Banques, l’équilibre rompu (1)

le 17/03/2016 L'AGEFI Hebdo

Banques, l’équilibre rompu (1)

C’est un signal encourageant que vient d’adresser la Banque centrale européenne (BCE) à la zone euro. Ses décisions monétaires marquent d’abord qu’elle a mesuré le risque de guerre des changes pouvant très bien dégénérer en conflits commerciaux. Elles manifestent aussi de sa part une volonté de ne pas trop tirer sur la corde des taux négatifs, dont personne ne sait où ils peuvent conduire tant ils faussent les raisonnements économiques élémentaires, à commencer par ceux touchant à la rentabilité. En complétant son arsenal monétaire par des outils visant à stimuler le financement bancaire de l’économie, via le lancement d’une nouvelle campagne d’opérations de refinancement à long terme ciblé (TLTRO), la gardienne de l’euro confirme enfin qu’elle a pris en compte les inquiétudes des investisseurs quant à la situation particulière d’un secteur confronté aux conséquences d’une situation durable de taux sans précédent. Loin d’être fermée aux débats qui agitent la sphère financière, et qui ont valu aux banques un début d’année boursière catastrophique, la BCE demeure à l’écoute de la réflexion collective qui divise d’ailleurs autant l’opinion sur les marchés que parmi les banquiers centraux eux-mêmes. Cette absence de réflexe de la « tour d’ivoire » est en soi rassurante.

Reste qu’elle ne saurait pour autant considérer qu’elle a traité au fond les problèmes bancaires avec ces mesures, si habilement dosées soient-elles. Si le secteur a regagné un peu de hauteur sur les marchés, son état demeure préoccupant. Deux éléments au moins suffisent à le montrer. Le premier est que, bien qu’en meilleure forme sous le rapport de la production de crédits, il a encore besoin que la BCE se mue en « prêteur en premier ressort », au besoin à taux négatifs, pour remplir sa mission de financeur de l’économie. Après bientôt une décennie de crise financière, le maintien de cette perfusion en dit long sur l’état de santé réel du secteur. Le deuxième tient au maintien obstiné d’un coût du capital bancaire très élevé, souvent supérieur à la rentabilité des acteurs et sur lequel les conditions de financement exceptionnelles présentes ont peu ou pas d’influence. Il y a là un sujet que les banquiers centraux doivent traiter car il exprime la défiance dont les banques sont toujours l’objet chez les investisseurs.

Or celle-ci est de nature réglementaire. On oublie souvent que les banquiers centraux – c’est notamment le cas de la BCE – ont une autre mission que monétaire : ils sont aussi, notamment à Bâle, en charge de la régulation bancaire. Or force est de constater le paradoxe évident entre une politique monétaire de plus en plus laxiste d’un côté et la montée en charge, de l’autre, de règles prudentielles de plus en plus draconiennes. Le phénomène n’exprime-t-il pas clairement que l’équilibre entre ces deux composantes essentielles de l’économie bancaire est rompu ? Et dans ce cas, n’est-il pas urgent de l’admettre et d’en tirer les conséquences ?

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