Embellie bancaire

le 12/01/2017 L'AGEFI Hebdo

Embellie bancaire
(DR)

Le secteur bancaire, mieux que nul autre, sait à quel point les investisseurs sont prompts à brûler ce qu’ils ont adoré et réciproquement. En janvier 2016, les premières interrogations sur la solvabilité de Deutsche Bank (lire aussi Stratégies) envoyaient au purgatoire le marché naissant des dettes hybrides. Un an plus tard, ce dernier se porte comme un charme, et les instruments de capital contingent émis par UniCredit et Intesa Sanpaolo s’arrachent comme des petits pains. Qui aurait parié sur un tel résultat au moment même où les responsables européens organisent à leur main le sauvetage de Monte dei Paschi afin d’éviter que le plus vieil établissement de crédit du monde n’entraîne ses compatriotes dans sa ruine (lire L’Evénement) ? Dans le même temps, les banques du Vieux Continent ont signé l’une des plus belles performances boursières tous secteurs confondus : leurs actions se sont appréciées de moitié depuis les niveaux aberrants touchés au lendemain du vote britannique sur le Brexit.

La réappréciation du risque bancaire par le marché ces derniers mois tient en partie à la correction des excès passés. Elle se fonde cependant sur deux puissants leviers. Le mouvement de baisse des taux et d’aplatissement des courbes est sans doute derrière nous, et le retour à des conditions d’exploitation plus normales promet un redressement de la rentabilité des prêteurs. La volonté de plus en plus partagée d’une pause réglementaire, qui s’est justement exprimée par le blocage des propositions jusqu’au-boutistes du Comité de Bâle, laisse enfin espérer aux acteurs de l’industrie financière de pouvoir bâtir dans la durée et dans un cadre clair leurs stratégies de développement.

Au pessimisme excessif ne doit toutefois pas succéder l’optimisme béat. Repoussé sine die, le risque d’une surenchère réglementaire à Bâle n’a pas disparu, et d’autres réformes, comme celles des normes comptables IFRS 9, doivent encore faire sentir leurs pleins effets. Ni le stock de créances douteuses au bilan des prêteurs italiens ou portugais, qui freine l’offre de crédit, ni les litiges juridiques ne se sont évaporés par miracle. Et quand bien même l’héritage de la crise de 2007 serait enfin soldé, la mutation numérique qui s’engage promet aux grands réseaux d’agences son lot de coûteux investissements et de douloureuses remises en question (lire notre Dossier). De cela, on peut être sûr que les dirigeants des groupes concernés sont bien conscients, et leurs actionnaires aussi. Il leur suffit de constater que les banques européennes se paient encore en Bourse à 30 % en dessous de leur actif net comptable, signe de leur difficulté à rémunérer correctement leur capital et des défis qui les attendent.

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