Deutsche Bank choisit la petite porte

le 13/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Cherchant une issue à la crise, le groupe est parvenu à un compromis peu satisfaisant

Deutsche Bank choisit la petite porte
Les principaux défis de Deutsche Bank restent les risques juridiques et les questions de capital.
(Bloomberg)

La montagne a accouché d’une souris : telle a été la réaction générale au nouvel agenda de restructuration de Deutsche Bank. La stratégie dévoilée fin avril par la première banque allemande ressemble étrangement à l’ancienne : celle d’une banque « universelle » qui tente le grand écart entre ses aspirations internationales dans la banque de financement et d’investissement (BFI) – où elle revendique une place dans le « Top 5 » mondial – et son enracinement dans la banque de détail en Allemagne. Deutsche Bank se borne en effet à élaguer ses deux branches principales : dans la banque de détail en se séparant de Postbank et en fermant un tiers de ses succursales ; dans la BFI par la réduction de son bilan de quelque 200 milliards d’euros. Parallèlement, elle ramène son objectif de rendement sur fonds propres de 12 % à 10 % et promet de reverser à l’avenir la moitié de ses bénéfices à ses actionnaires. La sanction du marché a été immédiate avec une chute de 4,55 % du cours de l’action alors que la Bourse de Francfort gagnait le même jour 1,93 %.

La cure d’amaigrissement imposée au groupe dans les cinq années à venir est un constat d’échec de l’équipe dirigeante au pouvoir depuis près de trois ans. Il y a un an, lors de la dernière augmentation de capital de 8 milliards d’euros, Anshu Jain et Jürgen Fitschen, coprésidents du directoire, promettaient aux investisseurs une rentabilité sur fonds propres (RoE) de 12 % en 2016. Un objectif non tenu. Au premier trimestre, la banque a tout juste dégagé un RoE avant impôts de 3,1 %. Son bénéfice net a chuté de moitié, à 559 millions d’euros. Deux fois en trois ans, les dirigeants de Deutsche Bank ont fait appel au marché pour se conformer à la nouvelle réglementation sur les fonds propres et pour financer des investissements. En réalité, les 12 milliards d’euros ainsi levés ont servi à financer les risques juridiques, dédommagements et autres sanctions infligées à sa BFI.

Deutsche Bank est en effet mêlé à quasiment toutes les grandes enquêtes visant les banques ces dernières années, les amendes à répétition (2,5 milliards de dollars pour la dernière en date, dans l’affaire de manipulation du taux Libor) pesant fortement sur ses comptes et ses fonds propres. Il y a deux semaines à peine, le groupe faisait état d’une nouvelle provision pour risques juridiques de 1,5 milliard d’euros. Et depuis le 28 avril, Jürgen Fitschen est jugé devant un tribunal de Munich pour faux témoignage dans l’affaire de l’ancien magnat des médias, Leo Kirch. L’enjeu est de taille car, en cas de condamnation, le coprésident du directoire de Deutsche Bank encourt une peine de prison et devra quitter son poste.

Impossible scission

La direction se devait de réagir face à cette série de déboires et au mécontentement croissant de ses actionnaires, dont le Qatar, qui se plaignent de la faible capitalisation boursière du groupe : 40 milliards d’euros, contre 71 milliards pour BNP Paribas ou 175 milliards pour HSBC.

Le recentrage de la banque sur un modèle de banque « universelle » plus ramassé va-t-il y remédier ? Pour l’instant, les principaux défis de Deutsche Bank restent les risques juridiques et les questions de capital. Pour éviter un nouvel appel au marché, la direction de la banque mise notamment sur une réduction de son bilan. Elle compte y parvenir par la déconsolidation de Postbank (pour un effet net de 140 milliards d’euros) et sur 130 milliards à 150 milliards d’euros net de baisse de bilan de sa BFI. Ainsi, la part de ses fonds propres doit être portée à 5 % du bilan contre 3,4 % actuellement. Les experts demeurent toutefois sceptiques sur les chances de l’équipe dirigeante de tenir ses promesses. « On ne voit pas comment ce projet serait en mesure de résoudre les problèmes de la banque », s’interroge l’éditorialiste du Frankfurter Allgemeine Zeitung, pourtant connu pour sa bienveillance à l’égard de la banque. Même son de cloche de la part des analystes. Dieter Hein, chez Fairesearch, parle même d’un « fiasco », estimant que le projet manque d’imagination et contient des promesses loin dans le temps, d’autant plus difficiles à réaliser qu’elles seront coûteuses.

En réalité, explique-t-on sur la place de Francfort, le duo dirigeant, Jürgen Fitschen et Anshu Jain, n’avait d’autre choix que d’opter pour un compromis. Berlin faisait pression en faveur d’une forte présence de la banque sur le marché allemand, comprenant aussi une activité dans la banque de détail. Quant aux superviseurs de la Banque centrale européenne (BCE), ils se seraient catégoriquement opposés à une scission. Ils auraient soumis la BFI de Deutsche Bank à un « stress test » et seraient arrivés à la conclusion que celle-ci ne résisterait pas à une crise financière en raison de sa sous-capitalisation et du coût exorbitant de son refinancement. Ni la BCE, ni Deutsche Bank n’ont voulu commenter cette information.

La direction mise sur une réduction du bilan

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