Rencontre avec… Jean-Pierre Mustier, directeur général d’UniCredit

« L’opération Pioneer-Amundi est gagnant-gagnant pour les deux parties »

le 05/01/2017 L'AGEFI Hebdo

Jean-Pierre Mustier. Photo: Antoniol/Bloomberg

 Pourquoi choisir cette fois de céder Pioneer à Amundi, contrairement à 2011 ?

A l’époque, le processus de cession n’avait pas été lancé avec la même approche, notamment en termes d’accords de distribution. J’ai construit un appel d’offres, pour aboutir à la vente de Pioneer, en ayant eu l’expérience de la cession de Société Générale Asset Management à Amundi. UniCredit s’engage pour dix ans à se fournir auprès de ce gestionnaire pour une part non quantifiée, donc sans exclusivité, mais que nous pouvons anticiper. Rares sont les transactions qui, comme celle-ci, sont gagnantes pour les deux parties.

En quoi cet accord est-il meilleur que celui envisagé avec Santander ?

J’ai mis un terme aux négociations avec Santander à mon arrivée. La valorisation était alors de 2,7 milliards d’euros. Amundi paie plus de 3,5 milliards d’euros et nous faisons remonter un dividende exceptionnel de Pioneer qui nous porte à près de 4 milliards. Les banques ont l’impression, en cédant des actifs, de se priver de revenus à venir. Dans notre cas, outre les revenus immédiats liés à la vente, nous conservons les commissions de distribution pour les produits d’Amundi qui seront vendus dans nos réseaux. C’est cela qui est important. C’était le bon moment pour réaliser cette transaction.

Est-ce le bon moment pour lever 13 milliards ?

Il est nécessaire, avec notre plan stratégique, d’atteindre un niveau de capital satisfaisant, avec assez de marge au-dessus des ratios réglementaires, et de prendre les mesures nécessaires pour pouvoir vendre nos prêts non performants : 8,1 milliards d’euros de provisions supplémentaires nous permettent de couvrir notre portefeuille de créances à un niveau adéquat. Sur les activités « non cœur » (hors prêts immobiliers notamment), provisionnées maintenant à 77 %, nous cédons ainsi un portefeuille de 17,7 milliards d’euros de prêts non performants à deux investisseurs, Fortress et Pimco, qui prennent une tranche verticale, avec des classes d’actifs différentes (pour un prix non communiqué, NDLR). Nous tournons ainsi une page : 64 % de nos créances douteuses ont été originées entre 2005 et 2010, soit essentiellement par Capitalia (racheté par UniCredit en 2007, NDLR). Nous disposerons d’un avantage pour développer une banque commerciale paneuropéenne : un business model simple, peu affecté par les évolutions réglementaires. Notre augmentation de capital va aussi nous permettre de financer notre transformation – de nos réseaux et de nos processus. Nous allons investir 2,3 milliards d’euros en développements informatiques, dont 700 millions liés aux exigences réglementaires.

Quel est l’impact social de la réduction de coûts ?

Nous allons supprimer 14.000 postes. En Italie, en Allemagne et en Autriche, 20 % des effectifs sont concernés. Mais sans licenciements secs. Nous avons d’ailleurs trouvé un accord avec les syndicats dès le mois de décembre pour 75 % des cas. Notre action est socialement responsable. Les implantations en Europe de l’Est seront en revanche peu touchées. De même que nous ne céderons pas d’autres actifs. UniCredit doit rester une banque paneuropéenne. La stratégie d’expansion menée dans le passé était très visionnaire. Elle répond aujourd’hui aux attentes des autorités, dans le cadre d’une régulation unique. Ce contexte nous permet par exemple de remonter 3 milliards d’euros de fonds propres de notre filiale allemande, qui affiche le meilleur ratio de solvabilité d’Europe (plus de 20 %), au siège.

Quel est le modèle cible d’UniCredit ?

Nous revenons aux fondamentaux : collecter des dépôts auprès des particuliers pour financer les entreprises, l’exportation, la gestion de trésorerie, etc. Notre modèle est simple et duplicable sur tous nos marchés. UniCredit est numéro deux des crédits aux entreprises en Europe, derrière BNP Paribas. Et l’un des deux groupes vraiment paneuropéens de la zone euro. Nous avons une base solide de 25 millions de clients et 80 % de nos revenus issus de la banque commerciale. Mais aussi une répartition équilibrée entre l’Italie (48 % des revenus du groupe), l’Allemagne (22 %), l’Autriche (10 %). Outre notre très forte présence dans l’Union européenne (84 % des revenus), en Europe de l’Est, nous avons accès à des marchés à plus forte croissance (2,6 % annuel anticipés dans le plan). UniCredit a des avantages compétitifs très puissants.

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