Rencontre avec... Pascal Canfin, député européen (groupe des Verts), membre de la Commission des Affaires économiques et monétaires

« On peut parler de collusion entre les banques et les régulateurs »

le 26/08/2010 L'AGEFI Hebdo

Vous avez lancé, avec d’autres députés de toutes tendances, un appel en faveur d’un « contre-pouvoir au lobby des banques ». Pourquoi ?

Après un an au Parlement européen, je me rends compte qu’il y a un vrai problème d’asymétrie entre le lobbying de l’industrie financière d’un côté et l’inorganisation de la société civile de l’autre. Le premier ne me choque pas ; il est transparent. Le problème est qu’en face, il n’y a rien. Les domaines des droits de l’homme, de l’environnement et du social ont leurs contre-pouvoirs avec Greenpeace ou Amnesty International. Mais en dehors du sujet des paradis fiscaux, les questions financières ont été laissées en jachère par la politique et par les ONG (organisations non gouvernementales, NDLR). Mais sur les produits dérivés, les hedge funds ou les exigences en capital, honnêtement, d’un point de vue technique, il n’y a personne à part quelques économistes qui ne sont pas toujours indépendants.

Comment ont réagi la Commission et les professionnels ?

La Commission n’a pas réagi. Les banques, en revanche, ont appelé en particulier les députés signataires de droite. Burkhard Balz (élu CDU et ancien de la Commerzbank, NDLR) s’est fait prendre à parti. On lui a dit : « Qu’est-ce que c’est que ces trucs de gauchiste ? ». Pour moi, il était essentiel que l’appel soit « transpartisan ». C’est un problème de capacité d’indépendance, de démocratie, pas prioritairement un problème partisan. Les banques ne se rendent pas compte que leurs arguments sont devenus totalement inaudibles. Elles sont dans leur monde. Nous allons les aider à opérer un retour à la réalité.

Vous faites peu confiance aux régulateurs et à la Commission pour se placer du point de vue des investisseurs et de l’intérêt public…

Il y a à la fois un biais structurel lié à ce problème de représentation et un biais idéologique qui consiste à survaloriser toutes les craintes exprimées par l’industrie quand on parle de la réguler. Plus généralement, on peut parler de collusion entre les banques et les régulateurs et de capture réglementaire. Sur la CRD 3 (révision de la directive fonds propres des banques, NDLR), on a attendu des mois une étude d’impact sur le trading de corrélation alors qu’il n’est pratiqué que par quatre banques en Europe. Pour elles seules, on a pris le risque que la directive ne soit pas transposée avant la fin de l’année, ce qui nous aurait fait supporter le poids politique d’une année supplémentaire de bonus colossaux. C’est totalement disproportionné.

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