Fintech

Fintech, une source de transformation et d’inspiration

le 28/01/2016 L'AGEFI Hebdo

En les accompagnant, banques et assurances captent les bonnes idées et stimulent leur propre « digitalisation ».

Fintech, une source de transformation et d’inspiration

Le Village by CA, les WAI de BNP Paribas, le Partech Shaker, l’incubateur Kamet d’Axa, l’accélérateur d’Allianz et même le Hub de Bpifrance... les dispositifs d’accompagnement de start-up, spécialisées dans la fintech ou non, se multiplient chez les acteurs de la finance. Pour ceux qui, comme la Société Générale, préfèrent se déplacer auprès des jeunes pousses innovantes, il existe d’autres lieux, tels que le Player ou la Paillasse à Paris, qui les accueillent pour établir des partenariats avec des start-up et leur permettre de s’inspirer du dynamisme et de l’ouverture d’esprit ambiants pour travailler sur leurs propres projets. C’est aussi dans ce but que plusieurs grands acteurs financiers (le Crédit Agricole, BNP Paribas, la Société Générale, Axa...) ont organisé des « hackathons » thématiques qui leur offrent un point de vue sur des idées et des équipes innovantes. Une fois les plus intéressantes repérées, certains se hâtent de leur proposer un accompagnement sur mesure : période d’incubation dans les équipes de la banque ou de l’assureur, recherche de clients internes ou externes, relais à l’international... Plusieurs banques ont franchi le pas de l’acquisition d’une fintech.

Mais à quoi ce déferlement de moyens sert-il ? Pour BPCE qui vient d’acquérir LePotCommun.fr, une cagnotte en ligne, il s’agit d’« accéder à une offre que nous n’avions pas et de s’inspirer de leur vision, détaille Philippe Poirot, directeur développement digital, transformation et qualité. Nous souhaitons également développer notre écosystème et repérer les acteurs qui peuvent nous apporter de la valeur. C’est pourquoi nous avons créé des ateliers start-up pour travailler ensemble sur certaines thématiques et une plate-forme de référencement des start-up, qui compte déjà une centaine d’acteurs ». Car travailler avec de jeunes pousses n’est pas simple pour une banque ou un assureur, il faut comprendre le modèle, réagir vite, trouver des sujets communs. « Avec le Village, nous avons appris à apprivoiser les start-up et à travailler avec elles, raconte Serge Magdeleine, directeur marketing groupe et digital de Crédit Agricole SA. Par exemple, une start-up du ‘big data’ travaille désormais avec quatre caisses régionales pour l’agriculture. Nous avons aussi investi dans Linxo dans une logique de partenariat industriel pour coopérer et co-innover au service de nos clients. »

Autre exemple, SwissLife a choisi de créer CrossQuantum, une coentreprise avec Budget Insight, agrégateur de comptes bancaires. Le but est d’« élargir ce service à l’assurance et de proposer ainsi à tous ceux qui téléchargent l'application une vision globale de leur patrimoine », explique Tanguy Polet, directeur de la division client et transformation digitale de l’assureur, qui compte ainsi améliorer la qualité de son conseil. La collaboration entre SmartAngels, plate-forme de crowdequity, et Elaia Partners, l’un de ses actionnaires, entre également dans une démarche d’exploration. Pour Xavier Lazarus, partner d’Elaia, « le numérique va changer la façon de rechercher des investisseurs et ouvrir l’investissement à de nouveaux segments plus grand public. Collaborer avec SmartAngels nous aide à comprendre comment attirer ces capitaux d’un nouveau type et quelle transparence est nécessaire pour cela .» Hugues Sévérac, directeur innovation d’Aviva France, abonde dans ce sens : « On gagne du temps à travailler avec une start-up qui a bien étudié son marché et qui en a une vision pertinente. Collaborer avec une start-up alignée avec nos objectifs stratégiques peut nous faire gagner en ‘time to market’. Cela nous permet aussi de varier les points de vue et de savoir ce que font nos concurrents. » De toute évidence, banquiers et assureurs ont compris l’intérêt qu’ils avaient à collaborer avec les fintech, en particulier sur des sujets qui leur importent directement dans le développement de leur propre activité.

Donnant-donnant

Toutefois, pour les fintech, cette collaboration peut aussi être un piège. « L’innovation émerge en dehors des acteurs traditionnels mais ce sont eux qui font marcher l’économie et disposent des infrastructures, de la force commerciale et de l’accès aux clients. C’est pourquoi les 'fintech' peuvent avoir intérêt à travailler avec eux, admet Cédric Teissier, fondateur de Finexkap, service de financement à court terme pour TPE. Certaines se laissent absorber, et pourquoi pas, si cela permet de lancer un nouveau service ? Finexkap a ainsi été approché par un 'factor' pour collaborer avec sa R&D (recherche & développement, NDLR). Après des semaines d’interrogations, le projet a été annulé, ce qui ne nous a pas empêchés de lancer notre activité. Nous, start-up, pouvons aussi trouver notre propre marché et grandir par nous-mêmes. » Chaque modèle de fintech doit trouver le meilleur interlocuteur parmi tous les grands acteurs, celui qui l’accompagnera et lui permettra de se développer, et éviter ceux qui ne jouent pas le jeu.

Au Crédit Mutuel Arkéa, le tournant des fintech a été pris il y a déjà longtemps, avant même la directive sur les Services de paiement de 2007 qui a ouvert un nouveau marché aux start-up. « Nous avons décidé de tisser des liens avec ces nouveaux acteurs, de les soutenir, de les conseiller et de leur ouvrir notre carnet d’adresses, rappelle Ronan Le Moal, directeur général d’Arkéa, parce que nous pouvons être de vrais partenaires et les aider à grandir, mais aussi parce qu’elles nous font bénéficier d’un regard nouveau sur nos métiers. C’est une chance pour nous de nous confronter à ces acteurs capables de repenser fondamentalement la relation client, un sujet crucial pour les banques. » Arkéa est notamment prestataire technique du Compte Nickel, qui a complètement réinventé la manière d’ouvrir un compte bancaire, et de Leetchi (dont il est aussi actionnaire) qui l’a conduit à revoir ses méthodes de travail avec une chaîne de commandement plus courte et des équipes commando pour accélérer la livraison des services. La banque compte renforcer la collaboration avec les fintech, c’est d’ailleurs l’une des mesures de son plan stratégique 2020 qui sera présenté en février.

S’inspirer des méthodes de travail des fintech, c’est l’autre point important. Engoncés dans leurs processus et dans leurs habitudes, banquiers et assureurs ont besoin d’un souffle nouveau pour changer. C’est l’un des rôles qu’ils assignent aux fintech. Mais diffuser en interne l’esprit start-up, le dynamisme et les nouvelles méthodes de travail nécessite un accompagnement. La difficulté est d’aller au-delà des apparences et d’intégrer une démarche plus stratégique de transformation qui repose sur la mise à disposition d’outils, de temps pour se familiariser avec les start-up et changer les façons de travailler. Les méthodes agiles – avancer rapidement pour livrer des développements régulièrement et réajuster en fonction des demandes des utilisateurs – ont essaimé dans les équipes informatiques. Mais il faut dépasser l’informatique et diffuser plus largement.

Implication et ouverture d'esprit

Pour cela, le Crédit Agricole, la Société Générale, BNP Paribas, Aviva et bien d’autres lancent des projets impliquant les collaborateurs et des start-up. «  Après cela, ils deviennent radioactifs aux méthodes agiles et font de bons ambassadeurs du changement lorsqu’ils retournent dans les filiales ou dans les caisses régionales », constate Serge Magdeleine. « Pour donner envie, il faut y croire ! », renchérit Hugues Sévérac. D’où l’importance d’une forte implication de la direction générale et d’une équipe dédiée à la transformation qui puisse montrer concrètement aux collaborateurs que l’entreprise veut bouger. Chez BPCE, « l’intrapreneuriat » est mis en œuvre pour offrir aux collaborateurs des moyens de réaliser des projets. Le foisonnement d’initiatives est réel, mais Virginie Fauvel, membre du comité exécutif d’Allianz France, en charge du digital et du market management, avertit : « Attention à ne pas lancer trop de projets à la fois, mieux vaut sélectionner quelques axes et aller au bout des projets. En outre, réussir la transformation 'digitale' n’est possible qu’avec ouverture d’esprit et bienveillance. La transformation doit être inclusive car nous sommes au début d’un mouvement profond qui durera très longtemps. » Le phénomène fintech est bien plus qu’une mode, les acteurs en place devront s’y faire.

Comprendre le modèle d'une jeune pousse, réagir vite, trouver des sujets communs

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