Dossier Banque privée

Les banques françaises renforcent leur dispositif international

le 25/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Acteurs historiques de la gestion offshore, elles s’implantent désormais au plus près des clients, notamment dans les pays émergents.

Chasse aux paradis fiscaux, remise en cause du secret bancaire suisse, crise des marchés… Ces événements ont ébranlé la confiance des clients privés, mais ne découragent pas les banques françaises. Les trois plus importantes - Société Générale, Crédit Agricole SA (CASA) et BNP Paribas (1) - ne manquent pas de projets pour leur gestion de fortune internationale, même si le sort des implantations dans les territoires non coopératifs est dans la balance (lire l’encadré). « La banque privée est d'autant plus attractive aujourd’hui qu'elle est moins risquée que d’autres activités bancaires et consomme peu de capitaux, pointe Fabrice Asvazadourian, partner au cabinet de conseil Oliver Wyman. Elle dispose aussi d’un bon potentiel de croissance du fait du rythme élevé de création de richesse attendu dans les années à venir dans les pays émergents. » Pour autant, « les banques françaises doivent travailler leur image de marque à l’international, encore peu visible malgré le poids grandissant de leurs actifs », estime Léon Ruffault, manager chez Eurogroup Consulting.

Sur le plan commercial, l'optimisme est de rigueur après les sorties de capitaux observées l'an dernier à l'étranger. « Notre collecte est bien orientée depuis le début de l’année en Asie, en Amérique latine et même au Moyen-Orient, en dépit de la crise que traverse cette région », assure Jean-François Abadie, directeur de la banque privée France et international chez CASA, qui a subi des sorties nettes de capitaux au second semestre 2009.

Les ambitions des acteurs diffèrent toutefois en fonction de leur modèle. BNP Paribas, qui a gagné du terrain grâce au rachat de Fortis l’an dernier (principalement en Belgique, en Suisse et en Asie), ambitionne de passer d’ici à trois ans de la huitième à la sixième place mondiale en termes d’actifs gérés. « Nous optons pour des coentreprises dans les pays où nous ne pouvons pas avoir seuls une taille critique », explique Michel Longhini, directeur de BNP Paribas Wealth Management International (WMI), la division de gestion privée dans les pays où le groupe ne dispose pas d'un réseau de banque de détail. Si sa coentreprise avec le grec Piraeus Bank annoncée en juillet dernier doit être opérationnelle au deuxième trimestre, le groupe ne confirme pas la mise en place d’une coentreprise aux Emirats Arabes Unis avec Bank Sharjah, malgré l’annonce faite par cette dernière. « Nous allons revoir notre organisation aux Emirats Arabes Unis et en Israël », se contente d’indiquer Michel Longhini.

BNP Paribas sème en Afrique du Nord

Si sa division vise principalement les clients disposant de plus de 500.000 euros d’avoirs en Inde, en Chine et au Brésil, et plus d’un million dans la plupart des autres sites de WMI, BNP Paribas cible dans ses pays domestiques des patrimoines de 250.000 euros minimum. Dans ces derniers, « notre modèle intégré réplique le schéma français tout en s'adaptant aux spécifités locales, souligne Marie-Claire Capobianco, directeur de BNP Paribas Wealth Management Network. Nos centres de banque privée bénéficient ainsi de la force d'origination client du réseau et de moindres coûts unitaires grâce au partage des systèmes de traitement des opérations et de l'information client. » En Belgique, grâce à la création de 35 centres patrimoniaux pour les clients de Fortis, elle vise « 10 milliards d’euros d’actifs sous gestion supplémentaires d’ici à trois ans (56 millions d’euros, NDLR) et un doublement des encours à moyen terme ». D’autres chantiers sont en cours pour se rapprocher des particuliers fortunés, dont certains ont rapatrié leurs fonds offshore : « Nous travaillons depuis fin 2009 à la création d’une banque privée en Californie au sein de Bank of the West, mais nous n’avons pas encore défini précisément notre dispositif », détaille Marie-Claire Capobianco. Dans le sillage du lancement de la banque privée au Maroc en janvier, « nous allons débuter nos réflexions en Egypte en mai en vue de débuter l’activité huit ou neuf mois plus tard, puis nous lancerons un chantier similaire en Tunisie l’an prochain », poursuit-elle. En revanche, rien n’est prévu en Algérie et en Libye, moins stables politiquement, ainsi qu'en Pologne et en Ukraine.

Société Générale privilégie de son côté les pays émergents et la croissance externe. Pour le moment, elle n’a pas pris part au mouvement de consolidation du marché, mais « nous étudions toutes les opportunités qui se présentent actuellement sur le marché lorsqu’il s’agit de cessions partielles ou complètes d’activités de banque privée qui pourraient nous permettre de nous développer en externe ou sur le plan organique », confie Daniel Truchi, directeur général de Société Générale Private Banking.

CASA s'appuie sur Cariparma et Friuladria en Italie

CASA, qui vient de changer de gouvernance, n’envisage pas d’acquisitions majeures mais des actions ciblées. « Nous privilégions deux axes de développement. D’une part, les régions émergentes : l’Asie, le Proche et Moyen-Orient et l’Amérique latine. D’autre part, l’Union européenne, en renforçant notre présence au Luxembourg, en Espagne et en Belgique », explique Gilles de Margerie, directeur de la banque privée, du capital-investissement et de l’immobilier chez CASA. « Nos implantations sont aujourd’hui suffisantes. En Asie, nous allons simplement, d'ici à la fin de l'année, permettre à notre succursale de Hong-Kong d'ouvrir des comptes clients pour disposer d'une deuxième plate-forme ('booking center', NDLR) à côté de celle de Singapour », poursuit Jean-François Abadie. Le groupe va aussi créer une offre de banque privée en Italie « à destination d’une clientèle haut de gamme d’entrepreneurs », en s’appuyant sur ses réseaux de banque de détail Cariparma et Friuladria. Reste à définir son modèle car le Brésil et Monaco sont les seuls territoires hors de France où le groupe marie déjà banque commerciale et banque privée.

Contrairement à ses consœurs qui visent les fortunes étrangères onshore et/ou offshore (résidentes ou non), Natixis souhaite servir davantage la clientèle de l’Hexagone, après avoir fusionné l’an dernier ses deux banques privées françaises. « Natixis Private Banking International va davantage promouvoir ses produits auprès des clients des Banques Populaires, des Caisses d’Epargne (maisons mères de Natixis, NDLR) et des conseillers en gestion de patrimoine indépendants avec lesquels nous travaillons, explique Eric Franc, directeur général de la Banque Privée 1818 en France et président du conseil d’administration de Natixis Private Banking International à Luxembourg. Elle peut accompagner ceux qui se délocalisent en Belgique ou en Suisse et souhaitent réallouer leurs actifs, par exemple suite à la cession de leur entreprise. Elle peut également apporter aux résidents français la souplesse de gestion des contrats d’assurance vie luxembourgeois. » En revanche, alors que sa division de gestion privée affiche encore des pertes, Natixis va fermer prochainement son bureau de Genève ouvert en 2008. 

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