Zurich peaufine sereinement sa partition d’assureur mondial

le 02/07/2015 L'AGEFI Hebdo

Recentré sur son cœur de métier, le groupe helvétique est en bonne voie pour respecter les ambitions du plan 2014-2016.

Zurich peaufine sereinement sa partition d’assureur mondial
Anne Charon, PDG de Zurich France et Mike Kerner, directeur général de la division General Insurance de Zurich Insurance Group.
(DR)

Il est un mot du dictionnaire de l’assurance dont Mike Kerner connaît toutes les acceptions : discipline. Le directeur général de la division General Insurance (dommages) de Zurich Insurance Group applique ce terme au modèle de développement du groupe suisse. Son changement de nom, en 2012 (précédemment Zurich Financial Services), a constitué «  la dernière pièce du puzzle » d’un important recentrage entamé une décennie auparavant. « Historiquement, nous avions diversifié nos activités dans la gestion d’actifs, la banque ou la réassurance. Notre stratégie repose désormais uniquement sur l’assurance », relève Mike Kerner, qui ajoute que la crise n’a donc « nullement imposé un changement de modèle, nous avions pris les devants, ne concédant ces dernières années aucun résultat net trimestriel négatif ».

L’amélioration de l’efficacité opérationnelle, passant par une forte pression sur les coûts, constitue justement un pilier du plan stratégique 2014-2016. Mike Kerner estime évoluer « pour l’instant sur le bon chemin », lorsque les primes brutes en non-vie, dans plus de 170 pays, ont progressé de 5 % en devises locales au premier trimestre 2015 (-5 % en dollars). Zurich n’hésite pas à sortir de certains marchés, comme ce fut le cas l’an dernier pour la clientèle de détail en Russie, ou précédemment à Taiwan ou à Hong Kong. « Notre organisation mondiale, particulièrement sur le segment des entreprises, constitue notre principal atout concurrentiel », assure Mike Kerner, pour qui Zurich excelle dans le développement de solutions locales reprises à l’échelon planétaire. A l’image de l’offre dédiée au cyber-risque. Le dirigeant de Zurich, un Américain, insiste en outre sur l’enjeu que constitue la gestion optimale des quantités énormes de données aujourd’hui disponibles, avant tout pour une tarification plus juste et une sélection des risques plus pertinente. L’analyse des données certes « ne supprime pas le risque, elle nous aide à mieux le comprendre ».

Quant au capital excédentaire de 3 milliards de dollars que Zurich a promis de «  déployer » d’ici fin 2016, il sera distribué aux actionnaires pour la part que l’assureur n’aura pu engager en croissance externe. Sur ce dernier point, Mike Kerner rappelle que le groupe s’est offert l’accès à des réseaux de distribution bancaires : il a fondé en 2011 une coentreprise avec Santander en Amérique latine. Un même schéma existe en Allemagne avec Deutsche Bank, en Espagne avec Banco Sabadell ou au Moyen-Orient avec Citibank. Le dirigeant new-yorkais confie le « grand appétit » de Zurich pour les acquisitions, appétit qui ne pourra être satisfait que dans le cadre d’opérations qui respecteront la discipline financière du groupe. « Aujourd’hui, beaucoup des actifs disponibles sont trop chers », tempère Mike Kerner.

La France, marché stratégique

La géographie du groupe peut donc encore évoluer. En 2014, l’Europe et l’Amérique du Nord ont représenté 48 % et 33 % des primes brutes de Zurich (hors la division Farmers pour laquelle le groupe perçoit des commissions pour une activité de détail en Amérique du Nord), ne laissant au reste du monde qu’une maigre part de 19 %.

La France en tout cas fait partie, selon Mike Kerner, de ces marchés stratégiques où « nous investissons pour la croissance ». Zurich France rassemble aujourd’hui 230 personnes à l’écoute de 700 clients environ, pour un niveau d’activité non publié. « Notre ambition est de grandir de manière rentable », précise Anne Charon, PDG de Zurich France. Exclusivement, par l’intermédiaire d’une soixantaine de courtiers (sur les plus de 10.000 actifs dans le pays selon la dirigeante), au service des entreprises. Qu’il s’agisse de grands groupes (dont 35 sociétés du CAC 40) ou de PME-ETI (de 35 à 350 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel). Et pour se rapprocher des courtiers servant ce marché intermédiaire, Zurich a ouvert en 2013 et 2015 des bureaux commerciaux à Lyon et Bordeaux.

Alors que ce marché local des PME-ETI « est en croissance mais très concurrentiel pour les assureurs », selon Anne Charon, Zurich bénéficie sur celui des grandes entreprises d’une « capacité de conseil étendue que bien peu d’acteurs sont capables d’offrir ». Pour Mike Kerner, il s’agit en effet en France comme ailleurs « d’aider les entreprises à réduire leur coût du risque dans le cadre d’une relation de long terme ». Le marché tricolore est ainsi prometteur, selon le dirigeant, qui veut croire que son groupe peut accompagner dignement le nombre croissant de sociétés locales souhaitant grandir à l’international. Avec un souci partagé de la discipline, naturellement.

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