Royaume-Uni, les nouveaux entrants se préparent à leur cotation

le 12/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Ces challengers pourraient à terme égratigner la prépondérance des acteurs de la banque traditionnelle.

Royaume-Uni, les nouveaux entrants se préparent à leur cotation
(Bloomberg)

Les nouveaux entrants de la finance britannique affûtent leurs armes. Fin mai, la banque partiellement nationalisée Lloyds Banking Group a annoncé son intention de placer en Bourse quelque 25 % de sa filiale TSB, en échange de l’aide d’Etat reçue lors de la crise financière en 2008. La capitalisation boursière de ce nouveau challenger pourrait s’élever à 1, 6 milliard de livres (2 milliards d’euros). Le prix définitif sera connu le 20 juin. Cette introduction en Bourse a été précédée le 5 juin par celle du prêteur OneSavings Bank, dans le giron de l’investisseur américain Christopher Flowers, spécialisé dans les prêts immobiliers et autres crédits aux particuliers et aux PME.

Issu de la fusion de trois banques régionales, le prêteur spécialisé Shawbrook envisage aussi de se frotter aux marchés financiers cette année, tandis que Virgin Money et Aldermore devraient lui emboîter le pas dès l’an prochain. William & Glyn, les opérations que RBS doit céder au titre de l’aide d’Etat reçu en 2008, ainsi que Metro Bank pourraient emprunter ce même chemin en 2016. Au total, l’ensemble de ces acteurs pourraient lever quelque 10 milliards de livres sur les marchés d’ici à deux ans.

Coup de pouce

Tant attendue, l’ouverture du secteur de la banque de détail britannique, actuellement dominée par cinq acteurs, pourrait enfin se produire. Dans une note, la banque d’investissement Jefferies estime que la part de marché de ces challengers (à l’exclusion de Tesco, Sainsbury’s et TSB, faute de données disponibles) a déjà progressé à hauteur de 62 % dans les prêts et d’un tiers dans les dépôts depuis début 2012. Le poids de ces nouveaux entrants (lire le tableau) pourrait ainsi continuer à croître fortement. Soutenue par la réforme bancaire et la méfiance des clients envers les banques traditionnelles, la création d’un secteur concurrentiel a reçu un coup de pouce en septembre dernier au travers de la possibilité donnée aux clients de changer de compte courant en seulement sept jours.

Selon Jefferies, la stratégie de réduction des portefeuilles de prêts, poursuivie à l’heure actuelle par des acteurs comme Lloyds ou encore la filiale britannique de Santander, pourrait aussi libérer un pool de prêts d’une valeur de 100 milliards de livres, avec des revenus associés de 5 milliards :  « Si les banques challengers sont capables de saisir cette opportunité, nous pensons que leur contribution aux prêts pourrait quadrupler pour atteindre 7 % d’ici à 2018, explique Joseph Dickerson, analyste actions chez Jefferies. Et si elles continuent à prendre des parts de marché aux acteurs établis sur le rythme poursuivi depuis 2011, leur part de marché pourrait même doubler à 4 % d’ici à quatre ans ».

Parallèlement, les établissements de second plan devraient aussi pouvoir bénéficier de l’amélioration de la reprise économique outre-Manche et des perspectives de croissance encourageantes associées aux dépôts individuels (+4 % par an jusqu’en 2016) et aux prêts (+2 %) au cours des prochaines années.

Dans l’intervalle, les nouveaux acteurs étoffent leur gamme de produits : après des années de report, la division des services financiers du supermarché Tesco s’apprête ainsi à lancer son offre de comptes courants : « Tesco a tout ce qu’il faut pour réussir dans ce secteur, explique Daoud Fakhri, analyste spécialisé dans les services financiers chez Datamonitor. La marque est populaire et cet acteur possède d’ores et déjà une présence établie dans les cartes de crédits et les comptes épargne. D’autant que cette nouvelle proposition va sans doute être reliée à sa carte de fidélité Clubcard, dont le succès n’est plus à démontrer ».

De son côté, TSB a fait savoir qu’il souhaitait porter rapidement sa part de marché dans ce secteur de 4,2 % à 6 % tandis qu’une offre de Virgin Money est aussi attendue dès cette année. En dépit de l’offensive de ces nouveaux entrants, les experts anticipent une réduction à terme du nombre des acteurs au travers d’un mouvement de consolidation. Ne restera plus alors qu’une poignée de challengers susceptibles de tenir la dragée haute aux banques traditionnelles. Sans trop s’avancer, les analystes parient d’ores et déjà sur le succès de certains modèles économiques : un focus particulier sur des produits, une aire géographique ou encore un mode de distribution « ou tout autre élément susceptible de les différencier d’une simple politique tarifaire », selon Joseph Dickinson, y compris le maintien d’un réseau d’agences. « Aujourd’hui, les clients des banques anglaises veulent tout ce qui se fait de mieux en matière de  banque en ligne et d’applications mais dès lors qu’il s’agit de prendre une décision sur des produits clés comme les prêts immobiliers, ils préfèrent l’interaction en face à face », conclut l’analyste. 

A lire aussi