L'avis de... Olivier Garnier, chef économiste du groupe Société Générale

« L’impact serait beaucoup plus faible aux Etats-Unis qu’en Europe »

le 01/04/2010 L'AGEFI Hebdo

A combien estimez-vous le coût des mesures Bâle III ?

Dans notre groupe de travail à la Fédération bancaire française (FBF), nous avons pris comme hypothèse une application immédiate et sans amendement au niveau européen. S’agissant de la solvabilité, pour maintenir leur ratio Core Tier one au niveau qui prévaut aujourd’hui, les banques européennes devraient lever un montant supplémentaire de fonds propres de l’ordre de 450 milliards d’euros. C’est un montant considérable, équivalant à ce qui a été levé pendant la crise, sauf qu’à ce moment-là, une bonne partie l’a été sous la forme de titres hybrides et avec le soutien des Etats. Les banques seraient donc aussi amenées à réduire substantiellement le dénominateur du ratio, c’est-à-dire in fine à restreindre leur offre de crédit à l’économie. Les premières à en pâtir seraient les PME, qui ne peuvent guère substituer des financements de marchés à du crédit bancaire. Au total, selon nos estimations, l’impact négatif cumulé sur le niveau du PIB de la zone euro serait de 1,5 % à court terme et pourrait atteindre 6 % à plus long terme. Sur l’aspect liquidité, où les estimations sont plus complexes à faire, des études menées par des analystes sur des échantillons partiels de banques européennes chiffrent à au moins 1.500 milliards d’euros le déficit à combler par des dettes à plus d’un an. Quand on sait que l’encours des dettes bancaires à plus d’un an représente aujourd’hui un peu moins de 5.000 milliards dans la zone euro, une telle modification du financement des banques se traduirait là aussi inévitablement par une raréfaction et un renchérissement du crédit bancaire. Et c’est le rôle même des banques en matière de transformation de l’épargne qui serait en cause.

Pourquoi les banques européennes se montrent-elles plus critiques à l’égard de Bâle III que les banques américaines ?

L’impact macroéconomique de Bâle III serait beaucoup plus faible aux Etats-Unis qu’en Europe. Premièrement, aux Etats-Unis, Bâle III ne s’appliquerait qu’à un nombre restreint de banques, dites les core banks, qui sont les plus importantes ou avec l’exposition internationale la plus forte, et qui sont déjà les mieux capitalisées. Deuxièmement, le shadow banking system (du type Fannie Mae-Freddie Mac, émetteurs d’ABS -

asset-backed securities…), qui a encore un poids important aux Etats-Unis et n’est que très peu capitalisé, échapperait à toute réglementation, alors même qu’il a largement contribué à la crise. Enfin, le crédit bancaire ne représente aux Etats-Unis que le quart de la dette des sociétés non financières (contre 80 % en Europe), du fait que celles-ci se financent largement directement sur les marchés.

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