Les institutionnels pavent la COP21 de bonnes intentions

le 03/09/2015 L'AGEFI Hebdo

Les engagements sont pris. Les actions collectives et concrètes se font attendre.

Les institutionnels pavent la COP21 de bonnes intentions

La ministre Ségolène Royal s’est déclarée « optimiste » pour la Convention-cadre sur les changements climatiques de Paris (COP21, 30 novembre-11 décembre). « La question du financement sera déterminante » pour maintenir le réchauffement de la planète en deçà de 2°C en 2100, a toutefois pointé le chef de la diplomatie Laurent Fabius. En mai, au Climate Finance Day organisé par la Caisse des dépôts (CDC) et la Banque européenne d’investissement, Gérard Mestrallet a annoncé la signature par Paris Europlace, qu’il préside, et les grandes organisations financières françaises (AFA, AFG, Afic, FBF, Orse, Sfaf)*, d’un « nouvel engagement collectif en vue d’accroître leur contribution à l’initiative internationale de lutte contre le changement climatique ». Or les grandes banques françaises seraient collectivement numéro 4 mondial du financement de l’industrie du charbon, avec plus de 30 milliards d’euros (sur 373 milliards) engagés entre 2005 et 2013, soit +218 % sur la période, selon BankTrack. Les Amis de la Terre ont interpellé BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE.

BNP Paribas et Société Générale se sont engagés à ne pas financer les projets du bassin de Galilée (Australie), deuxième zone de développement potentiel du charbon au monde. Natixis (groupe BPCE) a annoncé, après ses concurrents, ne plus financer l’exploitation du charbon au sommet des montagnes, surtout utilisée aux Etats-Unis. Crédit Agricole est allé jusqu’à décider de ne plus soutenir les mines de charbon. « Crédit Agricole va plus loin que Bank of America qui a récemment annoncé qu’elle réduisait et non coupait ses financements aux mines de charbon. Et surtout, sa décision couvre l’ensemble de ses soutiens financiers, que ce soit des financements de projets, d’entreprises ou des émissions d’actions et d’obligations », a constaté Paul Corbit Brown, de l’organisation Keepers of the Mountains (Etats-Unis).

Décarbonisation

Du côté des investisseurs, Axa va céder ses participations dans « les entreprises les plus impliquées dans les activités liées au charbon » (500 millions d’euros). Les institutionnels français privilégient plutôt les investissements « bas carbone », sans exclusion. Le nombre de signataires des coalitions d’investisseurs soutenues par le fonds de pension suédois AP4, avec les français Erafp (Etablissement du régime additionnel de la fonction publique) et FRR (fonds de réserve pour les retraites), s’accroît – qu’il s’agisse de la Montreal Pledge pour la CDC, BPIFrance, l’Ircantec, CNP Assurances, mais aussi Sycomore Asset Management, Mirova (BPCE), BNP Paribas Investment Partners et Axa, ou de la Coalition pour la décarbonisation des portefeuilles portée par les gérants d’actifs français Amundi et Mirova. L’objectif est globalement de publier d’ici à décembre l’empreinte carbone des portefeuilles et de la réduire chaque année selon les objectifs des Nations unies. Pour rendre plus clairs ces différents engagements, une plate-forme a été lancée lors du Climate Finance Day. Elle recense déjà l’action climatique de plus de 400 investisseurs, dans 30 pays, pour 25 milliards de dollars. Une autre plate-forme y a aussi été prévue pour inciter les assureurs à publier leurs engagements.

Pierre-René Lemas, directeur général de la CDC, s’est fixé un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020 dans ses portefeuilles : de 35 % à 38 % en immobilier et de 14 % à 15 % pour les infrastructures. De plus, il « souhaite engager un dialogue actionnarial soutenu sur les questions climatiques » avec toutes les sociétés dont la CDC détient une part de capital pour qu’elles agissent en faveur du climat. Sinon « nous procéderons à des réallocations au sein de notre portefeuille », a-t-il prévenu. Les entreprises pourraient ainsi se mobiliser – si la CDC est suivie par d’autres investisseurs.

Tandis que le monde devrait « verdir » quelque 79.000 milliards d’euros investis dans les infrastructures au cours des quinze ans à venir, orienter les financements en faveur d’une transition écologique et énergétique (TEE) est le levier positif de la finance. Le groupe CDC y consacre 15 milliards d’euros pour 2014-2017 en France, dont 5 milliards en prêts aux collectivités locales. CNP Assurances, après 560 millions pour la TEE en 2014, dont 251 millions d’obligations liées à des projets « verts » (green bonds), devrait doubler ses investissements à fin 2017. Axa s’est engagé à les tripler « avec comme objectif de dépasser les 3 milliards d’euros d’ici 2020 pour notre actif général ». « La profession doit parler d’une voix", a déclaré Bernard Spitz, président de l’AFA qui doit publier ce mois-ci un livre blanc en perspective de COP21. S’il souligne la contribution des assureurs dans l’allocation d’actifs, les initiatives restent ponctuelles.

De même, la Place de Paris veut « développer les financements et offres à valeur ajoutée environnementale et sociale », mais en est toujours à dénombrer les actions pionnières. Bien sûr, chaque groupe valorise ses choix. Crédit Agricole pousse l’un de ses domaines d’excellence : Economie de l’Energie et de l’Environnement concerne notamment Crédit Agricole CIB (financement et investissement), Amundi (gestion d’actifs) et CAL&F (crédit-bail et affacturage). « Avec 14 % de part de marché, CA CIB est en effet l’acteur n°1 mondial des ‘green bonds’, insiste le groupe. Amundi occupe une place de premier rang en matière d’investissement responsable avec plus de 71 milliards d’euros d’encours. » Société Générale met en avant l’expertise, la volonté et l’expérience du groupe en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) et plus de 1,4 milliard d’euros de projets verts. Il se distingue surtout avec son « Financement à Impact Positif » destiné à favoriser des solutions innovantes pour des émetteurs et investisseurs, publics et privés (958 millions d’euros de financements en 2014). Et anime depuis novembre, sous l’égide de l’Orse et des Nations unies, un groupe de travail international pour généraliser sa méthodologie. Pour sa part, BPCE estime être à l’origine d’un tiers des financements dans les énergies renouvelables en France : « 4,4 milliards d’euros d’encours de crédits dédiés à la croissance verte sont mobilisés au sein de BPCE répartis entre les réseaux à hauteur de 2,2 milliards d’euros (hors transport), dont 260 millions au sein de BPCE IOM, a précisé à L’Agefi Hebdo (du 30 avril) Arnaud Berger, directeur du développement durable du groupe. Un milliard via Natixis Energeco et 1,4 milliard avec Natixis. S’ajoutent des investissements (Eurofideme) et 4 milliards d’euros d’obligations vertes. »

Outils en place

La Place de Paris est en effet un des leaders mondiaux des obligations durables et vertes. Et des outils susceptibles d’aider une économie bas carbone existent. Ainsi, le FRR a participé à la création des indices MSCI Low Carbon Leaders avec AP4, Amundi et le fournisseur d’indices MSCI. Novethic les a recensés dans son rapport sur « Les investisseurs mobilisés sur le changement climatique » en février. Depuis, d’autres initiatives ont été prises. Trois banques – CA CIB, HSBC et Rabobank – ont annoncé une proposition d’annexe aux Green Bonds Principles de 2014 afin de définir des lignes directrices pour la création et l’émission d’obligations sociales et durables qui encouragent la transparence et l’intégrité au gré du développement de ces nouveaux marchés.

« La finance au secours du climat ? » : l’Association d’économie financière invite à s’interroger en octobre. La question resterait-elle en suspens ? A défaut d’actions, les entreprises peuvent toujours sponsoriser COP21 dont le budget serait difficile à boucler : soit « participer financièrement à la réussite de l’événement » (avec une défiscalisation pour 60 % de la contribution), soit offrir des « prestations en nature ». La CDC, BNP Paribas, Axa, Generali ou Sycomore AM participeront de la sorte à la cérémonie d’ouverture de COP21, utilisent son logo et sont référencés sur son site.

*Les Associations françaises de l’assurance, de la gestion financière, des investisseurs pour la croissance ; la Fédération bancaire française, l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises et la Société française des analystes financiers.

La Poste
La Poste, partenaire de la conférence, émettra le timbre officiel de COP21. Celui-ci devrait être divulgué courant septembre. Il fait partie de cinq propositions (ci-contre) soumises entre le 22 et le 26 mai 2015 au vote d’une part des internautes sur la page Facebook de COP21, d’autre part d’un jury composé de Stéphane Rozès, président de Cap, enseignant à Sciences Po ; Pierre-Louis Basse, conseiller du président de la République en charge des grands événements ; Ernest Pignon Ernest, artiste peintre ; Bernard Chambaz, écrivain ; Isabelle Autissier, navigatrice, présidente du WWF ; Alix Poupart, factrice ; Azad Derriere, élève du Lycée du Bourget. Chaque note comptera pour 50 % dans le choix final.
 
79.000 milliards d’euros devraient être investis dans les infrastructures au cours des quinze ans à venir
Les objectifs français en accord avec l’Union européenne

La loi sur la transition énergétique pour la croissance verte publiée le 18 août prévoit notamment de « diminuer de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, de porter à 32 % la part des énergies renouvelables en 2030 et de diviser par deux la consommation d’énergie d’ici à 2050 ». Crédit d’impôt transition énergétique, éco-prêt à taux zéro et prime de conversion pour favoriser la mobilité électrique sont lancés. Par ailleurs, « le fonds de financement de la transition énergétique est désormais opérationnel, explique le compte-rendu du Conseil des ministres (26 août). La mobilisation du programme des investissements d’avenir (PIA) et des prêts verts de Bpifrance facilitera l’investissement dans les entreprises de la croissance verte ». D’autres initiatives seront prises pour les particuliers et PME. Enfin, de nouveaux appels d’offres, simplifiés, pour la production d’énergie renouvelable sont prévus.

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