Des dépenses informatiques guidées par la prudence

le 24/06/2010 L'AGEFI Hebdo

L’Agefi Hebdo publie la 4e édition du Baromètre des investissements informatiques bancaires Accenture - L’Agefi Hebdo. Après un creux en 2009, les investissements du secteur redémarrent, notamment sur le contrôle des risques et la conformité aux normes.

Cette quatrième édition du Baromètre des investissements informatiques bancaires Accenture - L’Agefi Hebdo marque un certain retour à la normale. 40 % des banques interrogées notent une augmentation de leur budget informatique pour 2010 contre seulement 30 % l’an dernier (voir le graphique 1). On revient ainsi au niveau de 2008. « C’est une reprise des investissements et des projets industriels, selon Philippe Vidal, responsable du secteur banque d’Accenture France. Cela montre également que les grands projets sont en cours de structuration. » Quant aux nouveaux projets (voir le graphique 2), ils bénéficient d’une hausse des dépenses dans 42 % des banques, une tendance qui s’accentue depuis 2008 en réponse à l’environnement concurrentiel. Celui-ci incite les établissements à poursuivre la modernisation de leurs systèmes d’information en se focalisant sur l’innovation, au détriment des dépenses de maintenance ou de rationalisation.

Contrôle des risques

Les thèmes des nouveaux investissements sont le reflet des priorités pour les banques (voir le graphique 3) : l’amélioration du contrôle des risques reste en tête, comme en 2009, avec 56 % des réponses. Alors que la réduction des coûts de fonctionnement était clairement classée au deuxième rang en 2009, c’est désormais l’adaptation aux nouvelles normes et aux nouveaux règlements (Bâle 2, Sarbanes-Oxley, lutte contre le blanchiment) qui prend cette place avec 48 % des réponses, au même niveau que l’amélioration de la qualité de la relation clients. La mise en conformité avec de nouvelles normes, touchant elles-mêmes à la maîtrise des risques, conjuguée à la crise financière qui a révélé d’autres dangers, a mené les banques à privilégier les investissements dans ce domaine, reléguant la réduction des coûts de fonctionnement et l’amélioration de la rentabilité au second plan (36 % des réponses), de même que la qualité et l’innovation en matière de produits et services bancaires. « Alors qu’en 2009, les banques se focalisaient sur l’amélioration de leurs modes de fonctionnement et sur la rapidité du retour sur investissement, elles se replacent dans une position prospective », décrypte Philippe Vidal.

Distribution

Chaque métier a donc ses priorités. Banques de détail et banques privées prisent les investissements liés à la distribution (76 % des réponses), un choix de long terme qui influe sur les réseaux d’agences et les canaux alternatifs. L’enjeu actuel est d’améliorer l’intégration multicanal et de proposer un niveau de services équivalent sur tous les canaux. Les banques se livrent ainsi une véritable bataille des investissements dans le but de développer les meilleurs outils de décision, d’offrir le plus de services transactionnels et de les déployer sur les nouveaux canaux, en particulier sur téléphones mobiles. Outre la distribution, les risques sont largement pris en compte (72 %) ainsi que les usines (66 %). Celles-ci, également appelées centres de services partagés, se mettent en place soit au sein d’un même établissement, soit entre plusieurs banques qui souhaitent ainsi atteindre une taille critique propice à la réalisation d’économies. C’est particulièrement le cas pour les paiements : la réglementation européenne instaurant le Sepa (Single Euro Payments Area) a poussé à la mutualisation des investissements qui permet de réduire les coûts pour chaque établissement, de mieux maîtriser les risques opérationnels et d’innover. « Les centres de services se développent sur des sujets techniques ou très orientés métier, note Philippe Vidal. Les banques françaises ont par exemple pris de l’avance dans le domaine des titres et exportent ce savoir-faire au Benelux, l’élargissement du périmètre à l’Europe étant dans l’avenir rythmé par la convergence des réglementations. »

Innovation

L’innovation technologique est bien engagée (voir le graphique 4). Les canaux électroniques de distribution sont mis en œuvre ou en cours d’amélioration pour 76 % des banques, et les projets autour du web 2.0 existent déjà dans plus d’un établissement sur deux (56 %), de même que la banque mobile. L’instauration d’une architecture orientée services (SOA) est moins répandue puisqu’elle est menée seulement dans 44 % des banques, mais elle est en cours de réflexion dans 24 % d’entre elles. « Plusieurs sujets d’innovation, tels que la dématérialisation, sont désormais connus des banques, estime Philippe Vidal. L’enjeu pour la plupart d’entre elles est maintenant de diffuser ces nouvelles technologies de manière plus massive et systématique et d’aller capturer les gains afférents. Par exemple, la dématérialisation des relevés bancaires existe pratiquement dans toutes les banques, encore faut-il faire en sorte pour réaliser les économies souhaitées qu’une grande masse de clients choisisse cette option. » La démarche est identique pour les technologies de contact à distance comme le « co-browsing » (navigation guidée sur internet) testé dans diverses banques mais pas encore déployé.

Enfin, les deux véritables nouveautés auxquelles réfléchissent de nombreuses banques sont le « cloud computing » (virtualisation des serveurs), parce qu’il est susceptible de réduire les coûts d’exploitation, et le « green IT » ou informatique verte qui permet de réduire la consommation d’énergie et les émissions de CO2.

Industrialisation

Les investissements ont également augmenté dans la rénovation des applications (36 % des réponses, contre 26 % en 2009), dans la modernisation des infrastructures (42 %, contre 23 % l’an dernier) mais surtout dans l’industrialisation du fonctionnement des systèmes d’information, un sujet qui voit son budget augmenter dans 48 % des cas, contre seulement 36 % un an auparavant. Cette hausse après des années de calme relatif montre que les banques veulent absolument maîtriser la gestion de leurs capacités informatiques. « Cela implique, par exemple, une normalisation des processus intrinsèques au fonctionnement de la direction informatique avec ses clients - mettre en place un processus structuré d’arbitrage entre les demandes de projets contribue à mieux aligner les investissements d’une banque sur ses objectifs stratégiques, explique Philippe Vidal. Ces processus appellent à être outillés de manière homogène dans l’ensemble du groupe, quel que soit le métier ou quel que soit le pays. » L’industrialisation de la production, considérée comme un facteur d’économie et de qualité, est ainsi la priorité pour 56 % des banques, devant l’industrialisation des études (40 %) et le regroupement de plusieurs structures informatiques dans une entité unique (36 %).

Infrastructures

Cette industrialisation se traduit aussi par une rénovation des infrastructures qui tendent vers plus d’homogénéité et de cohérence afin d’en faciliter le pilotage. Le travail en cours est lourd et durera encore quelque temps. Les investissements prioritaires (voir le graphique 5) se partagent entre la sécurité et la mutualisation au sein de plates-formes communes avec d’autres banques, ce qui permet d’obtenir une masse critique et d’investir à plusieurs dans des équipements lourds. La normalisation des postes de travail est citée par 44 % des banques, ce qui montre le souci d’en simplifier le pilotage, permettant ainsi des mises à jour plus rapides, et d’en augmenter le niveau de sécurité. En outre, la rationalisation des infrastructures est le premier levier de réduction des coûts pour les banques (56 %), devant la rationalisation du patrimoine applicatif (52 %) et le pilotage des investissements (44 %).

Applications

Côté applications, les banques de détail se concentrent sur trois priorités essentielles citées à égalité par 40 % des établissements interrogés (voir le graphique 6) : la gestion des risques, la gestion de la relation clients et le poste de travail. Si les deux premiers thèmes étaient déjà cités en 2009, l’unification des interfaces du poste de travail est un nouvel item. Concrètement, il s’agit de faire en sorte que les chargés de clientèle soient en mesure de passer d’une application à l’autre plus facilement, sans avoir à s’identifier plusieurs fois, et de conserver des données d’une application à l’autre : l’enjeu est lié à la facilité de prise en main et à la productivité du travail commercial. Sont également cités le crédit immobilier et les paiements (35 % des réponses dans les deux cas), des produits pour lesquels les clients attendent une rapidité et une qualité de service impeccable. C’est d’ailleurs dans cette optique (améliorer la qualité du service clients) que les décisions de renouveler les applications sont prises, ainsi que pour renforcer le pilotage des risques. Les freins à la décision, eux, sont la disponibilité des ressources internes pour mener les projets (32 %) et la rentabilité de l’opération (28 %). Ce dernier aspect était prépondérant en 2009. Ce qui n’empêche pas les banques de poursuivre leurs investissements dans de nouveaux systèmes applicatifs cœur de métier : 48 % ont des projets en cours, en progression de 7 points par rapport à l’an dernier, et 20 % prévoient de lancer des opérations dans l’année à venir, soit cinq fois plus qu’en 2009.

Externalisation

Envisagée avant tout comme un facteur de réduction des coûts par 72 % des banques (voir le graphique 7), l’externalisation semble largement entrée dans les mœurs, en particulier pour la tierce maintenance applicative (TMA), mais aussi dans une moindre mesure pour la gestion des infrastructures. Et 32 % des banques envisagent ou ont déjà confié à des prestataires extérieurs une ou plusieurs activités bancaires. Pour autant les freins à l’externalisation n’ont pas disparu : la perte de contrôle reste le principal écueil que redoutent les banques (48 %) devant le coût et le risque sur la qualité (36 % chacun). Les économies attendues d’une opération d’externalisation ont souvent été supérieures à celles réalisées, d’où la nécessité de bien appréhender tous les aspects économiques d’une telle décision. Et le choc culturel en cas d’externalisation offshore peut alourdir la facture dans un premier temps. Néanmoins, la disponibilité de ressources francophones à proximité de la France, au Maroc en particulier, n’est plus considérée comme un facteur important pour la localisation d’un projet offshore. L’externalisation devient une évidence, même si tous les bénéfices espérés ne sont pas forcément au rendez-vous.

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