Dossier CARTES

Banques et distributeurs ajustent leurs offres de débit/crédit

le 26/08/2010 L'AGEFI Hebdo

La grande distribution doit intégrer la fonction paiement au comptant et faire face à une concurrence accrue des banques.

Le compte à rebours a commencé pour les cartes de crédit des grandes enseignes de la distribution. Avec l’adoption fin juin de la loi Lagarde sur le crédit à la consommation, les distributeurs sont aujourd’hui contraints de remettre à plat l’ensemble de leurs dispositifs en la matière. A compter de mai 2011, ces cartes privatives devront proposer par défaut la fonction de paiement au comptant, l’activation du crédit nécessitant désormais l’accord express du porteur. Une mini-révolution. Si certains grands magasins, à l’instar des Galeries Lafayette ou de Carrefour, offrent déjà le choix entre paiement différé, en trois fois ou au comptant, pour les autres, l’heure est aux grandes manœuvres. D’ores et déjà, certaines enseignes sont à pied d’œuvre, souvent accompagnées par des acteurs spécialisés. « Nous allons développer de nouvelles cartes qui auront, par défaut, la fonction de paiement au comptant, dévoile ainsi Antoine Michaud, directeur marketing et services financiers pour l’Europe du Sud chez LaSer, spécialiste des cartes privatives et du crédit à la consommation. Certaines cartes n’auront plus l’option crédit et seront utilisables uniquement pour les achats en magasin. Nous l’avons déjà fait avec Système U. » D’ici à début 2011, d’autres enseignes partenaires de LaSer devraient progressivement franchir le pas (lire aussi l’encadré).

Pourtant, une telle adaptation nécessite de mener à bien de vastes chantiers afin d’ajuster l’ensemble de la chaîne de gestion. « La réforme implique d’importants aménagements informatiques, avec des budgets de plusieurs milliers de jours/hommes, soit plusieurs millions d’euros, précise Pierre Blanc, associé au cabinet de conseil Athling Management. Au-delà de la chaîne informatique, les enseignes vont aussi devoir former leurs vendeurs et revoir leur processus de gestion. »

Des acteurs à l’affût

Une situation complexe pour les enseignes qui doivent, de surcroît, subir une concurrence accrue des banques sur ce marché. Depuis quelques années, ces dernières ont lancé une nouvelle génération de cartes, dites débit-crédit, associant les fonctions classiques d’une carte de paiement et une réserve de crédit renouvelable. Une carte double emploi qui connaît un certain succès. BNP Paribas a ouvert la voie avec le lancement, il y a quatre ans, de son service Tercéo, permettant le paiement en trois fois ou avec un différé de trois mois. « 20 % de nos détenteurs de carte de paiement ont choisi l’option Tercéo, avance Stéphane Battez, responsable marketing cartes chez BNP Paribas. Nous continuons la commercialisation et renforçons l’animation de cette offre. » Depuis, d’autres établissements lui ont emboité le pas, à l’instar du Crédit Agricole qui, depuis juin 2008, propose sa carte « double action » et revendique près d’un million de porteurs. Et depuis le début de l’année, ce sont les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne qui se sont converties, en lançant respectivement leurs cartes Facélia et IziCarte, en cours de généralisation dans leurs caisses régionales. Depuis janvier, Facélia a déjà été vendue à 120.000 personnes.

Si les banques restent discrètes sur les objectifs poursuivis, l’enjeu est clair : capter une partie du crédit à la consommation qui, jusque-là, leur échappait du fait de leur absence sur les lieux de vente. « Potentiellement, les banques sont des concurrentes des acteurs spécialisés, estime Pierre Blanc. Elles pourraient en effet bénéficier d’un transfert d’activités et entamer la part de marché d’acteurs spécialisés. Mais à une condition : qu’elles parviennent à convaincre leurs clients d’activer la fonction crédit de leurs cartes débit-crédit. » Pour l’heure, malgré une diffusion assez large de ces cartes, il est encore trop tôt pour dire si elles ont généré un surplus d’encours de crédit pour les banques. Mais en raison d’une connaissance plus fine de leurs clients et de leur capacité de crédit, les banques disposent d’une longueur d’avance sur les grands enseignes de la distribution.

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