Conformité

Des pro pour assurer la conformité

le 05/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Pour répondre aux contraintes réglementaires, les directions de la conformité ont recruté et élargi leur palette de compétences.

La crise financière et le renforcement de la réglementation ont conduit ces dernières années les banques et les établissements financiers à renforcer leurs directions de la conformité afin de mieux protéger leurs clients et de se prémunir contre le phénomène de judiciarisation. Cette montée en puissance est en outre allée de pair avec une plus grande indépendance vis-à-vis des autres fonctions de contrôle et un élargissement du périmètre d’intervention.

Pour exercer leurs missions, les professionnels de la conformité doivent posséder des qualités de communicant et une autorité naturelle. « Il faut en effet trouver le juste équilibre entre accompagner le business et respecter les règles, confie Katia Chauprade, responsable de la conformité et du contrôle interne chez Russell Investments France. Cela s’applique au quotidien, dans l’interaction avec l’ensemble des équipes sur l’activité et les projets de la société. » « Il faut également être intègre pour respecter le code de conduite qui doit s’appliquer à tous dans l’entreprise, quel que soit le grade, poursuit Charles-Henri Terlinden, directeur risques, juridique et conformité d’ING Bank France. Il faut enfin faire preuve d’indépendance pour ne pas se laisser influencer par la hiérarchie ou les pouvoirs internes. »

Cette diversité des missions a conduit les directions de la conformité à accélérer les recrutements et à ouvrir le champ des profils. « Au départ, elles employaient essentiellement des juristes ou d’anciens avocats, auditeurs ou inspecteurs généraux, rappelle Charles-Henri Terlinden. Il y a cinq ou six ans, les équipes ont été renforcées par des collaborateurs dotés de compétences métier. A titre d’exemple, j’ai actuellement à la conformité une personne qui a travaillé dans les centres d’appels de la banque, et qui connaît donc très bien les attentes des clients. »

Avant d’être nommé à la direction de la conformité il y a quatre ans, Charles-Henri Terlinden a lui-même multiplié les expériences au sein d’ING Bank France. « J’ai été chargé de la relation clients pour les grandes entreprises, j’ai fait de la gestion de portefeuille, j’ai développé une activité de commerce extérieur à Hong Kong... Et c’est le service des ressources humaines qui m’a proposé ce poste, en m’offrant des formations afin de compléter mes compétences, mon parcours ne m’ayant pas permis de couvrir l’ensemble du périmètre de la gestion des risques financiers et non financiers et de la conformité. »

La consécration ?

Faut-il y voir une forme de consécration ? Un master pro « contrôle des risques bancaires, sécurité financière, conformité » a été initié il y a quatre ans par l’université Paris 1-La Sorbonne en partenariat avec le Centre de formation de la profession bancaire (CFPB). « Notre objectif est de former des économistes du risque et de la réglementation qui se distinguent par une vision plus globale et qui comprennent la fragilité intrinsèque des banques et la justification de la réglementation pour améliorer la stabilité du système financier », souligne la directrice du master, Jézabel Couppey, qui assure que les banques apprécient de plus en plus ce type de profil. « Nos diplômés sont recrutés au sein des directions des risques ou des directions du contrôle permanent, ou encore comme responsables conformité ou contrôleurs KYC (‘know your customer’) au sein des équipes conformité de grandes banques telles que BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole ou BPCE. D’autres rejoignent, le plus souvent à l’issue d’un concours, l’inspection générale des établissements. J’observe d’ailleurs que les étudiants de notre master arrivent en ce moment à se placer plus facilement que ceux qui suivent des formations bancaires plus généralistes. »

S’il y a eu, ces dernières années, un appel d’air sur les recrutements dans les métiers de la conformité, la question est de savoir combien de temps durera ce besoin de spécialisation et de renforcement des effectifs... « Avec l’arrivée annoncée des ‘class actions’, qui pourraient coûter très cher aux banques, les enjeux liés à la conformité vont se renforcer, estime Stéphane Sébéloué, manager de la practice risk management, audit et contrôle interne d’Optimind Winter, une société de conseil en actuariat et gestion des risques qui vient de réaliser une étude sur les métiers du risque et du contrôle dans les banques pour le compte de l’Observatoire des métiers de l’Association française des banques (AFB). Elles devront également se prémunir des risques liés à la protection et l’utilisation des données personnelles de leurs clients qui deviennent beaucoup plus prégnants avec le ‘cloud’ et le ‘big data’. Toutes ces évolutions devraient encore renforcer un peu plus la place de la conformité dans les organigrammes des banques », conclut Stéphane Sébéloué.

Il faut trouver le juste équilibre entre accompagner le business et respecter les règles
Katia Chauprade, responsable de la conformité et du contrôle interne chez Russell Investments France
(DR)
 Les équipes ont été renforcées par des collaborateurs dotés de compétences métier
Charles-Henri Terlinden, directeur risques, juridique et conformité d’ING Bank France

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