La femme clé... Marie Cheval, PDG de Boursorama

« La croissance est la priorité »

le 24/09/2015 L'AGEFI Hebdo

« La croissance est la priorité »
Marie Cheval
(Pierre Chiquelin)

Ils étaient 500.000 fin 2013, sont passés à 700.000 le 8 septembre et devraient être 750.000 en décembre : le nombre de clients français de Boursorama ne cesse de progresser. La raison, selon Marie Cheval, son PDG depuis mars 2013 ? « Notre modèle : être la banque la moins chère (14 euros de frais bancaires par client en moyenne en 2014 contre plus de 200 euros en moyenne en France) ; proposer une gamme de produits complète et performante, notamment le crédit, et simplifier la vie de nos clients qui peuvent faire toutes leurs opérations quand ils le veulent, où ils veulent. » Derrière ce succès, « 600 collaborateurs très engagés, souligne Marie Cheval, pas d’agences, mais la promesse de répondre aux clients qui le souhaitent jusqu’à 22 heures, et de ne pas les importuner par téléphone. Nos clients sont autonomes et l’apprécient. »

Sur ces bases, « la banque est rentable », dit-elle, mais ne détaille plus ses chiffres depuis que sa maison mère, Société Générale, l’a retirée de la cote. S’il lui reste deux sites à l’étranger (Allemagne et Espagne), c’est sur la France que Marie Cheval focalise son discours, dans un environnement où chacune des banques en ligne cherche à se différencier – de Hello Bank, la dernière née, à ING Direct qui a atteint le million de clients fin août. En tout cas, la « banque du futur » n’a pas grand-chose à voir avec ce que l’on pouvait imaginer à la création de Boursorama, en 1995.

Pour grandir à la bonne cadence, outre des recrutements, Boursorama a prévu de déménager l’été prochain. « Nous restons à Boulogne, mais nous serons propriétaires des murs, confie Marie Cheval. Nous souhaitons un immeuble à notre image : moderne, innovant et favorisant la coopération entre les équipes. Nous avons mis en place des ateliers pour travailler sur l’ergonomie des postes de travail, l’acoustique, la création de ‘phone boxes’ : des espaces aménagés sur le plateau pour que les collaborateurs puissent avoir des conversations privées, etc. » Marie Cheval s’est ainsi prêtée à la tradition du « gigot-bitume » qui célèbre la fin du gros œuvre dans le bâtiment : le gigot est enveloppé dans du papier kraft et cuit dans un bain de bitume en fusion !

Diplômée de l’ENA, cette mère de famille de 41 ans trouve toujours sa place dans un monde d’hommes, quel qu’il soit. Mais elle n’aime guère que l’on en fasse un symbole de réussite féminine. « Etre au bon endroit au bon moment et provoquer la chance » : c’est son credo. « Après l’Inspection des Finances, j’ai rejoint les services financiers de La Poste. J’ai découvert la banque de détail qui est une activité passionnante car elle est dans le quotidien des gens, explique-t-elle simplement. Les coentreprises créées entre La Banque Postale et Société Générale dans la monétique et le crédit à la consommation ont fait le lien. »

PME bancaire

Boursorama, « PME bancaire » selon l’expression de celle qui était auparavant directrice global transaction and payment services du groupe Société Générale, doit constamment être à la pointe de la technologie. Ainsi, « la vingtième version du site verra le jour en fin d’année ». Mais à chacun son métier. « Nous avons confié à IBM l’hébergement et l’exploitation de notre site internet et

d’une partie de nos systèmes d’information de back-office, précise Marie Cheval. Ce partenariat améliorera notre résilience et nous permettra d’industrialiser nos processus, dans un contexte de très forte croissance de notre activité. IBM nous fait également bénéficier, grâce à sa filiale Softlayer, des dernières technologies en matière d’hébergement web. » Les systèmes doivent s’adapter aux nouveaux usages des clients et visiteurs. « Le portail Boursorama enregistre 32,7 millions de  visites mensuelles, relève son PDG. Il doit évoluer avec la technologie, le nombre croissant de clients et des pics de consultations – par exemple lorsque les marchés s’agitent. » Boursorama repose toujours sur trois métiers : la Bourse en ligne, « dont le nombre de porteurs ne se développe plus en France, représente environ un tiers de notre PNB (produit net bancaire, NDLR) », indique Marie Cheval ; la banque ; et le site qui « agrège des contenus d’information et génère une dizaine de millions d’euros de chiffre d’affaires par an, en publicité ».

Pour développer les produits bancaires aussi, « Boursorama s’est beaucoup appuyé sur des partenariats pour compléter sa gamme de produits : la Bourse avec Atos, l’assurance-vie avec Generali, la prévoyance avec Sogecap... Nos crédits à la consommation s’appuient sur l’expertise de Franfinance et nous avons développé les outils de PFM (Personal Finance Management) avec la ‘fintech’ Fiduceo que nous avons ensuite acquise », rappelle son PDG. Sur cette palette, l’accent est mis sur le prêt à l’habitat. « Une vingtaine de conseillers sont dédiés au crédit immobilier. Nous comptabilisons plus de 3 milliards d’euros d’encours (+22 % entre les premiers semestres de 2014 et de 2015) et 500 dossiers adressés chaque jour, se félicite Marie Cheval. Nous proposons immédiatement le meilleur taux, mais toujours avec une alternative de durée par exemple. »

Banque de détail la plus recommandée en France selon le « Brand Advocacy Index 2015 » du BCG, avec un taux positif de 55 % lorsque la moyenne des banques françaises se situe à 15 %, Boursorama n’est « pas dans la logique des banques traditionnelles qui investissent pour devenir la ‘banque principale’ de leur client, souligne son PDG. D’ailleurs, lorsque nous accordons un crédit immobilier, nous ne le conditionnons pas à la domiciliation des revenus ». Elle a toutefois besoin de faire évoluer certains processus pour devenir potentiellement la banque de tous. « A ce jour, il n’est pas possible de devenir client chez Boursorama si vous ne disposez pas préalablement d’un compte dans une autre banque, relève Marie Cheval. Nous travaillons sur le sujet, notamment pour construire une offre destinée aux plus jeunes. »

Nous avons confié à IBM l’hébergement et l’exploitation de notre site internet
Disposer d’un superbe produit ne suffit pas

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