Stress tests, un exercice technique compliqué

le 03/07/2014 L'AGEFI Hebdo

Les stress tests de l’EBA sont contraignants et consommateurs de ressources pour les banques. Mais ils sont le prix à payer pour rétablir la confiance.

Stress tests, un exercice technique compliqué
Le siège de l’EBA, l’Autorité bancaire européenne, à Londres.
(rea)

Dans un calendrier serré, les équipes des banques, incluant des consultants appelés en renfort, sont sous haute pression. L’AQR (asset quality review) n’est pas encore terminée que les travaux sur les stress tests, qui visent à cerner les conséquences d’une crise sur toutes leurs activités, ont dû commencer très vite. Les scénarios de l’EBA (Autorité bancaire européenne) ont été dévoilés le 29 avril et les templates (formulaires de réponse) devront être complétés en juillet. Les résultats seront publiés en octobre, juste avant que la Banque centrale européenne (BCE) prenne ses nouvelles fonctions de superviseur européen. La discrétion des établissements au sujet des stress tests est d’ailleurs un indicateur de la complexité de la tâche. « Les banques font très attention à leur communication car des difficultés à faire remonter des données pourraient être interprétées comme une mauvaise maîtrise des risques », décrypte Lionel Castelin, directeur associé chez Audisoft Oxéa. Une prudence normale dans la mesure où un tiers des banques françaises sont dans l’incertitude quant à leur éventuel besoin supplémentaire de fonds propres à l’issue de l’exercice (voir graphique).

La difficulté est d’abord méthodologique. La particularité de ce stress test est qu’il s’applique à la totalité du bilan des onze banques françaises concernées. « On demande beaucoup de réflexion aux banques, estime Marie-Hélène Sartorius, associée chez PwC. A partir d’un  scénario macro-économique, elles doivent déduire les impacts pour leur compte de résultat et pour leur bilan. Les résultats varient d’une banque à l’autre selon les métiers exercés, la structure de la clientèle et la présence géographique. Il faut de plus ré-estimer les pertes potentielles et les probabilités de défaut sur l’ensemble des portefeuilles afin de ré-évaluer les RWA (‘risk weighted assets’) et les besoins en fonds propres. » Tout doit donc être modélisé, calculé parfois manuellement, justifié et documenté. Les simulations doivent être réalisées activité par activité, avec des conséquences contraires selon l’activité concernée, pour apprécier les pertes potentielles puis leur impact sur les fonds propres. En outre, « les formats de remontée doivent être uniformes pour permettre les comparaisons, ce qui nécessite de reparamétrer les systèmes d’information », soulève Grégory Marchat, associé chez Mazars. Car l’un des objectifs du superviseur européen est d’homogénéiser les pratiques, notamment les méthodes de calcul de fonds propres. 

Lourds traitements informatiques

Dans la pratique, le travail est énorme. « La BCE demande pas moins de 250 données sur un historique de cinq à sept ans, avec une réactivité très importante sur des questions très précises, ce qui se révèle difficile car la granularité de l’information ainsi que les volumes à traiter exigent une nomenclature nouvelle et imposent aux banques de lourds traitements informatiques », analyse Lionel Castelin. Les difficultés à faire remonter les données dans les systèmes d’information sont apparues très vite lors des travaux liés à l’AQR. Les équipes en charge des préparatifs travaillent au niveau central sur des données agrégées alors que les données détaillées sont stockées dans des systèmes d’information périphériques. Et faire parler les systèmes entre eux est loin d’être évident. Rapidement, il a fallu trouver des solutions. « SAS [l’éditeur de solutions analytiques, NDLR] a été sollicité pour mettre en place des plates-formes pour collecter et assembler les données, indique Renaud Chaléon, directeur de la stratégie banque chez SAS. Certains clients ont mis en place des plates-formes de leur côté ou réutilisé des plates-formes existantes pour travailler sur l’AQR et sur les stress tests. »

La demande a conduit SAS à engager une réflexion avec des partenaires pour mettre en oeuvre des solutions industrielles. « Il y a un besoin d’industrialisation plus poussée et d’une plus grande flexibilité pour pouvoir varier les hypothèses et ainsi utiliser les stress tests régulièrement dans le pilotage des risques, confirme Dominique Glorot, expert finance et risques chez Accenture. L’autre enjeu est la qualité des données dont dépend la fiabilité des calculs et qui constitue un vrai défi pour les banques. En la matière, beaucoup a été fait depuis Bâle 2, mais il est nécessaire de pérenniser les actions par la mise en place d’une gouvernance adéquate et de processus vertueux d’appropriation des données », ajoute-t-elle. Toute l’organisation n’est pas encore assez sensibilisée à la nécessité de collecter et de mettre à jour les données qui, au-delà de la relation commerciale, sont également utilisées pour les stress tests et dans les calculs prudentiels. L’AQR et les stress tests auront des conséquences sur l’organisation des banques et sur leur équipement technologique.

Néanmoins, la question des moyens déployés par les banques pour l’AQR et les stress tests se pose, en regard de leur utilité. Pour Jérôme Legras, associé et directeur de la recherche chez Axiom, « il a fallu monter une machinerie compliquée aux résultats incertains et dont le coût sera peut-être même supérieur au niveau des capitaux à lever suite à l’AQR, mais c’est le prix à payer pour  rétablir la confiance ».

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