Amadou Kane gère la diversité africaine chez BNP Paribas

le 15/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Avec ses trois adjoints, il relaie les fonctions centrales dans la région, ainsi que l’activité du terrain vers la direction.

Amadou Kane, Sénégalais, la cinquantaine alerte, est certes discret en France. Mais le responsable Afrique de BNP Paribas est une célébrité dans la région, désigné par le magazine Jeune Afrique comme l’une des 100 personnalités du continent qui feront 2010. C’est également le premier Africain nommé à ce niveau de responsabilité pour le groupe, tout comme il avait été le premier Africain à prendre la tête d’une filiale de BNP Paribas sur ce continent, la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Sénégal (Bicis), à l’issue d’un parcours professionnel entièrement tourné vers le secteur bancaire.

Le département Afrique de BNP Paribas, ce sont neuf filiales dans neuf pays (voir la carte), « neuf complexités, gérées de manière spécifique : on n’applique pas les mêmes recettes aux Comores, très dépendant de l’exportation d’un unique produit, la vanille, qu’au Gabon, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, dont les ressources sont plus variées », explique Amadou Kane. Un territoire à la fois « uniforme et divers », dont le suivi requiert forcément une démarche particulière. C’est aussi 2.600 personnes sur le terrain, 103 agences (110 en 2010), 201 millions d’euros de chiffre d’affaires (PNB) en 2009 pour des encours de crédit de 1,5 milliard d’euros et des dépôts de 2 milliards. Pour superviser l’ensemble, trois hommes épaulent Amadou Kane à Paris - « des hommes de terrain, aguerris à l’exploitation et au management », et qu’il a choisis.

Superviser à distance est complexe et l’objectif de l’équipe est de « se faire le relais des fonctions centrales dans la région, comme celui des sites vers la direction ». La feuille de route passe par trois axes : impulser la stratégie commerciale du groupe ; appliquer la politique groupe - l’industrialisation des activités bancaires et la promotion des synergies doivent aussi s’appliquer en Afrique ; et se faire le go-between entre les sites et le siège.

Des tâches qui impliquent un dialogue permanent avec les filiales et leurs actionnaires. Des discussions d’abord rythmées par les trois conseils d’administration annuels et leurs émanations (comité d’audit…), et « qui peuvent être animées ! », souligne Amadou Kane. Mais aussi par des contacts quotidiens, pour l’examen de dossiers de crédit dont le montant est supérieur à la délégation autorisée au directeur général local ou qui sont exposés à un risque souverain ; ou pour contribuer à la gestion des RH, tant au niveau de l’état major que des cadres à fort potentiel. « Il est essentiel de rechercher de la fluidité entre les pays, tant en termes de stratégies que de collaborateurs : il faut offrir des perspectives de carrières entre les sites, d’autant que la concurrence est vive sur le terrain », remarque Jean-Paul Picot, responsable du Burkina Faso, de la Guinée et des Comores, qui a rejoint le département après 11 années passées en Afrique, dont une au poste de directeur général adjoint au Togo (dont le groupe s’est retiré depuis). Et le dialogue doit inclure bien sûr les régulateurs bancaires et les banques centrales locales.

Politique groupe

L’industrialisation se traduit par la mise en place de plates-formes par exemple pour l’audit (à Dakar) ou les risques (à Abidjan). Toutefois l’application d’une politique groupe en Afrique peut être délicate. Sur ce sujet, Amadou Kane ne veut pas faire dans la langue de bois : « Il faut suivre de très près les structures, qui sont finalement de grosses PME, et être très vigilant. Mais on peut aussi penser qu’autonomiser est plus efficace que contrôler. » Globalement, l’offre produit est assez standard, avec des crédits aux entreprises, à la consommation, immobilier - on trouve même des packages sous un format proche de celui distribué en France. Même si BNP Paribas sur le continent africain est plutôt tournée sur les grandes entreprises en termes de chiffres d’affaires.

Enfin, l’Afrique peut aussi être à l’origine de projets. Ainsi, l’équipe a réussi à attirer l’attention de la direction centrale sur l’importance de la question du migrant-banking (transferts d’argent entre les immigrés en France et leur pays d’origine), ce qui a conduit au lancement de l’offre Orange Money en Côte d’Ivoire.

Synergies

L’équipe est aussi la cheville ouvrière du dialogue entre les différents métiers de BNP Paribas et les filiales locales « car le but est de développer le cross-selling », remarque Jean-Louis Menann-Kouamé, ancien responsable de Bici Bourse à Abidjan et actuellement responsable du Mali, du Sénégal et de Madagascar. Notamment avec la banque de financement et d’investissement (CIB) dans le domaine des matières premières. « Notre présence sur le terrain facilite les opérations. Par exemple, dans le pétrole, la collaboration entre CIB et les filiales est forte et nous apportons nos contacts avec les autorités, notre connaissance du terrain pour négocier les contrats », continue Jean-Paul Le Bailly, anciennement responsable clientèle entreprise en Guinée et en charge de la Côte d’Ivoire, du Gabon et de la Mauritanie (dont BNP Paribas est sur le point de se retirer) « et nous partageons les commissions ». De même avec Arval, la structure de gestion de flotte automobile du groupe, « l’Afrique est un nouveau débouché pour ses véhicules d’occasion, qui par exemple, ont été vendus pour la première fois au Sénégal via la filiale locale Bicis », remarque Jean-Louis Menann-Kouamé. Enfin, l’équipe reste un point de contact incontournable « pour tout acteur économique en relation avec le groupe, souhaitant investir dans nos pays d’implantation ».

Est-il rentable de faire de la banque en Afrique ? « Très certainement, rétorque le directeur. Les sites génèrent les revenus nécessaires à leur développement et sont structurellement bénéficiaires, ce qui a été un critère majeur dans la décision de la direction générale de rester dans la zone quand la question s’est posée après le rachat de BNL et de Fortis. Un résultat aussi de circonstances : jusqu’à présent, le modèle a fonctionné : lorsqu’un pays est victime de troubles, l’activité dans les autres prend le relais. »

Avec ces multiples attributions, quel est le quotidien de cette équipe ? Difficile à décrire tant il est « varié et toujours surprenant », remarque Amadou Kane. Une journée, ponctuée d’échanges permanents, peut être consacrée à un problème juridique, une question de ressources humaines, l’examen d’un dossier de crédit, un contact avec une institution internationale opérant en Afrique… « Mais il peut aussi s’agir de réagir à des crises politiques, tout comme à des décisions politiques locales de toutes sortes », renchérit l’équipe !

Son équipe

Jean-Paul Picot, 63 ans, adjoint au responsable Afrique

Jean-Paul Le Bailly, 53 ans, adjoint au responsable Afrique

Jean-Louis Menann-Kouamé, 34 ans, adjoint au responsable Afrique

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