Carrefour prend un nouveau virage dans les services financiers

le 07/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Poussé par la crise et par la nouvelle loi sur le crédit à la consommation, le groupe de grande distribution réorganise sa filiale bancaire S2P.

Au mois de mai prochain, une nouvelle marque pourrait voir le jour aux côtés des hypermarchés éponymes : « Banque Carrefour ». C’est en tout cas la dénomination employée dans un projet, présenté dans le rapport du 13 novembre 2009 de la Commission emploi du groupe, sur la réorganisation de sa filiale française de statut bancaire, S2P (Société des Paiements Pass, du nom de la carte née en 1981). « La finalité de ce projet est de conforter la position de Carrefour sur les services financiers, de développer cette activité et de se positionner de manière plus forte sur le marché », explique le groupe de grande distribution.

Professionnaliser les équipes

Pour y parvenir, Carrefour entend regrouper les équipes chargées de la commercialisation de produits financiers (cartes, crédits, assurances, OPCVM…) installées dans ses galeries commerciales avec les 350 collaborateurs de l’administratif et du reporting déjà salariés de S2P. Après avoir créé une direction des services financiers et assurance groupe en 2008, les événements poussent à cette réorganisation.

« Les 1.500 personnes travaillant sur les stands financiers sont salariées des magasins, remarque Michel Enguelz, délégué fédéral FO. Elles peuvent être appelées à y faire du réassort. » Or, la directive sur le crédit à la consommation, attendue en mai 2010, exige une professionnalisation du personnel chargé des opérations de prêts « conclues sur le lieu de vente » afin de prévenir le surendettement. Les partenaires sociaux sont donc assez positifs à l’égard du projet du groupe. Ils y voient une valorisation des postes que relève Michel Enguelz : « Carrefour a un vrai intérêt économique et besoin des compétences des salariés pour la mise en œuvre sur le terrain. » A terme, les effectifs de S2P comptabiliseront, selon Carrefour, « 1.800 collaborateurs qui devraient bénéficier d’une formation plus intense ».

La crise a par ailleurs offert aux filiales spécialisées de la grande distribution des perspectives nouvelles. « Ces grandes sociétés bénéficient du désarroi des banques et capitalisent sur la bonne image de leur marque », observe Johnny Da Silva, analyste chez Fitch Ratings. Le succès de la nouvelle carte Mastercard (2,7 millions de souscriptions depuis début 2009) et la progression des encours de S2P, à 2,6 milliards d’euros fin 2009 contre 2,3 milliards un an auparavant, l’illustrent.

Une alternative bancaire

Carrefour reste toutefois évasif sur l’évolution éventuelle de son offre. « L’idée sera sans doute d’équiper le client de plusieurs produits, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui », observe Annie Girac, spécialiste de la grande distribution chez Euler Sfac. Rien n’indique l’ouverture de comptes de dépôts. En outre, le groupe assure que les stands financiers ne seront pas modifiés. Or, si des banques issues de la grande distribution « peuvent devenir des concurrentes aux agences traditionnelles, signale Stéphane Court, directeur général d’Equinox Consulting, elles ont intérêt à accroître la visibilité de leur enseigne pour faire naître une véritable image de banque ».

Enfin, Carrefour reste partenaire de BNP Paribas Personal Finance qui détient 40 % du capital de S2P. « S2P a développé des éléments de ‘scoring’ en interne, mais la gestion des risques reste une difficulté pour ces groupes, estime Johnny Da Silva. Dans ce domaine, BNP Paribas apporte son expertise. »

S’il n’a pas les ambitions du britannique Tesco, désormais cité comme repreneur potentiel d’agences de groupes bancaires en difficulté, Carrefour projette néanmoins pour 2010 une évolution profonde de ses activités financières. A juste titre, selon Annie Girac : « Ce genre de filiales constitue un potentiel pour l’avenir et une contribution aux profits, par rapport à une activité de distribution très concurrentielle et soumise à une forte pression sur les prix et les marges. » En France, le groupe Auchan en a été le premier convaincu (lire l’encadré).

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