Euronext vole de ses propres ailes

le 23/10/2014 L'AGEFI Hebdo

L’opérateur boursier mise particulièrement sur EnterNext pour convaincre de la pérennité de son développement.

Euronext vole de ses propres ailes
Dominique Cerutti, directeur général d’Euronext.
(Bloomberg)

Euronext n’a rien de l’oisillon tombé du nid. Il n’empêche que l’opérateur boursier européen, qui a recouvré son indépendance en juin dernier par le biais de son introduction en Bourse (IPO) par IntercontinentalExchange (ICE), doit encore prouver qu’il peut voler de ses propres ailes. Délaissé par ICE, le géant américain des produits dérivés, Euronext a désormais son destin entre les mains. « Le centre de décision est passé de New York à Paris, c’est très positif », juge un connaisseur. Dans un contexte boursier certes chahuté, les investisseurs ne semblent pourtant pas totalement convaincus. Depuis le 20 juin, le titre n’a que ponctuellement dépassé son prix d’IPO de 20 euros (20,19 euros au plus haut), chutant jusqu’à 17,11 euros début août.

Dominique Cerutti, directeur général et président du directoire d’Euronext, entend bien jouir de sa nouvelle liberté et ne doute pas de ses atouts sur la foi d’une « tendance lourde et irréversible » de désintermédiation. Euronext entend particulièrement conforter son rôle majeur dans la levée de capitaux en Europe. Un objectif passant par le travail de fourmi abattu depuis le printemps 2013 par EnterNext, la filiale dédiée aux PME-ETI dont les équipes ont rencontré les dirigeants de 880 sociétés (dont 660 en France). Cette activité, « aujourd’hui rentable et très prometteuse, selon Dominique Cerutti, et que nous sommes les seuls à développer en Europe, se doit d’être le véritable bras armé d’Euronext au sein des quatre principaux pays où le groupe est présent (France, Pays-Bas, Belgique, Portugal) ». « Aux côtés d’un important volume d’introductions en Bourse en préparation, nous travaillons sur d’autres modes de financement pour les petites entreprises, comme les obligations ou des mécanismes de titrisation », ajoute le dirigeant. Pour l’analyste de CM-CIC Securities Sébastien Liagre, qui a publié une étude sur la valeur en août, « ces louables efforts de prospection commerciale auprès des PME porteront réellement leurs fruits à moyen terme ». Vingt-cinq PME-ETI ont fait leur entrée en Bourse sur Euronext au premier semestre 2014, contre neuf un an auparavant.

Les produits dérivés, pour lesquels l’activité de négociation a chuté de 6 % cette année à fin septembre en nombre de contrats sur fond de faible volatilité, font également l’objet de l’attention d’Euronext, ici encore dans une logique européenne et notamment sur les matières premières, pour lesquelles l’activité reste en vive hausse. Quant à la compensation, Euronext se félicite de l’accord avec LCH.Clearnet entré en vigueur le 1er avril dernier. Les diverses réflexions stratégiques en Europe dans le domaine restent suspendues à la décision des autorités européennes concernant l’interopérabilité des chambres de compensation. Et alors que le succès de la plate-forme de négociation obligataire BondMatch n’est pas au rendez-vous, Dominique Cerutti note que « le ‘trading’ obligataire va inéluctablement évoluer vers davantage de transparence même si cela prendra du temps ».

Noyau dur

Proie désignée du fait de son faible poids boursier par rapport à ses concurrents britannique et allemand, Euronext bénéficie pour l’heure de la relative protection de son noyau dur d’actionnaires (11 institutions financières, dont BNP Paribas et Société Générale, détiennent pour au moins trois ans tout juste plus d’un tiers du capital d’Euronext, précisément 33,36 %). Au-delà, « il n’est pas exclu de voir de nouveau Deutsche Börse s’intéresser à Euronext », comme le souligne Sébastien Liagre, qui rappelle que la Commission européenne avait bloqué le projet de cette union en 2012 sur fond de quasi-monopole induit sur les dérivés au sein du Vieux Continent. Or le Liffe ne fait plus partie de la dot d’Euronext. Mais si le rapprochement d’opérateurs boursiers européens correspond au « sens de l’histoire », selon l’analyste, les différences de régulation constituent un obstacle. Euronext dispose dans ce cadre d’un temps d’avance puisque né de l’intégration de plusieurs marchés nationaux. L’opérateur semble pourtant plutôt voué « à court terme à poursuivre la voie des partenariats basés sur la distribution de sa plate-forme de négociation unique UTP, comme avec la Bourse de Varsovie en 2013 ». Autant d’« accords technologiques qui pourraient à moyen ou long terme faciliter des rapprochements capitalistiques », aux yeux de l’analyste.

Les résultats du premier semestre 2014 ont déjà permis à Euronext de commencer à respecter ses engagements d’IPO. Le chiffre d’affaires a progressé de 6,9 % à 222,5 millions d’euros (celui de l’activité de cotation a bondi de 22,4 % à 32,5 millions), pour une marge d’excédent brut d’exploitation correspondante en hausse de 5,9 points à 46,1 % sur fond d’une « stricte politique de contrôle des coûts », précise Euronext. Sur ce point, le groupe a promis d’« accélérer le calendrier » du plan d’économies de 60 millions d’euros annuels d’ici à 2017. Un programme passant semble-t-il par un déménagement de la rue Cambon dans le 1er arrondissement de Paris vers La Défense, de quoi permettre de substantielles économies de loyer.

Le 6 novembre aura lieu la publication des résultats du troisième trimestre.
Ses résultats semestriels permettent déjà à l’opérateur de respecter ses engagements

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