Le nouveau maillon faible

le 29/09/2016 L'AGEFI Hebdo

Le nouveau maillon faible
(Pierre Chiquelin)

Pour avoir été parcouru à de nombreuses reprises depuis la crise financière de 2007, le cercle vicieux est désormais bien connu. Une banque enchaîne plusieurs trimestres de performances médiocres ou doit solder un lourd contentieux ; son niveau de solvabilité suscite des interrogations ; le cours de son action baisse, ses conditions de financement se tendent ; ses dirigeants, croyant calmer le jeu, annoncent des demi-mesures ; la correction boursière s’aggrave, et les vendeurs à découvert, par l’odeur du drame alléchés, s’en donnent à cœur joie ; les rumeurs d’un appel au marché ou d’un sauvetage public s’enchaînent, aussitôt démenties sans convaincre. Le processus peut durer plusieurs mois, et lorsque toutes les parties prenantes réalisent la gravité de la situation, il est parfois trop tard.

Aujourd’hui, ce n’est plus une banque portugaise ou une caisse d’épargne espagnole qui se retrouve prise dans la nasse, mais Deutsche Bank, tombée à des niveaux de valorisation inconnus depuis des décennies. Deutsche Bank, dont le seul nom constitue une promesse de solidité financière. Deutsche Bank, que son bilan classe parmi les plus grands acteurs d’importance systémique sur les marchés financiers mondiaux, et que nul n’a donc intérêt à voir vaciller. Jetée en pâture aux investisseurs par le département américain de la Justice, la banque est pourtant loin d’être exsangue. Elle paie la lenteur de ses anciens dirigeants à prendre la mesure des changements qui l’attendaient, tout en cumulant les handicaps affectant aujourd’hui à des degrés divers le secteur bancaire européen.

Il n’y pas de fatalité à la spirale négative. La Société Générale a esquivé des attaques autrement plus malveillantes à l’été 2011, à une époque où les marchés ne bénéficiaient pas du soutien massif de la BCE. Encore faut-il répondre aux questions posées. En faisant de Deutsche Bank, aux côtés d’UniCredit, leur nouveau maillon faible, les investisseurs mettent le doigt sur les fragilités persistantes de certains pans de l’industrie financière en zone euro, Allemagne et Italie en tête. L’effondrement des prêteurs irlandais, ou grecs, a fait oublier que le secteur bancaire allemand avait été l’un des plus éprouvés par la crise. Plus riche que ses voisins méridionaux, Berlin avait cru régler le problème en mettant sur pied dès 2009 des structures de défaisance publiques, toujours en vie, pour liquider des centaines de milliards d’euros d’actifs toxiques. Mais sept ans plus tard, le secteur bancaire outre-Rhin est toujours aussi morcelé et peu rentable. C’est cette solide base arrière domestique qui fait notamment défaut à Deutsche Bank, seule dans ce cas en Europe. Les superviseurs européens, plus enclins ces derniers temps à parler de modèle économique, ne disent pas autre chose lorsqu’ils évoquent les « surcapacités » bancaires en zone euro. Plutôt que de ferrailler contre l’Union bancaire, Berlin a un combat autrement plus urgent à mener sur son propre sol pour engager enfin la consolidation qui s'impose. Le gouvernement en a les moyens financiers. Le coup de semonce des marchés pourrait lui en fournir la volonté politique. 

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