L’indispensable aggiornamento

le 09/02/2017 L'AGEFI Hebdo

L’indispensable aggiornamento
(Pierre Chiquelin)

Après le choc de 2007, aucun secteur économique n’a dû engager une transformation aussi profonde que ne l’a fait l’industrie financière. Dans ce nouveau paysage européen balayé par les vents de la réglementation, des taux d’intérêt bas et des mutations technologiques, quelques acteurs dont le sort intéresse tout le capitalisme continental ont cependant tardé à procéder à leur aggiornamento. Ils ne pourront plus y échapper longtemps. Generali est de ceux-là.

Profitable, le Lion de Trieste n’est pas aussi mal en point que certains de ses compatriotes, mais la crise de la zone euro a rogné ses griffes. En cinq ans, sa valeur boursière a stagné pendant que celle de ses deux grands concurrents Allianz et Axa a quasiment doublé. La compagnie ne présente pas seulement le défaut congénital d’être exposée aux risques bancaire et souverain italien. Sa position de bastion de l’économie transalpine, renforcée par celle de son premier actionnaire Mediobanca, en fait depuis des décennies le nœud de toutes les intrigues. Au nom de la défense de l’intérêt national, et plus souvent d’intérêts particuliers moins avouables, Generali a toujours souffert d’une gouvernance instable qui nuit à ses performances et retarde l’heure des grands choix stratégiques. En témoigne encore aujourd’hui cet improbable attelage avec Intesa Sanpaolo auquel on destine le groupe et qui pourrait aboutir, si le projet se concrétisait, à un dépeçage en bonne et due forme (lire L’Evénement). Les spectateurs rompus à la commedia dell’arte de la finance italienne auraient tort de prendre à la légère ce nouvel épisode. De puissants leviers concourent, cette fois, à hâter l’épilogue de la pièce. D’autant qu’avec la mise en œuvre désormais effective de Solvabilité 2 qui dégage l’horizon réglementaire, le secteur de l’assurance peut à nouveau envisager des consolidations d’envergure.

Si, dans le même temps, UniCredit mène à bien sa restructuration, deux piliers de la finance européenne auront tranché leur avenir. Il en restera au moins deux autres. Credit Suisse a récemment repris des couleurs en Bourse, comme ses concurrents, mais le groupe doit encore convaincre qu’il a su trouver le bon équilibre entre ses métiers de banque d’investissement et de gestion privée. Le cas Deutsche Bank, surtout, ne devrait pas tarder à resurgir. La banque allemande a traversé les turbulences de l’automne 2016 et écarté dans l’immédiat le spectre d’une recapitalisation massive. Ses derniers résultats n’en montrent pas moins à quel point son fonds de commerce est atteint et son problème de rentabilité opérationnelle intact. A ces interrogations sur la pérennité de son modèle d’activités, le groupe, et avec lui l’Allemagne, devra rapidement apporter des réponses.

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