Les réassureurs entendent bien tirer profit de Solvabilité II

le 17/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Favorisée par la nouvelle réglementation européenne, la réassurance développe une nouvelle approche commerciale et des services de conseil.

Aujourd’hui, lorsque nous proposons un produit à un assureur, nous intégrons à notre discours l’impact qu’aura ce contrat dans un environnement Solvabilité II », explique Ivo Hux, délégué pour la France de Swiss Re. Et les autres réassureurs font de même : « Ils utilisent la nouvelle réglementation comme un argument de vente », observe Jérémy Payen, consultant au cabinet de conseil en stratégie Sia Conseil. Car la directive (qui entre en vigueur le 1er janvier 2013) permet aux assureurs de passer par la réassurance pour abaisser l’exigence de fonds propres (lire l’encadré).

Cette occasion stratégique de se développer intervient à un moment propice. En effet, « ces dernières années, le mouvement de concentration du secteur de l’assurance a érodé la matière réassurable », remarquent Gilles Dubreuille et Pierre Lacoste, respectivement directeur réassurance et pilotage et directeur des cessions externes de réassurance de Groupama. De plus, les réassureurs ont globalement souffert de la crise, notamment ceux qui, s’écartant de leur métier de base, s’étaient lancés dans la couverture des risques financiers, par exemple en vendant des credit default swaps (CDS). Ces incursions sur le terrain des banquiers ont tendance aujourd’hui à se transformer en opérations de repli.

Une bonne affaire

Les réassureurs se concentrent désormais sur leur cœur de métier et espèrent bien profiter de l’aubaine que constitue la nouvelle directive de solvabilité. Munich Re et Swiss Re apparaissent comme les plus actifs auprès de leurs clients. Le premier est avantagé en raison de sa notation (AA) face à Swiss Re (A) puisque, avec Solvabilité II, le risque de contrepartie (l’éventuelle faillite d’un réassureur) est pris en compte. Mais ce risque peut être abaissé si les assureurs recourent à la diversification, c’est-à-dire s’ils font appel à un plus grand nombre de sociétés pour de couvrir. Ainsi, tous les grands de la réassurance (Swiss Re, Munich Re, Scor, Hannover Re…) peuvent profiter de l’occasion stratégique qui s’offre à eux. Pour saisir cette chance de développement, ils n’hésitent pas à fournir gracieusement du conseil à leurs clients, pour aider ces derniers à préparer la mise en place des nouvelles règles. « Lorsque nous vendons un produit de réassurance, nous pouvons offrir à notre client, gratuitement, une modélisation stochastique (selon des variables aléatoires, NDLR) du risque de souscription non vie », souligne ainsi Margarita von Tautphoeus, qui dirige le département Solvency Counsulting chez Munich Re.

Une phase de transition

Pour autant, tous les assureurs ne se précipitent pas vers ces prestataires. « Nous n’avons pas modifié significativement notre recours à la réassurance », témoignent Gilles Dubreuille et Pierre Lacoste. Pour l’instant, nombre de compagnies espèrent pouvoir démontrer, grâce aux modèles internes qu’elles développent, que leurs fonds propres sont suffisants sans avoir à recourir davantage à la réassurance. Mais rien ne garantit qu’elles obtiendront gain de cause. En effet, les modèles internes doivent encore être validés par le régulateur, et le texte de la directive peut encore évoluer. Dans cette situation incertaine qui pourrait demeurer floue jusqu’à l’automne 2011, il est également difficile de calculer l’impact exact qu’aura la réassurance sur les besoins de fonds propres. Mais tous les espoirs sont encore permis pour les réassureurs. D’autant plus que nombre de petites mutuelles n’ont pas les moyens d’élaborer des modèles internes et devront sans doute utiliser la formule standard (souvent moins avantageuse) pour calculer leur exigence de fonds propres. Elles seront donc tentées de se tourner vers les réassureurs. Toutefois, certaines pourraient fusionner et poursuivre ainsi le mouvement de concentration du secteur. La situation n’est donc pas si idyllique qu’il y paraît pour les réassureurs.

A lire aussi