Barclays change de patron, pas de ligne directrice

le 23/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Le futur directeur général, Bob Diamond, devra convaincre de son habileté à gérer le groupe, au-delà de son cœur de métier.

La nomination de Bob Diamond au poste de futur directeur général (CEO) de Barclays n’a surpris personne. A son actif, la montée en puissance de la banque d’investissement du groupe au travers de sa division BarCap au cours des quatorze dernières années. Faiseur de deals flamboyants, c’est aussi à lui que l’on doit le rachat des opérations américaines de Lehman Brothers en 2008. Le futur patron de Barclays, qui au fil des années a également pris en charge la banque privée et la banque commerciale, devrait sans aucun doute imposer un nouveau style de management. Né aux Etats-Unis, Bob Diamond, « RED » pour ses collègues (Robert E. Diamond), a certainement le verbe plus acéré que le très britannique John Varley, qui doit quitter son poste fin mars prochain après sept ans aux plus hautes fonctions de la banque.

Une intronisation attendue

A l’occasion de la présentation des résultats annuels du groupe en février dernier, le futur CEO avait eu du mal à cacher son impatience face aux questions répétées des journalistes britanniques sur les niveaux de rémunération des cadres dirigeants de la banque. Un sujet qui le concerne tout particulièrement : en 2009, le total de ses émoluments atteignait quelque 18,2 millions de livres et son nouveau package de directeur général devrait lui valoir la somme plus modeste de 11,5 millions de livres par an. Un montant jugé encore trop extravagant par les politiciens britanniques, et en particulier les libéraux-démocrates, qui le rendent responsables de tous les abus du secteur.

Si la personnalité haute en couleurs de Diamond a toutes les chances d’impacter la méthode de management de la banque, la stratégie - du moins sur le court terme - ne devrait pas beaucoup évoluer : « La nouvelle équipe dirigeante va continuer à faire de Barclays une banque d’investissement globale de taille significative et étendre son emprise dans la banque de détail et commerciale », estime le Dr Alistair Milne, professeur spécialisé en finance à la Cass Business School à Londres. L’hypothèse récurrente selon laquelle Bob Diamond délaisserait le réseau au profit de l’investissement qu’il connaît par cœur achoppe aussi sur l’importance de ce secteur dans le bilan du groupe.

Certes, le futur directeur général a laissé entendre qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre la déclaration de son prédécesseur selon laquelle la division d’investissement devait engendrer un tiers des profits - Barcap en a généré 80 % au cours du premier semestre. Pour autant, la division GRB - Global Retail Banking - continue à être la vache à lait du groupe avec, au cours du premier semestre 2010, un bénéfice global en hausse de 7 % à 901 millions de livres. Au début de l’été, Barclays a également dévoilé des plans ambitieux pour développer sa banque de détail en Europe de l’Ouest et au Royaume-Uni au cours des quatre prochaines années, moyennant un investissement proche du milliard de livres. « Les plus gros obstacles risquent d’être d’ordre politique pour Bob Diamond », anticipe le Dr Alistair Milne.

Bien orienter l’épargne

Sous la houlette de Sir John Vickers, la commission bancaire britannique, qui doit rendre ses conclusions en septembre 2011, pourrait bien recommander un certain nombre d’actions susceptibles d’ébranler le modèle économique de Barclays en scindant les activités de détail et d’investissement. Aux conjectures évoquant la possibilité pour Barclays d’introduire en Bourse sa division de banque d’investissement Barcap aux Etats-Unis, le futur patron de Barclays a d’ores et déjà répondu par voie de presse qu’il œuvrerait en faveur du bien du Royaume-Uni. « Bob Diamond devra nécessairement convaincre les investisseurs que les banques auront toujours plus besoin de stabilité à l’avenir », souligne Keith Bowman, analyste auprès du courtier Hargreaves Lansdown.

« La grande question au cours de la prochaine décennie sera de savoir à quoi sert une banque si elle ne procure pas de fonds en vue d’un investissement productif », estime de son côté Alistair Milne. Mais Barclays sera aussi en position de jouer un rôle significatif à l’intérieur même de l’industrie en orientant les produits d’épargne vers des investissements productifs. Bob Diamond, s’il est rusé, pourra bien en faire une priorité et faire valoir que cette tendance exige un mélange de compétences dans l’investissement et dans la banque commerciale. » Une belle carte à jouer pour le futur dirigeant même si l’entreprise exigera de lui davantage de doigté.

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