Les banques craignent le coup de chaud au Mexique

le 20/04/2017 L'AGEFI Hebdo

Le vent d’incertitude venant des Etats-Unis devrait peser sur la croissance d’un secteur bancaire encore peu développé.

Les banques craignent le coup de chaud au Mexique
Une agence de Santander à Mexico.
(Bloomberg)

La politique protectionniste insufflée par Donald Trump provoque un certain attentisme chez les banques internationales implantées au Mexique. « Il s’agit principalement d’effets potentiels indirects. Le Mexique est très dépendant des Etats-Unis, qui représentent 80 % de ses exportations. Si l’économie locale se grippe, les banques pâtiront logiquement d’un ralentissement des activités de crédit », relève Jean-Marc Velasque, associé chez Nouvelles Donnes. Fitch prévoit ainsi un recul de la croissance des prêts à 6 %-8 % en 2017 (contre 12,9 % en 2016 et 14,6 % en 2015) au sein des banques commerciales, en raison d’un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) et de la consommation, d’incertitudes sur les échanges entre le Mexique et les Etats-Unis, de décisions d’investissement retardées et de normes de souscription plus strictes de la part des établissements financiers.

Par ailleurs, « les transferts d’argent des Etats-Unis vers le Mexique représentent 28 milliards de dollars (26,4 milliards d’euros) par an, soit 3 % du PIB mexicain et l’équivalent chaque année de 10 % des dépôts de l’ensemble des banques implantées dans le pays. Les barrières humaines et économiques que Donald Trump pourrait vouloir mettre risqueraient de réduire le niveau global des dépôts et dès lors la capacité des banques à se refinancer sur les marchés. En outre, ces flux d’argent étant réalisés en dollars américains, les banques mexicaines vont être conduites à se recentrer sur leur monnaie locale, fortement dévaluée », estime Jean-Marc Velasque.

Car la menace de mettre fin à l’accord de libre-échange nord-
américain et d’édifier un mur le long de la frontière a entraîné la chute marquée du peso, de même qu’un mouvement de vente sur les marchés d’actions, comme l’observe Federico Garcia Zamora, directeur marchés émergents chez Standish (BNY Mellon IM). Dans un secteur bancaire dominé par les acteurs étrangers (voir l’histogramme), qui représentent près de 80 % du marché, cette dévaluation, de 20 % l’an passé face à l’euro ou au dollar, érode les revenus des banques étrangères dans leurs comptes. « Et la tendance risque de s’accentuer », avertit Jean-Marc Velasque.

Une rentabilité solide

Cet environnement incertain devrait encore ralentir la croissance d’un secteur bancaire mexicain pourtant peu développé au regard d’autres pays. « Le segment mériterait d’être plus important, ce qui n’est pas évident lorsque l’on a un voisin comme les Etats-Unis, très développé dans ce domaine », analyse Jean-Marc Velasque. Le total de bilan du secteur représentait ainsi 35 % du PIB national en 2016, un poids comparable aux pays d’Afrique subsaharienne et très inférieur aux chiffres de 350 % et 120 % de pays comme la France et les Etats-Unis. Dans un marché consolidé autour d’un nombre resserré d’acteurs, les lignes ne sont toutefois pas appelées à bouger. Alors que des banques comme Citi ou HSBC ont déjà réduit leur exposition dans le sillage de la crise, une sortie en douceur de ce marché apparaît difficile. De son côté, BBVA n’a pas l’intention de céder sa place de premier acteur bancaire mexicain. « Nous avons investi 3,5 milliards de dollars ces dernières années, nous allons investir 1,5 milliard de plus dans les quatre à cinq prochaines années », a déclaré début mars son président Francisco Gonzalez en déplacement à Mexico. Précisant que ces investissements porteraient principalement sur les logiciels et l’intelligence artificielle, le dirigeant s’est par ailleurs dit « peu inquiet » quant aux répercussions de la politique de Donald Trump sur l’activité de sa banque.

Pour l’heure, le secteur dispose d’atouts solides se concrétisant par une rentabilité robuste. « Même si elle s’est tassée, la rentabilité moyenne des actifs avant impôts des banques mexicaines s’élevait à 6,8 % en 2016 », explique Jean-Marc Velasque. Un niveau permis grâce un coefficient d’exploitation avoisinant les 50 %, des risques plutôt maîtrisés et une concurrence qui n’est pas de nature à casser les prix. « La performance du système bancaire mexicain est restée stable en 2016 dans un environnement relativement favorable. Celle-ci a été portée par des bénéfices opérationnels soutenus par des marges nettes d’intérêt solides et en légère hausse, une qualité contrôlée des actifs et une croissance à deux chiffres des prêts », commente Fitch, qui estime par ailleurs que les banques restent solidement capitalisées.

Dès lors, « si le marché bancaire mexicain risque de se révéler un peu moins rentable à l’avenir, il ne va pas non plus subir de révolution. Il a la capacité de faire face aux chocs », estime Jean-Marc Velasque. Selon Fitch, les ratios capitalistiques des banques devraient se montrer résistants et capables d’absorber les pressions modérées sur la qualité des actifs sur le court terme si l’environnement opérationnel se détériore. Reste également à savoir dans quelle mesure ces craintes vont se matérialiser. Selon Federico Garcia Zamora, malgré les risques affichés, la réalité pourrait s’avérer bien moins dramatique que de nombreux investisseurs ne le craignent sur le plan économique.

Les acteurs étrangers représentent 80 % du marché bancaire mexicain.
Pour l’heure, le secteur dispose d’atouts solides se concrétisant par une rentabilité robuste

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