Les banques n’en ont pas fini avec les assurances

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Société Générale veut équiper ses clients de contrats « dommages ». Les groupes cherchent l’organisation optimale de la filière.

Il suffit d’observer les 2.300 agences Société Générale : l’inscription « banque et assurances » s’y affiche depuis près de six mois comme sur les devantures de BNP Paribas, Crédit Mutuel ou Crédit Agricole (dont la caisse d’Ile-de-France, dernière à avoir rejoint le mouvement). Ce n’est pas un hasard si le groupe de La Défense a décidé en février dernier de racheter à Aviva sa participation de 35 % dans Sogessur (lire l’entretien). « Nous sommes convaincus que les assurances habitation et automobile doivent concerner potentiellement chaque client de la banque, explique Laurent Goutard, directeur délégué en charge de la banque de détail en France. Aujourd’hui, 9 % de notre clientèle bénéficie d’un contrat maison. Notre objectif est de parvenir à un taux d’équipement de 20 % en 2015. » Dans le plan « grand public » qu’il prépare, ces assurances dommages seront proposées à tous, au même titre qu’une carte bancaire. Car « l’assurance dommages est un produit fidélisant, et plus le client dispose de produits, plus il est fidèle », dit-il. Société Générale dresse le même constat que ses concurrents, dont La Banque Postale (LBP) qui s’est associée à Groupama pour pénétrer ce segment de marché en fin d’année (L’Agefi Hebdo du 25 mars).

Si l’assurance vie a trouvé sa place dans la gamme des produits d’épargne, les réseaux bancaires cherchent encore la bonne méthode pour promouvoir les contrats « dommages », surtout au moment privilégié de l’octroi d’un crédit - immobilier ou affecté à l’achat d’une voiture.

Le succès des groupes précurseurs, Crédit Mutuel et Crédit Agricole, force l’admiration des concurrents. Le premier, dans sa branche Centre Est Europe, dispose d’une filiale non-vie intégrée depuis 1971. Le second a de son côté repris en 2001 les 10 % que détenait dans Pacifica son partenaire technique de départ Groupama. Désormais, 22 % des clients Crédit Agricole et 10 % des clients LCL ont un contrat automobile ou habitation du groupe. Et Crédit Agricole SA peut se flatter de « bonnes performances commerciales, enregistrant un nouveau record de production dans un marché très concurrentiel » de l’assurance dommages au premier trimestre 2010. Avec un chiffre d’affaires de 783 millions d’euros sur un total pour l’ensemble du pôle assurances de… 9,3 milliards d’euros. L’assurance dommages reste donc mineure. En outre, elle « dégage généralement des marges plus faibles que bon nombre de produits distribués par les établissements bancaires, souligne un analyste. En particulier, les primes automobile ou habitation sont nominalement moins élevées que celles d’assurance vie. De plus, ces contrats sont de durée relativement limitée, ce qui implique un effort commercial pour fidéliser la clientèle ». La détention moyenne sur le marché serait inférieure à huit ans pour un contrat habitation et à six ans pour l’automobile.

Des choix en suspens

Rien ne semble pourtant ébranler les certitudes bancaires. Le groupe BNP Paribas, qui a aussi fait le choix d’une filière intégrée, a indiqué qu’il voulait renforcer ses positions en dommages cette année. Quant à BPCE, il perçoit l’assurance comme « un levier de croissance organique » et a annoncé son intention d’atteindre une part de marché de 21 % sur ce segment en 2013.

Chez BPCE, l’organisation-cible intègre la production d’assurances à deux niveaux : l’organe central a repris celle destinée à l’Ecureuil (en dommages et vie avec ses 17,7 % dans CNP, via la société dans Holeassur) ; et sa filiale de banque de gros, Natixis, celle adressée aux Banques Populaires. En dommages, le groupe a ainsi deux structures, en partenariat : GCE Assurances dont les mutuelles Macif et Maif détiennent respectivement 25 % et 15 % du capital comme fournisseur des Caisses d’Epargne, et Natixis Assurances, dont l’une des filiales, ABP IARD détenue à 50 % par Maaf, fournit l’offre automobile et multirisque-habitation des Banques Populaires. Or, Paul Le Bihan, jusque-là chargé de la mise en place du pôle assurances commun aux deux réseaux, vient d’être nommé directeur général de Sferen, société de groupe d’assurance mutuelle des groupes Macif et Maif. Son successeur devra sans doute clarifier la situation.

Plus que tout autre groupe bancaire français, BPCE doit raisonner sur toutes les hypothèses découlant du cumul de nouveaux ratios de solvabilité Bâle III (banque) et Solvabilité II (assurance) avec la directive sur les conglomérats financiers (L’Agefi Hebdo du 11 mars 2010). Si cela peut pousser à dégager des fonds propres en optant pour une usine externe, éventuellement partagée, comparable à CNP pour LBP et BPCE (pour les Caisses d’Epargne), ce dernier est en outre obligé d’étudier la pertinence d’une cession de sa participation dans le capital de son producteur d’assurance vie. Une telle sortie ne remettrait d’ailleurs pas forcément en cause un accord commercial. De la même manière, en dommages, le choix d’externaliser la production sans lien capitalistique avec son partenaire est envisageable. Même si aucun groupe bancaire ne s’est à ce jour prononcé dans ce sens.

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