Avec la loi Macron, la bataille entre banques commence maintenant

le 09/02/2017 L'AGEFI Hebdo

Etablissements traditionnels, banques en ligne et néo-banques mettent tout en œuvre pour attirer les clients désirant changer de façon automatisée désormais.

Avec la loi Macron, la bataille entre banques commence maintenant
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Depuis 2005, nous travaillons au sein du CCSF (Comité consultatif du secteur financier) à faciliter la mobilité bancaire, lance Raphaèle Leroy, responsable relation consommateur chez BNP Paribas France. Cette nouvelle étape s’inscrit dans la continuité. Nous voulons simplifier la vie des clients. Et c’est une formidable opportunité de conquête ! » Officiellement, donc, la loi Macron qui rend plus aisé le changement de banque depuis le 6 février est un moment attendu pour capter une nouvelle clientèle. Et si les services de transfert d’un compte à l’autre existent depuis déjà plusieurs années (souvent sous-traités auprès d’un fournisseur spécifique comme Isilis), ils ont été rénovés pour l’occasion : transposés sur les applications mobiles ou redimensionnés pour laisser le client piloter librement son changement de banque. La Société Générale, par exemple, propose désormais un service à la carte permettant au nouvel arrivant de transférer tous ses virements ou prélèvements ou seulement une partie, et offre gratuitement son package Jazz pour un an.

La loi Macron instaure l’obligation pour la nouvelle banque de prendre en charge le transfert des opérations récurrentes en contactant la banque de départ et les banques des créanciers (électricité, télécoms…) du client. Et cette fois, les délais ont été plafonnés à 12 jours ouvrés. Pas question de jouer la montre pour retenir un client en partance. Mais pour que ce schéma fonctionne, c’est Sepamail qui a développé l’infrastructure technique offrant la rapidité et la fiabilité des échanges entre banques. Une mesure vouée à libérer les consommateurs réticents à prendre l’initiative par peur d’un incident de paiement mal géré qui leur reviendrait très cher. Cela explique que seulement 4,3 % des clients changent de banque chaque année en France, soit trois fois moins que la moyenne européenne, alors que 20 % envisagent sérieusement de changer de banque, selon un sondage Opinionway pour Fortuneo, et que 12 % sont prêts à le faire si tout est pris en charge à leur place, d’après un autre sondage Opinionway, pour Boursorama cette fois. Près d’un quart des candidats au changement se seraient même déjà décidés pour une banque en ligne, voire 35 % si l’on en croit l’enquête réalisée par meilleurebanque.com.

Justement, l’entrée en vigueur de la loi Macron pourrait bien être un accélérateur pour les pure players qui notent depuis plusieurs mois déjà une augmentation des arrivées de nouveaux clients. « Même s’il existe une saisonnalité, nous constatons une hausse de 15 % à 20 % de souscriptions nouvelles en janvier 2017 par rapport à janvier 2016, expose Grégory Guermonprez, directeur France de Fortuneo. Le marché de la banque en ligne est aujourd’hui estimé à 3 millions de clients. Il devrait doubler ou tripler dans les cinq à sept ans à venir. De plus en plus de consommateurs veulent faire des économies sur leurs frais bancaires, d’autant plus que certaines banques traditionnelles ont fortement augmenté leurs tarifs. » La recherche d’un meilleur tarif est effectivement la première raison d’aller voir ailleurs et sur ce plan, les banques en ligne sont bien placées, comme le montrent les enquêtes régulières des associations de consommateurs. En outre, l’opinion de ceux qui ont franchi le pas est largement positive : ils donnent une note de 15,7 sur 20 à leur nouvelle banque contre 9,4 à leur ancienne banque. Le bouche à oreille pourrait amplifier le déplacement des clients d’un établissement à l’autre.

Nouveaux arrivants

Enfin, l’offre de services bancaires ne cesse de s’élargir, avec certains établissements de paiement ou néobanques comme Compte Nickel (près de 500.000 comptes), Anytime, la banque mobile allemande N26 qui a déjà attiré 30.000 Français… et l’arrivée très attendue d’Orange Bank. Le PDG d’Orange, Stéphane Richard, lors du Paris Fintech Forum, a décrit le projet comme « phygital », une combinaison intelligente entre le « digital » et les 650 points de vente physiques, et 1.000 conseillers formés à une offre qui sera complète (paiement, épargne, crédit), grâce à l’agrégation de services proposés par des fintech. Les acteurs traditionnels sont attentifs à ces nouveaux arrivants, d’autant plus que La Banque Postale prépare également le lancement de sa propre banque mobile.

Néanmoins, l’UFC Que Choisir rappelle que des freins essentiels restent à lever pour assurer une véritable mobilité bancaire : l’engagement à domicilier ses revenus dans le cadre d’un crédit immobilier et le coût des transferts des produits d’épargne. Selon l’association, la meilleure solution aurait quand même été d’instaurer la portabilité du numéro de compte, comme dans les télécoms.

ZOOM
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71 % des Français estiment qu’une nouvelle hausse des tarifs bancaires serait une raison de changer de banque (source : H2/Agency)

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