Nexo, le premier standard européen appliqué aux cartes bancaires

le 18/06/2015 L'AGEFI Hebdo

Il permettra aux entreprises présentes dans plusieurs pays de déployer leur système d’acceptation de la même façon pour tout le marché. Economies à la clé.

Nexo est née fin 2014, mais elle a déjà une longue histoire derrière elle. Nexo est la réunion de trois initiatives lancées par le Groupement Cartes Bancaires au cours des années 2000 pour établir des protocoles d’échanges standardisés pour les paiements par carte : Sepa Fast, dont l’objectif était de développer des spécifications techniques aux normes du Sepa (Single Euro Payments Area) pour les terminaux de paiement (TPE)  ; Epas, un protocole d’échange standardisé entre le TPE et la banque acquéreur du commerçant et Oscar, un consortium réunissant une trentaine d’acteurs soutenant le déploiement de ces standards en Europe. Parmi eux, on trouve bien sûr les grands réseaux de cartes (Visa, MasterCard, American Express et le Groupement Cartes bancaires), un grand nombre de prestataires techniques, des constructeurs de terminaux de paiement, mais aussi Auchan et Carrefour Banque. La présence de ces acteurs de la distribution est remarquable : autant la mise en œuvre du Sepa pour le virement et pour le prélèvement a été poussée par le régulateur, autant le Sepa carte est soutenu, voire tiré par quelques grands commerçants. Et c’est logique puisqu’ils en seront les principaux bénéficiaires.

Uniformisation

En clair, cette harmonisation européenne permettra aux entreprises présentes dans plusieurs pays de déployer leur système d’acceptation non plus pays par pays, en respectant les particularités de chacun, mais globalement de la même façon pour tout le marché. Une économie colossale, selon certains, avec un retour sur investissement très rapide, comme l’atteste le Livre Blanc réalisé récemment par EDC à la demande de Nexo, qui cite Auchan et Colruyt (chaîne de supermarchés belge) : l’un attend un remboursement de son investissement sur une période courte et l’autre prévoit une économie de plus de 15 % de ses coûts grâce à l’adoption d’une plate-forme multipays. C’est pourquoi ces grands commerçants font pression sur leurs banques pour qu’elles aussi adoptent ce standard. Autre possibilité offerte par le passage à Epas, « les commerçants voudront harmoniser leur parc de terminaux de paiement et concentrer leurs flux d’acquisition vers l’établissement le moins cher », estime Vincent Lenglet, chef de produit chez Monext.

De quoi inquiéter les banques qui sont à des niveaux variables d’avancement sur le sujet. « Les banques d’envergure internationale réfléchissent à l’harmonisation interne de leurs circuits monétiques, comme pour le SCT et le SDD (virement et prélèvement Sepa), ajoute William Vanobberghen, secrétaire général de Nexo. D’autres pourraient vouloir améliorer leur position concurrentielle en misant sur ce standard pour répondre aux nouveaux besoins des commerçants et être en mesure de développer des services à valeur ajoutée. » Parmi ces services, la DCC ou dynamic currency conversion qui permet au client étranger de payer dans sa propre devise. « Basculer vers le standard Epas est intéressant car il est fondé sur la norme ISO 20.022 et permet de véhiculer des données supplémentaires par rapport aux informations de paiement et de les monétiser, ou de proposer des services de fidélité, de gestion budgétaire… », souligne Guillaume Bardet, responsable R&D front monétique chez Sopra Banking Software.

Justement, d’autres acteurs se sont déjà intéressés à la normalisation des protocoles de paiement, à l’instar de l’IFSF, International Forecourt Standard Forum créé par les pétroliers, qui ont besoin d’informations liées aux transactions, et avec lequel un rapprochement est en cours. « Cette collaboration devrait s’étendre à d’autres secteurs, hôtellerie ou location de voitures, suggère Cédric Sarazin, directeur Europe  et standardisation internationale au Groupement CB. Mais côté consommateurs, l’objectif est que cela change un minimum de choses et leur permette de conserver leurs habitudes de paiement partout en Europe. » Quant aux processeurs, plutôt présents dans un ou deux pays actuellement, le passage à cette norme leur ouvrira d’un coup les portes du marché européen. Elle leur permettra aussi d’économiser sur les coûts de certification et d’accélérer la mise sur le marché de leurs solutions. En attendant ce grand marché européen des paiements, Girocard, le réseau allemand de paiement, a rejoint le standard en avril, et le calendrier de migration vers Epas sera présenté le 29 juin à l’Euro Retail Payment Board (ancien Sepa Council).

Total anticipe un retour sur investissement au bout de deux à trois ans et des économies de 20 % à 30 %

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