Les acteurs du crédit à la consommation serrent les rangs

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Chute de la production, réforme législative de fond, 2010 marquera un cap pour le marché français.

Malgré le report de la grève, initialement prévue le 4 février, les syndicats de Sofinco (Crédit Agricole SA - CASA) ne décolèrent pas : dans le cadre des négociations annuelles obligatoires, la direction, qui propose une enveloppe globale de 2 % de la masse salariale en primes pour 2010, leur aurait présenté un scénario de baisse d’activité bien pire que la réalité. Or, « les activités de Sofinco et Finaref se portent bien, les sociétés ayant même gagné des parts de marché », constate Gérard Avelange, délégué syndical CGT. L’ensemble a en effet réalisé de belles performances commerciales en France. « Nous avons continué à gagner des parts de marché : 17,6 % en 2007, 18,2 % en 2008, puis 19,1 % à fin septembre 2009, hors activité avec les réseaux du groupe », souligne Philippe Dumont, directeur général de Sofinco et Finaref.

Une réforme structurante

Une gageure alors que « depuis que les statistiques d’activité existent, jamais un repli d’une telle ampleur (-13,3 % en valeur) n’avait été enregistré » pour le crédit à la consommation, observe l’Association française des sociétés financières (ASF). Et il s’agit de la deuxième année consécutive de baisse (-2,4 % en 2008, L’Agefi Hebdo du 20 mai 2009). En euros constants, la production de crédits à la consommation (38 milliards d’euros) est revenue au niveau de 2001. Le marché a été confronté à une conjonction d’éléments négatifs : baisse de la consommation de biens durables, hausse de l’épargne, décrue de l’immobilier. Quant au coût du risque, il aurait été multiplié par deux entre 2008 et 2009, avec la montée du chômage. Or, « nous refusons chaque année environ 30 % des demandes des crédits et cette part a relativement peu augmenté en 2009 », indique Pascal Roussarie, responsable de la communication de BNP Paribas Personal Finance.

C’est donc dans ce contexte morose qu’est attendu à l’Assemblée nationale fin mars le projet de loi Lagarde qui doit encadrer les crédits renouvelables et la publicité, mais aussi revoir les taux de l’usure (lire l’entretien page 20). Un projet qui sera « très structurant pour le secteur du crédit à la consommation », estime Philippe Dumont. « S’il va dans le bon sens, celui du crédit responsable, il est clair que ce projet de loi ne va pas aider, à court terme, le développement du marché, ajoute Pascal Roussarie. Il y a tout un travail à faire pour accompagner cette réforme. » Du côté de Crédit Agricole SA, cela pourrait mobiliser 10.000 jours/homme.

Le texte devrait en effet entraîner une révision en profondeur des pratiques sur l’ensemble du cycle de vie d’un contrat, pour tous les types de crédits à la consommation, mais l’impact sera surtout important pour les crédits renouvelables. « Pour certains acteurs très exposés au crédit renouvelable, il pourrait diminuer de 20 % à 25 % leur niveau de production annuelle », explique Georges Zeline, associé au sein du cabinet Eurogroup.

Evolution des modèles

Sans attendre, les acteurs du marché s’organisent en conséquence. « L’ensemble du secteur a travaillé à la diminution des coûts, avec des plans drastiques », explique Georges Zeline. Philippe Dumont œuvre pour sa part à l’absorption de Finaref au sein de Sofinco, sous la nouvelle dénomination : Crédit Agricole Consumer Finance. Présenté le 27 mai 2009, le projet a été soumis aux comités d’entreprise de Sofinco et de Finaref les 14 et 15 janvier 2010. A l’unanimité, leur avis a été négatif. La fusion juridique et organisationnelle sera toutefois effective au 1eravril 2010, avec un effet rétroactif au plan fiscal et comptable au 1erjanvier, puisque les avis ne sont que consultatifs. Et un plan visant à supprimer 226 postes sera ouvert à partir du 15 février. Pourtant, si la création de Crédit Agricole Consumer Finance devrait créer 75 millions d’euros de synergies par an, dont 60 millions sur les synergies de coûts, Philippe Dumont se défend d’un projet réactionnel. « Dans un environnement économique difficile, ce projet traduit la volonté de Finaref et Sofinco d’unir leurs compétences et savoir-faire afin de renforcer leur développement vers de nouveaux marchés, de poursuivre le développement international et de consolider leurs pôles d’excellence, notamment en matière de nouvelles technologies, de marketing et de partenariat avec les enseignes de la distribution », soutient-il. L’entité couvrira en effet l’ensemble des métiers et canaux de distribution (vente directe, financement sur le lieu de vente et partenariats) et se présente déjà comme un leader européen, avec des encours gérés à fin septembre 2009 de 74,2 milliards d’euros, 10.500 collaborateurs et une activité aux deux tiers internationale.

Les principaux acteurs du secteur ont également ressorti des cartons des projets plus créateurs de valeur. « Une des voies recherchées est le développement de plus fortes synergies avec leurs maisons mères bancaires, en termes de contrôle des risques et de distribution via les guichets bancaires, indique Georges Zeline. Les interrogations des établissements de crédit adossés à des groupes bancaires portent aujourd’hui sur la réalisation d’offres croisées. » Même le groupe Crédit Agricole progresse dans cette voie, une dizaine de caisses régionales ayant rejoint la plate-forme de CASA, Sofinco, en 2009 : 35 sur 39 caisses lui confient ainsi tout ou partie de leur production (dont 22 en crédit amortissable en plus du renouvelable).

De nouveaux lieux d’échanges

« Certains acteurs ont travaillé sur l’amélioration de leurs processus et de leur modèle opérationnel, avec l’objectif de distribuer et de gérer leurs produits à moindre coût, ajoute Georges Zeline. Internet en est un bon exemple et tous les acteurs s’y sont investis. » C’est le cas chez BNP Paribas Personal Finance (travaillant sous la marque Cetelem en France), qui doit dévoiler d’ici à la fin du premier semestre les détails d’une offre sur les sites de ventes en ligne. Objectif : capter la clientèle sur de nouveaux lieux d’échanges. « Nous sommes numéro un du crédit sur internet en Europe avec plus de 30 % de notre production en ligne, explique Pascal Roussarie. Nous avons entre autres un partenariat avec PayPal qui va prendre de l’ampleur dans les semaines à venir. »

Par ailleurs, les établissements de crédit cherchent à élargir leur champ d’action. Certains, issus de la grande distribution, tels S2P Carrefour ou Banque Accord (Auchan), proposent déjà de l’épargne. Les entités de groupes bancaires pourraient l’envisager. « La crise de liquidité que nous avons connue a changé la donne car il était devenu compliqué de trouver de l’argent sur les marchés, souligne Pascal Roussarie. Les acteurs du crédit ont pris conscience que pouvoir s’appuyer sur une base de dépôt et d’épargne était un atout. Ainsi, notre appartenance à BNP Paribas nous permet de faire évoluer sereinement notre modèle économique pour envisager par exemple de proposer des produits d’épargne ou de prévoyance. »

Une manière aussi de se renforcer avant l’entrée sur le marché de La Banque Postale, en partenariat avec Société Générale : son offre devrait être lancée dans le courant du premier trimestre. La Banque Postale vise à terme au moins 4 % de part de marché. De quoi pousser les acteurs en place au mouvement.

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