Les réseaux bancaires renforcés en Europe

le 08/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Les acquisitions ciblées se multiplient. Les groupes les plus solides raflent la mise.

Nouvelles exigences en matière de fonds propres, besoin de liquidités, crise mondiale : les raisons pour lesquelles les banques peuvent retrouver un intérêt à l’intermédiation sont désormais étayées (lire L’Evénement pages 8 à 11). Dans les établissements où les réseaux sont déjà importants règne d’ailleurs la sérénité. En Italie, « nos ratios sont les meilleurs d’Europe car nous sommes davantage présents dans la banque de détail et donc moins exposés que les Anglais » (aux activités de marché plus volatiles), affirme le porte-parole d’un groupe milanais. « Contrairement à de nombreuses banques dans le monde, nous n’avons pas besoin de changer notre modèle », ne cesse pour sa part de répéter Emilio Botín, président de Santander. Car l’espagnole « est, avant tout, une banque commerciale », rappelait-il à ses actionnaires début juin. La banque de détail a rapporté 70 % des 9 milliards d’euros de bénéfices du groupe en 2009.

Souvent comparé à Santander, BNP Paribas est devenu, en rachetant Fortis, numéro un de la zone euro par le montant de ses dépôts (L’Agefi Hebdo du 10 septembre 2009) et son pôle de banque de détail lui a rapporté 1.277 millions d’euros de résultats avant impôts sur un total de 3.840 millions au premier trimestre 2010. Une victoire à la Pyrrhus ? Le 21 juin, Fitch Ratings a abaissé d’un échelon la note d’émetteur long terme du groupe, à AA-, avec une perspective stable. L’agence sanctionne ainsi « une contribution relativement élevée de la banque d’entreprise et d’investissement, une détérioration de la qualité des actifs en 2009 et des ratios de capitalisation légèrement inférieurs à la moyenne des comparables ». Notamment de Santander.

Compenser les activités de marché

La banque de financement et d’investissement (BFI) est certes une activité nécessaire, mais le contexte met davantage en valeur l’intermédiation. En annonçant, le 30 juin, sa volonté d’augmenter les revenus et bénéfices générés par sa banque de détail, le britannique Barclays, qui vise une rentabilité moyenne de 13 % à 15 % sur 2010-2013 dans cette activité, l’illustre bien. Société Générale l’a aussi martelé lors de la présentation de son plan Ambition 2015. Le groupe marche sur deux pieds : la BFI, mais aussi le retail - domestique et international. Il devrait d’ailleurs disposer en 2013 d’une plate-forme informatique unique pour les réseaux Crédit du Nord et Société Générale qui sera dupliquée dans ses principaux marchés à l’étranger, dont la Russie où il réorganise ses activités. L’heure est à la rationalisation. Ainsi, UniCredit (33 % du marché retail en Italie) a adopté un plan de fusion de ses sept banques. Présent en Amérique latine où il tient 10 % du marché, Santander a pour sa part fusionné sa filiale brésilienne et Banco Real, récupéré lors du démembrement d’ABN Amro, puis a introduit 16 % du capital en Bourse fin 2009.

Certains groupes vont plus loin avec des acquisitions sur leur propre marché. Le numéro un allemand, Deutsche Bank, détient ainsi depuis février 25 % de Postbank, la première banque de dépôt du pays par la clientèle. En France, le groupe Société Générale a quant à lui fait une offre sur la Société Marseillaise de Crédit, après avoir racheté la part de Dexia dans Crédit du Nord pour en détenir 100 %. Ce dernier disposerait ainsi d’une septième enseigne régionale et sa maison mère conforterait « sa place de troisième réseau de banque de détail en France en termes de PNB » (produit net bancaire). De façon comparable, Intesa Sanpaolo, qui réalise 60 % de ses revenus dans la banque de détail en Italie, s’il doit en vendre certaines, a aussi racheté 50 agences au numéro trois du secteur, Monte dei Paschi di Siena, fin 2009. Ce qui lui a permis d’approcher en Toscane sa part de marché nationale moyenne (17 %).

Les acquisitions franchissent aussi les frontières. Désormais, les groupes bancaires ne partent plus à la conquête de nouveaux marchés, ils se renforcent là où ils sont déjà présents. Ainsi, Barclays, qui a mené une politique de développement agressive, notamment dans les pays du sud de l’Europe ces dernières années, veut maintenant y consolider sa présence plutôt que d’en aborder d’autres (lire l’entretien page 20). Pariant sur la croissance organique, il n’exclut toutefois pas des opérations complémentaires.

Santander pousse cette logique à fond. En Grande-Bretagne, où il a fait main basse en 2008 sur Alliance & Leicester et Bradford & Bingley avant de les unir récemment sous son enseigne avec Abbey, acquise en 2004, le groupe tient désormais 13 % du marché. Et espère reprendre en août 318 agences de Royal Bank of Scotland, qui lui « iraient comme un gant », selon les mots de son conseiller exécutif Matías Inciarte. A travers sa branche de crédit à la consommation, Santander Consumer Finance, la banque est aussi installée en Allemagne (6 millions de clients), où elle est candidate au réseau du groupe suédois SEB, ainsi qu’en Pologne où elle compte devenir « leader ». Outre-Atlantique, Santander s’est aussi emparée début 2009 des parts qui lui manquaient pour contrôler la totalité de Sovereign, une banque du nord-est dont elle avait racheté 25 % en 2006. Sortie du rouge au dernier trimestre 2009, celle-ci pourrait fusionner avec M&T. Le groupe ne confirme pas officiellement, mais les analystes soulignent la complémentarité des deux banques. Aux Etats-Unis, Santander parie en outre sur le crédit à la consommation avec deux rachats conséquents de portefeuilles de prêts automobiles à HSBC et Citi depuis fin 2009.

CASA, septième en Italie

Suivant cette stratégie de renforcement, les français ont développé la notion de second, voire deuxième ou troisième « marché domestique ». Usité par BNP Paribas, pour l’Italie et la Belgique, l’expression est désormais fondée pour CASA qui a conclu avec Intesa Sanpaolo, le 22 juin, l’acquisition de Carispe (76 agences) et d’un autre ensemble de 96 agences « très largement excédentaires en collecte de dépôts » : de quoi compléter son dispositif en Italie pour parvenir à un tout cohérent de 902 points de distribution. Sa filiale Cariparma « élargit ainsi sa base de clientèle de particuliers d’environ un quart, avec un chiffre total de 1,8 million de clients », précise-t-il. Et CASA devient le septième acteur du marché bancaire italien. Devant BNP Paribas, présent via BNL.

Dernière annonce en date parmi les banques françaises, le 28 juin, Crédit Mutuel-CIC (CM-CIC) va constituer avant la fin de l’année avec le groupe espagnol Banco Popular « une nouvelle plate-forme bancaire commune en Espagne qui sera contrôlée à parts égales par les deux groupes » (pour 123 agences du réseau de Banco Popular sur 2.336 agences) et qui « recherchera des opportunités de croissance en Espagne et au Portugal, y compris en participant à la réorganisation en cours du marché financier espagnol », prévient-il. Après avoir racheté en 2008 Banco Popular France, CM-CIC « a vocation à devenir un actionnaire clé de la Banco Popular avec une participation de 5 % », explique-t-il. Les deux groupes ont aussi la volonté de développer des activités communes en France, en Allemagne, en Espagne et au Portugal, où chacun a déjà posé ses jalons.

Partout, la crise favorise une redistribution des cartes. En Turquie, BNP Paribas a ainsi conclu début juin un accord avec le groupe Colakoglu pour fusionner sa filiale TEB avec Fortis Bank. Le marché est porteur. C’est pour cela que Dexia, qui entend augmenter sa part de revenus provenant de la banque de détail de 55 % à 60 %, s’est battu auprès de la Commission européenne pour conserver sa filiale locale Denizbank. En revanche, le groupe pourrait vendre la compagnie d’assurances locale, mais dispose d’un délai jusqu’à 2012. Conséquence des aides d’Etat et de la vigilance de Bruxelles à compenser les distorsions de concurrence, d’autres cessions devraient engendrer un remembrement profond de la banque de détail en Europe, au profit des groupes les plus solides.

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