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Les banques allemandes se veulent sereines

le 17/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Outre-Rhin, la plupart des établissements de crédit indiquent avoir pris les devants et se montrent rassurants.

Les banques allemandes se veulent sereines
Le siège de la Deutsche Bank à Francfort, en Allemagne
(Bloomberg)

Interrogées sur la revue de la qualité des actifs (asset quality review, AQR), les banques allemandes affichent leur sérénité. « Les tests de résistance constituent certes un défi, mais nous y sommes bien préparés », a affirmé récemment Michael Kemmer, le directeur général de la fédération des banques privées (BdB). Ce dernier se plaît à souligner que les 24 établissements allemands concernés par la revue ont devancé l’appel de la Banque centrale européenne (BCE) depuis longtemps, soit en augmentant leurs provisions, soit en améliorant leurs fonds propres. Depuis 2007, a-t-il rappelé, les banques allemandes ont augmenté leur capital de quelque 100 milliards d’euros, un tiers de plus qu’auparavant.

Toutefois, Michael Kemmer n’exclut pas que, « pour des raisons politiques », certaines banques allemandes se révèlent sous-capitalisées aux yeux de la BCE. Une façon de pointer du doigt, sans les nommer, les banques publiques régionales (Landesbanken), dont certaines souffrent toujours de la crise financière, accumulant des milliards de crédits à risque non provisionnés (L'Agefi Hebdo n° 413).

Tel est notamment le cas de HSH Nordbank. Cet établissement, majoritairement contrôlé par la ville de Hambourg et la région du Schleswig-Holstein, a demandé à ses deux actionnaires d’étendre leurs garanties pour son portefeuille de crédits de 7 milliards d’euros à 10 milliards. La banque est particulièrement frappée par la crise du shipping, le marché de prêt au transport maritime. Le président de la banque, Constantin von Oesterreich, réfute l’idée que son établissement pourrait être le seul en Allemagne à échouer lors des tests de résistance. « Notre niveau de fonds propres résistera à chaque scénario de crise », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« il n’y [avait] pas de raison qu'HSH Nordbank [échoue] à l’épreuve de l’AQR ». Si cela devait être le cas, ce sera aux actionnaires de « venir nous secourir ».

Deutsche Bank augmente ses provisions

De leur côté, les banques privées ont saisi l’occasion de la publication des résultats du quatrième trimestre 2013 pour devancer l’examen du régulateur. Le numéro un du secteur, Deutsche Bank, explique en grande partie la perte de près d’un milliard d’euros enregistrée au cours des trois derniers mois de l’an dernier par les provisions passées sur les crédits à risque. Ces dernières s’élèvent à 689 millions d’euros, soit 60 % de plus qu’à la même période de l’année précédente. Pourtant, le groupe ne fait pas de lien explicite entre ces provisions complémentaires et l’AQR. Le directeur financier de la banque, Stefan Krause, parle d’un examen de routine concernant des dossiers en Espagne et en Allemagne. Un point de vue que ne partagent pas les analystes. « Je suis certain que la hausse des provisions s’explique par l’AQR », estime Dirk Becker chez Kepler Cheuvreux. Car autrement, il serait difficile d’expliquer pourquoi les provisions ont augmenté de 60 % en un an alors que l’économie allemande se porte bien. « L’exemple de Deutsche Bank démontre qu’aucun établissement ne veut courir de risques lors des tests de la BCE », poursuit l’analyste. Quant au niveau de ses fonds propres, Deutsche Bank n’a guère de soucis à se faire : grâce aux augmentations de capital réalisées l’an dernier, son taux tier one (capitaux durs sans hybrides) s’élève à 12,8 % au 31 janvier 2013.

Commerzbank, la deuxième banque allemande, a choisi la voie de la réduction de son portefeuille à risque. Pour y parvenir, la banque s’est séparée en février d’un « paquet » de 710 millions d’euros de crédits immobiliers en Espagne, réduisant le montant de ses crédits à risque dans ce pays à un milliard d’euros, soit moitié moins qu’il y a un an. Cette cession suit la vente de la totalité de son portefeuille de crédits immobiliers en Grande-Bretagne d’un montant de 5 milliards d’euros à la banque américaine Wells Fargo. Parallèlement, Commerzbank a réduit son total de bilan de 844 milliards en 2010 à 550 milliards en 2013. Grâce à plusieurs augmentations de capital dans le courant de l’an dernier, son taux de tier one s’établit désormais à 9 %. « L’AQR ne nous fait pas peur », a déclaré son président, Martin Blessing.

Reste que les banques allemandes se plaignent du coût de l’opération. Le président de la Münchener Hypothekenbank, une banque hypothécaire munichoise, a évalué les frais de l’AQR pour son établissement à 3 ou 4 millions d’euros, étant donné que la vingtaine d’experts venus analyser son bilan lui coûtera quelque 2.000 euros par personne et par jour. 

Certaines Landesbanken souffrent toujours de la crise financière

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