route sans rapport avec la précédente. La finance et ses vices – réels ou supposés – n’ont joué qu’un rôle mineur dans la campagne. La tentative de diabolisation d’Emmanuel Macron par son adversaire sur le thème du « candidat de la finance » n’a suscité qu’un écho limité. Et c’est un secteur sorti requinqué d’une période de profonds bouleversements réglementaires et numériques qui se présente face à un paysage, non pas vraiment souriant mais tout de même autrement serein. Osons le diagnostic : il y a au moins dix ans qu’un tel alignement des planètes n’a pas été observé par les acteurs de la finance en France.

Les raisons sont multiples. L’une est l’amélioration progressive de la conjoncture en Europe, promesse de meilleure activité pour les acteurs et de normalisation à venir des conditions monétaires. Cela laisse prévoir un redressement général des marges. Une autre réside dans la stabilisation en vue de l’activité réglementaire : beaucoup a été fait en la matière, notamment en Europe, et finalisation de Bâle 3 exceptée, l’essentiel du programme du G20 est entré dans les faits. Une autre encore est peut-être plus importante : elle tient à l’émergence, face à un Royaume-Uni désormais tourné vers ses stricts intérêts nationaux, d’une Europe – et notamment d’une zone euro – beaucoup plus résistante que ce que les augures anglo-saxons nous serinent depuis des années. Après les Pays-Bas hier, la France aujourd’hui et sans doute l’Allemagne demain, le continent n’est pas prêt à céder aux sirènes populistes. Un autre test sérieux aura lieu en 2018 en Italie mais après leur défaite chez ses grands voisins, une victoire des démagogues paraît peu probable dans la péninsule. Si une forte dynamique franco-allemande se met en place comme tout paraît l’annoncer, c’est une Europe plus conquérante qui demain pourrait surprendre le monde.

Pour la finance européenne, la perspective est très favorable, car elle devrait permettre de boucler deux projets cruciaux, l’Union bancaire et l’Union des marchés de capitaux. Pour les acteurs français, elle pourrait l’être plus encore si le nouveau président faisait sien le projet qui mobilise les politiques de l’Ile-de-France autour de la Place financière de Paris. Ce soutien serait pour elle inestimable car potentiellement décisif dans l’esprit des décideurs qui hésitent, pour leurs entreprises, sur la destination à prendre au sortir de la City. Pour la finance tricolore, une telle renaissance aurait quelque chose de miraculeux. Mais il est plus que jamais permis d’y croire.

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