Banques françaises

Les réseaux continuent à recruter mais l'emploi global décroît

le 02/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Nouvelles technologies, départs massifs à la retraite, les effectifs des établissements bancaires français diminuent.

Les réseaux continuent à recruter mais l'emploi global décroît
(Fotolia)

Embaucher ou pas, telle est la question à laquelle sont confrontées les grandes banques de réseaux françaises. A l’heure des vagues massives de départs à la retraite des baby-boomers, faut-il ou non remplacer les partants, à quelle vitesse et sur quels postes ? La réponse n’est pas simple. « L’enjeu tient à la question de l’impact des technologies sur la force de travail », affirme Pierre-Antoine Pontoizeau, directeur chez Eurogroup. Le débat n’est pas nouveau, comme le rapporte une étude de l’Oxford Martin School et Citi de février 2015, « Technology at work, the future of innovation and employment », qui cite une anecdote de Pline sous l’empire romain : l’empereur Tibère aurait condamné à mort un inventeur de verre incassable, craignant l’impact que cette avancée aurait sur l’emploi à Rome. Selon l’étude, la part du travail dans le PIB de 19 pays développés est passée de 61 % dans les années 70 à 54 % en 2014. L’automatisation des tâches, la dématérialisation, et encore davantage la révolution numérique sont un bouleversement considérable pour l’emploi. La banque n’y échappe pas, que soit dans les fonctions supports ou les réseaux.

Certes, au niveau qualitatif, de nouveaux métiers apparaissent, et recrutent : « Le ‘big data’, la sécurisation technologique, nécessitent l’embauche de personnel qualifié », note Pierre-Antoine Pontoizeau. Mais au niveau quantitatif en revanche, remplacer ou non les partants tient de la boule de cristal. Car la rapidité de l’adoption des technologies numériques dans les réseaux n’est pas claire. Tous les établissements financiers ont une banque en direct pour tester l’appétence de leur clientèle à passer au tout en ligne. Mais le transfert est plus lent que le monde bancaire l’imaginait. « Cela fait dix ans que l’on parle du point d’inflexion et on n’y est toujours pas », relève Pierre-Antoine Pontoizeau, qui remarque que « tous les réseaux ne sont pas à la même enseigne ». Les mutualistes, dont le maillage territorial est essentiel, redéploient certaines agences, mais ont tendance à largement remplacer les partants dans les réseaux. En revanche, BNP Paribas et Société Générale, dont la clientèle est plus urbaine, sont beaucoup plus prudents. « Il peut y avoir une bascule très rapide, comme dans l’e-commerce, ou une stagnation pendant dix ans », poursuit le consultant.

40.000 embauches d'ici trois ans ?

Les banques (de l’AFB*) pourront-elles respecter leurs engagements du Pacte de responsabilité d’embaucher 40.000 personnes en trois ans ? Il est trop tôt pour le dire. En 2015, les chiffres de recrutement sont plutôt à la hausse par rapport à 2014. BNP Paribas prévoit de recruter 1.500 personnes en CDI en France, 260 VIE (volontariat international en entreprise), plus de 1.100 stages de fin d’études en France et 1.850 nouveaux alternants tous niveaux confondus. Société Générale envisage de son côté environ 6.550 embauches (6.000 en 2014), dont 40 % en CDI, 2.000 alternants et 1.700 stagiaires. Les métiers qui recrutent ? Les commerciaux dans les réseaux (500 Bac+3 et 150 Bac+5) ; l’informatique, et notamment la sécurité et le développement (environ 900, dont 500 CDI) ; les métiers du risques et de conformité (une cinquantaine) ; et la BFI dans une moindre mesure, relate Odile Grassart, directrice du recrutement chez Société Générale. Pour élaborer la politique de recrutement, la banque s’appuie sur des outils de gestion prévisionnels, qui permettent de simuler les départs, les sorties momentanées (congés) et le volume d’activités. « Nous observons également les évolutions des métiers de la banque, pour anticiper les besoins en compétences », ajoute la responsable. Côté mutualiste, le Groupe BPCE envisage de recruter 7.000 personnes, dont 3.000 CDI et 4.000 CDD (9.400 en 2014). BPCE se fixe aussi un objectif de 3,5 % d’alternants à fin 2017 contre 3,2 % en 2013. Lui aussi travaille avec un Observatoire des métiers du Groupe afin d’identifier les métiers de demain, mais surtout ceux exposés aux évolutions technologiques, organisationnelles, économiques et réglementaires. Enfin, le groupe Crédit Agricole compte recruter 4.000 CDI, comme l’an dernier, et 3.500 alternants. Marché saturé, croissance molle et prudence des réseaux, le secteur va continuer à recruter. Mais ne crée désormais plus d’emplois en net.

*Association française des banques, qui représente les banques commerciales.

Un marché sous tension

En 2015, les recrutements repartent à la hausse, « mis à part les jeunes diplômés, créant quelques tensions sur certains profils », indique Baptiste Lambert, manager de Robert Half Financial Services. « Il existe des tensions sur les métiers de développeurs, d’experts en sécurité et les profils expérimentés en conformité, confirme Odile Grassart, directrice du recrutement chez Société Générale. Dans le réseau, les conseillers en gestion de patrimoine et clientèle professionnels avec de l’expérience sont très recherchés. »  Du fait du peu d’embauches entre 2011 et 2014, il y a une véritable pénurie sur les 3/5 ans d’expérience. « Et ce dans tous les métiers », note Baptiste Lambert.

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