La Parole à… Emmanuel Dooseman, associé chez Mazars

Un dispositif efficace de gestion du risque crée de fait un cercle vertueux

le 01/10/2015 L'AGEFI Hebdo

Un dispositif efficace de gestion du risque crée de fait un cercle vertueux
(DR)

Au cours du mois de juillet, le Comité de Bâle a publié un document présentant les principes et recommandations en matière de gouvernance bancaire, « Corporate governance principles for banks », afin de renforcer la mise en œuvre de bonnes pratiques. Ce document fait écho aux publications du Conseil de stabilité financière (CSF), de l’European Systemic Risk Board (ESRB) ou encore du Groupe des 30 (G30), respectivement : « Guidance on Supervisory Interaction with Financial Institutions on Risk culture: A Framework for Assessing Risk culture », « Report on misconduct risk in the banking sector », « Banking Conduct and Culture ».

La crise financière débutée en 2008 a mis évidence les conséquences directes sur la stabilité de l’économie de profils de risques agressifs ou insuffisamment maîtrisés par les établissements bancaires. Les différentes études et publications réalisées sur ce thème ont émis l’idée qu’une approche proactive de la sécurité et de la stabilité du système financier devait se fonder sur la capacité des banques à mettre en place un gouvernement d’entreprise robuste, responsable de la mise en œuvre par le management d’une gestion conforme à une propension au risque et à une culture du risque déterminées par les organes de gouvernance eux-mêmes.

Désormais, il est explicitement attendu que les institutions financières élaborent non seulement un cadre efficace de gestion du risque mais qu’elles développent formellement dans leur culture d’entreprise une solide culture du risque. Pour être efficace, l’engagement des organes de gouvernance et de leurs responsabilités constitue un prérequis essentiel. Le conseil d’administration doit s’impliquer en tant que promoteur et superviseur :

„ de la culture du risque. Celle-ci se compose des normes et des comportements qui s’exercent au sein d’une organisation et qui déterminent la façon dont les personnes et les groupes identifient, comprennent, abordent les risques et agissent face à ceux-ci. En influençant les actions et les décisions, la culture du risque, composante désormais explicite de la culture d’entreprise, est un puissant moteur pour soutenir la mise en œuvre d’un cadre robuste de gestion du risque ;

„ du dispositif de gestion du risque. Celui-ci s’entend comme la combinaison des politiques de gestion du risque, des objectifs et des processus de déploiement, des modalités organisationnelles (planning, responsabilités, outils et processus) qui favorisent et entretiennent la gestion du risque dans une organisation.

Adopter et promouvoir une culture du risque claire donne aux salariés, managers et dirigeants d’un établissement bancaire non seulement des lignes directrices pour adapter leurs comportements, mais les encourage aussi à questionner et à participer au processus décisionnel de gestion du risque. La mise en œuvre d’un dispositif efficace en la matière nécessite une culture du risque forte qui, par effet induit, sera renforcée elle-même par le dispositif de gestion du risque, créant de fait un cercle vertueux.

Si la mise en place d’un tel dispositif est dans une certaine mesure aisée, ce n’est malheureusement pas le cas pour la culture du risque. Ce n’est pas un élément quantitatif ou tangible, facile à évaluer et rapide à déployer. C’est un concept comportemental. Développer et communiquer une culture du risque appropriée prend du temps et requiert de la méthode : l’International Institute of Finance (IIF) précise qu’« une bonne culture du risque est facile à conceptualiser, difficile à exécuter et requiert une attention permanente, même quand la situation de départ est a priori satisfaisante ».

La culture du risque n’est pas seulement un concept mais plutôt un défi auquel le secteur financier dans son ensemble doit faire face afin de favoriser la stabilité et la sécurité du système financier et économique. Ainsi, dans la droite ligne des recommandations formulées par les régulateurs financiers, les autorités de supervision bancaire intègrent progressivement dans leurs programmes de surveillance des contrôles sur la culture du risque. Elles commencent également à réfléchir à la manière de quantifier les impacts d’une implication insuffisante de la gouvernance dans la culture du risque ou dans la surveillance du dispositif de gestion des risques. Cette réflexion pourrait se traduire à terme par le renforcement des exigences de fonds propres en cas d’implication jugée insuffisante.

L’engagement des organes de gouvernance et de leurs responsabilités constitue un prérequis essentiel

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