UBS est ambitieux... pour après-demain

le 26/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Toujours en perte, la banque veut rebondir d’ici à mi-2010 pour repartir à la conquête de ses clients en gestion de fortune.

Le nouvel UBS ne renie pas son passé. « Notre stratégie constitue une évolution en termes de portefeuille d’activités, mais une révolution pour ce qui est de notre fonctionnement », a prévenu Oswald Grübel, directeur général de la banque suisse, lors de la présentation de son plan d’action le 17 novembre. Alors que nombre de ses concurrentes se délestent de certains métiers pour sortir la tête de l’eau, UBS entend garder ses contours actuels. Avec trois mots d’ordre : rétablir sa réputation, améliorer la qualité d’exécution et devenir un groupe intégré... comme Credit Suisse, qu’Oswald Grübel avait redressé avant de sortir de sa retraite en février pour prendre les rênes d’UBS.

Ce dernier n’abandonne pas son modèle reposant sur la gestion de fortune, la banque de financement et d’investissement (BFI) et la gestion d’actifs. « Des cessions seraient destructrices de valeur aujourd’hui compte tenu des passerelles qui peuvent être établies entre les différents métiers », estime Elie Darwish, analyste chez Exane BNP Paribas. Pour autant, l’heure n’est plus au « tout, partout » mais à la sélectivité et aux synergies - non chiffrées - pour atteindre dans trois ou cinq ans un bénéfice annuel avant impôts de près de 15 milliards de francs suisses (9,9 milliards d’euros), supérieur aux résultats d’avant la crise. A elle seule, la BFI devra dégager 40 % des profits (voir le tableau ci-dessous), avec tout de même un coefficient d’exploitation de 70 %, supérieur aux 55 % visés dans la gestion de fortune hors des Etats-Unis.

Solidité financière

Globalement, UBS vise un rendement des capitaux propres de 15 % à 20 %. Moins ambitieux que par le passé, cet objectif surpasse celui de nombreux groupes, comme Société Générale et BNP Paribas qui tablent sur 15 % seulement. « Le scénario retenu peut sembler surprenant car il repose en grande partie sur l’évolution des marchés financiers, à la fois pour la gestion de fortune et la BFI, explique Elie Darwish. Mais les ambitions d’UBS en termes de rendement des capitaux propres ne sont pas excessives, et peuvent être atteintes via une croissance organique. »

Si UBS fait des projets d’avenir, c’est parce que le spectre d’une scission ou d’un adossement est désormais écarté. La banque a transféré 26 milliards d’euros d’actifs toxiques à la Banque nationale suisse et remboursé les 6 milliards de francs suisses d’aide qu’elle a reçus de la Confédération suisse. A l’abri des pressions politiques, UBS affiche aussi sa solidité financière, avec un ratio Tier one de 15 % à fin septembre. Elle aura réalisé 3 milliards d’euros d’économies en 2009, sur les 3,5 à 4 milliards prévus pour fin 2010, tandis que son profil de risque s’est amélioré grâce à une réduction de 42 % de son bilan par rapport au deuxième trimestre 2007. Ramené à 1.476 milliards de francs suisses, il pèse tout de même près de trois fois la richesse nationale, alors qu’UBS était encore en perte à la fin du troisième trimestre (-564 millions de francs suisses).

Preuve que des incertitudes demeurent, au lendemain de l’annonce du plan stratégique de la banque, l’agence de notation Moody’s a abaissé sa note de dette à long terme d’un cran à Aa3, et sa note de solidité financière de deux crans à C, avec une perspective négative en raison « des difficultés considérables auxquelles UBS continue de faire face à la fois dans sa branche de banque d’investissement et dans celle de gestion de fortune ». Si les objectifs au long cours sont connus, le flou persiste pour le court terme, soulignent les analystes de Credit Suisse.

Cap sur l’Asie

La banque compte seulement sortir du rouge mi-2010, en redressant notamment sa gestion de fortune (lire l’entretien page 22). Affecté par le départ de 1.000 de ses banquiers privés, non désiré dans quatre cas sur dix, son métier cœur subit toujours des défections de clients (57 milliards de francs suisses d’encours depuis le début de l’année). A la crise de confiance provoquée par ses prises de risque hasardeuses sur les marchés se sont en effet ajoutées des mesures d’amnistie fiscale en Italie et la crainte des détenteurs de compte offshore de ne plus pouvoir jouir du secret bancaire. UBS a en effet trahi la confiance de ses clients en livrant plusieurs centaines de noms au fisc américain.

Si elle parvient à inverser la tendance, la banque espère ensuite voir sa collecte croître de 5 % par an pour porter ses encours de 846 milliards à 1.049 milliards de francs suisses... hors Etats-Unis... L’incertitude demeure en effet pour la branche américaine qui totalise encore 694 milliards de francs suisses d’actifs, son nouveau président n’ayant pas le temps d’élaborer son plan d’action. Débauché de Bank of America Merrill Lynch, un mastodonte qui a ravi la place de numéro un mondial de la gestion de fortune à UBS, Robert McCann est arrivé fin octobre. Seules certitudes, il devra réaliser un bénéfice avant impôt supérieur à 1 milliard de dollars, avec un coefficient d’exploitation ramené de 99 % à 80-85 % mais supérieur à celui des autres branches. « Oswald Grübel se donne une chance de redresser la situation, mais à terme, il sortira peut-être cette activité du périmètre d’UBS, explique Elie Darwish. Une introduction en Bourse me semble peu probable, mais un rachat par le management est tout à fait envisageable. »

Pour le moment, UBS mise principalement sur les clients onshore (résidents) d’Asie et sur les « ultra high net worth », le segment des plus aisés où elle revendique 5 % de parts de marché. En Europe, où les actifs sont plus volatils car détenus pour un quart par des résidents des pays voisins et de Grande-Bretagne, la banque vise seulement une hausse de 9 % de ses encours d’ici trois à cinq ans, contre 55 % en Asie-Pacifique, principal vivier de nouveaux riches (voir le graphique page 21). Dans cette zone, la banque veut augmenter d’un quart son effectif de banquiers privés pour le porter à 1.200 sur un total de 4.660 hors Etats-Unis. Elle souhaite attirer les talents grâce à de meilleures rémunérations ou en réallouant des équipes. Au-delà de ses efforts commerciaux, UBS entend augmenter ses prix pour faire passer sa marge de 89 à 100 points de base.

Pari risqué en « fixed income »

Le redressement de la banque dépend aussi du rebond de la BFI, son principal foyer de pertes. En un an et demi, le bilan de cette dernière a été réduit de moitié et sa base de coûts de 36 %. Malgré tout, UBS vise des revenus de 20 milliards de francs suisses. Elle compte surtout rebâtir sa franchise dans les activités de taux et de change (fixed income), qui devront dégager 8 milliards de francs suisses de revenus annuels, autant qu’en 2006. Un pari osé alors que les prises de position d’UBS sur ces marchés sont responsables de la majorité des pertes et des dépréciations enregistrées par la banque depuis le début de la crise financière. La banque entend en effet générer de plus hauts rendements en augmentant la « vélocité » de son bilan… donc en prenant plus de risques. Elle vise aussi à moyen terme une augmentation des coûts de sa BFI de 45 %, « principalement en raison des dépenses de personnel », a concédé Carsten Kengeter, coresponsable du pôle.

Pour reconquérir des parts de marché en BFI et en gestion d’actifs (583 milliards de francs suisses d’encours), UBS compte une fois de plus sur l’Asie, où elle a mis en place des coentreprises de gestion en Chine et en Corée du Sud. Mais UBS Global Asset Management ne se désengage pas pour autant de ses anciennes positions, où elle a développé son modèle multi-expertise à partir de 2002 (lire l’encadré). Pas question non plus d’abandonner sa position dans la banque universelle en Suisse, où elle veut accroître le taux d’équipement de ses clients. Un chantier de plus pour une « nouvelle UBS » toujours aussi ambitieuse.

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