Moyens de paiement

Au pays des portefeuilles électroniques, nul n’est roi

le 19/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Malgré de nombreuses initiatives, aucun « wallet » n’est encore entré dans les mœurs des consommateurs. Mis à part Paypal…

Au pays des portefeuilles électroniques, nul n’est roi

Un nouveau venu sur le marché des wallets peut-il changer la donne alors que pour l’instant leur utilisation est loin d’être usuelle ? C’est en tout cas le pari de Fivory, « l’application de shopping connecté » lancée en mai par Crédit Mutuel CIC qui a pour l’occasion créé un établissement de monnaie électronique. Plutôt que de se concentrer sur le paiement, l’offre repose sur la relation entre commerçants et consommateurs : les commerçants proposent des actualités, des promotions, des offres de fidélité, et les consommateurs sélectionnent leurs magasins et enseignes préférées. Le paiement en magasin ou en ligne (enfin la convergence !) arrive naturellement en conclusion de la transaction par le biais des moyens de paiement enregistrés dans le wallet, la carte bancaire en premier lieu ou un compte prépayé pour les paiements de petits montants, mais aussi d’autres à venir comme les chèques restaurants dématérialisés.

Pratique pour les clients, mais aussi avantageux pour les commerçants puisque le tarif d’acceptation est proche de celui de la carte bancaire. Fivory compte faire du chiffre d’affaires avec les services aux commerçants : abonnement à la plate-forme pour créer des offres, reportings sur les opérations… L’arrivée de Fivory à Boulogne-Billancourt a suscité un vrai enthousiasme mais il est encore tôt pour avoir des chiffres d’enrôlement et d’utilisation. Des associations de commerçants ont déjà demandé à adhérer.

Expérimentations à l'échelle des villes

Le déploiement à grande échelle de Fivory nécessitera d’importants efforts de mobilisation dans chaque zone commerciale concernée et l’objectif de toucher toute la France d’ici à la fin de l’année apparaît ambitieux, au vu des expériences menées jusqu’ici. S-money de BPCE proposait un concept similaire à son lancement à l’été 2012, mais a été finalement expérimenté dans seulement quatre grandes villes, avant d’être repositionné comme socle technique pour d’autres offres liées au paiement. Et même Kwixo, le wallet du groupe Crédit Agricole né en 2011, affiche seulement 560.000 adhérents et 1.200 e-commerçants partenaires. Le nombre de transactions n’est pas public mais Fia-Net (sa maison-mère) indique qu’un tiers procède de transferts d’argent entre particuliers et le reste, d’achats en ligne.

Par ailleurs, le wallet interbancaire Paylib (BNP Paribas, La Banque Postale, Société Générale), mis sur le marché en septembre 2013, revendique 220.000 utilisateurs et plus de 450 e-commerçants partenaires. Parallèlement, V.me by Visa, choisi par BPCE et LCL, est en phase de recrutement de commerçants partenaires et devrait annoncer le ralliement d’une nouvelle banque. La communication au grand public est prévue pour la fin d’année. Chez Mastercard, Masterpass poursuit sa route, intégrant les marchands d'un côté et continuant les intégrations chez les banques partenaires, Crédit Agricole et Crédit Mutuel, de l'autre. Pour les banques, la gestion de la convergence entre leur propre wallet et l'offre de Visa ou Mastercard se pose également.

Côté télécoms, Buyster, le wallet inter-opérateurs (Orange, Bouygues Telecom, SFR, auxquels s'ajoute Atos), opérationnel depuis 2011, a du mal à percer malgré d’importantes opérations de recrutement de clients. L'aventure s'arrêtera d'ailleurs à la fin du mois de juin, les actionnaires ayant pris acte du fait que l'environnement de marché et les diverses stratégies envisagées ne permettaient pas d'assurer la pérennité de l'entreprise. Orange Cash, le compte pré-payé sur mobile usant de la technologie NFC (near field communication), est pour sa part en cours de déploiement à Strasbourg et à Caen depuis février et devrait couvrir le territoire fin 2014.

Côté grande distribution, Flash’n Pay, l’application de paiement mobile en QR Code d’Oney Banque Accord, est en test dans des magasins du groupe Auchan, tandis que Flash’iZ, développé pour E. Leclerc et permettant le paiement en caisse, aux bornes et sur le site Optique E.Leclerc en QR Code ou en NFC, a été lancé sous forme de pilote en décembre 2013 dans quatre magasins (Toulouse, Moselle) et bientôt dans un magasin de la région parisienne.

En parallèle, de multiples initiatives innovantes continuent de voir le jour mais le seul acteur réellement significatif reste Paypal avec ses 6 millions de comptes actifs et ses 40.000 commerçants partenaires. Sans oublier ses tentatives pour faire converger réel en virtuel avec GoMcDo (Web to Store) et Uber, l’application de réservation de voiture qui permet de payer sa course en ligne. Plus que jamais, le marché reste ouvert.

Paylib (BNPP, La Banque Postale, Société Générale) revendique 220.000 utilisateurs

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