Entretien avec... Philippe Tescher, associé chez Exton Consulting

« Initier pas à pas une révolution culturelle »

le 11/12/2014 L'AGEFI Hebdo

« Initier pas à pas une révolution culturelle »
Philippe Tescher, associé chez Exton Consulting
(DR)

Que signifie cette prise de position des services financiers en faveur des start-up ?

Cela peut être vu comme un levier de communication, mais cela s’inscrit aussi dans une approche très structurée ayant pour objectif de se doter de capacités d’innovation. La somme des moyens mis en œuvre par certains acteurs, qui vont du « hackathon » à la création d’un incubateur, en passant par celle d’un « lab », voire au lancement de certaines offres en mode start-up, prouve qu’il s’agit bien d’une volonté de transformation. Les banques et les assureurs qui mènent ces démarches vis-à-vis des start-up recherchent un poste de veille dynamique sur ce monde en mouvement, ce qui leur permet d’apprendre énormément sur les évolutions en cours, les technologies, mais aussi de se doter de sources nouvelles très prolifiques d’innovations.

Est-ce que ces dispositifs permettent de transmettre l’innovation au sein même de l’entreprise ?

Il y a un risque que ces nouvelles capacités qui impliquent des acteurs externes, souvent qualifiées d’open innovation, restent à la périphérie de l’entreprise. Mais des dispositifs internes sont aussi mis en place avec au moins deux objectifs : l’exploitation du potentiel de leurs collaborateurs via des hackathons internes ou autres trophées de l’innovation, et l’accompagnement des collaborateurs dans la transformation digitale de leur métier au travers de COOC* ou du reverse mentoring où les plus jeunes aident les plus anciens à appréhender le digital. Certaines entreprises se dotent d’un directeur de l‘innovation qui doit structurer, mettre en œuvre et piloter toutes ces initiatives internes et externes. Le travers à éviter est une trop grande structuration « à l’ancienne » avec une trop forte centralisation des décisions, ce qui pourrait être contre-productif.

Comment faut-il s’y prendre dans des organisations aussi complexes que celles de services financiers ?

On peut appliquer quelques bonnes pratiques issues d’autres secteurs : ne pas trop centraliser et laisser du pouvoir aux entités locales pour le choix des domaines d’innovation, la R&D… ; détacher temporairement des collaborateurs pour travailler dans de nouvelles configurations (lab…) pour expérimenter puis diffuser les nouvelles méthodes de travail à leur retour ; recruter et valoriser les profils entrepreneurs ; accepter le droit à l’erreur et la possibilité d’avancer hors procédures. Cela revient à initier pas à pas une révolution culturelle.

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