Les conquistadors espagnols tiennent à leur expansion

le 24/09/2015 L'AGEFI Hebdo

BBVA et Santander sont confrontés à la crise au Brésil, en Turquie, et à l’hypothèse d’un Royaume-Uni sortant de l’Union européenne…

Les conquistadors espagnols tiennent à leur expansion
Fin juillet, dans une Turquie qui s’enfonce dans la crise, le groupe BBVA a annoncé devenir le principal actionnaire de la banque turque Garanti.

Si l’expansion internationale des groupes bancaires espagnols BBVA et Santander leur a permis de pallier la récente crise économique grâce à l’insolente croissance affichée par les pays d’Amérique latine où ils sont bien implantés (voir le graphique), elle ne joue plus en leur faveur. Ces « deux conquistadors », comme les qualifie Manuel Romera, directeur du secteur financier à l’IE Business School, ne sont pas épargnés par les revirements de situation. Selon Nuria Alvarez, analyste chez Renta 4 : « Leur exposition à l’Amérique latine fut une aubaine mais le vent a tourné et, désormais, la faible croissance au Brésil pénalise Banco Santander. » Le géant espagnol souffre de la politique monétaire restrictive de la banque centrale brésilienne et a enregistré une augmentation de ses créances douteuses dès le deuxième trimestre : malgré une augmentation de revenus de 9 %, son ratio de prêts non performants s’est accru de 23 points de base (pb), à 5,13 %. « Dépendant de ses exportations en matières premières, le Brésil souffre de la chute des prix du fer, de la viande et du soja », mentionne Robert Tornabell, professeur de l’Esade Business School (banque internationale et finances).

Banco Santander n’est pas seulement pénalisé par la conjoncture brésilienne. Outre-Manche, où le groupe possède 902 agences avec 25.902 employés, le projet de référendum sur le maintien, ou non, du Royaume-Uni dans l’Union européenne, qui pourrait avoir lieu dans moins d’un an, est suspendu au-dessus de lui comme une épée de Damoclès.

Même inquiétude pour BBVA dans une Turquie qui s’enfonce dans la crise, entraînant avec elle sa devise. Fin juillet, le groupe a annoncé devenir le principal actionnaire de la banque turque Garanti. « Cette opération aura un impact négatif ponctuel sur le résultat net de BBVA Group au troisième trimestre 2015, d’environ 1,8 milliard d’euros, a précisé le groupe. L’essentiel de cet impact est lié à l’effet de change, avec la dépréciation continue de la lire turque contre l’euro, depuis l’acquisition des premières parts de Garanti par BBVA (25,01 %) en 2011. (…) En termes de capital, l’acquisition des nouvelles parts devrait conduire à une réduction d’environ 50 pb du ratio Common Equity Tier 1 (CET 1, ‘fully loaded’). Une fois l’évolution de ce ratio constatée, BBVA consolidera intégralement Garanti au sein de ses états financiers. »

Garder confiance

BBVA tire en revanche mieux son épingle du jeu en Amérique latine, mais « tout succès est relatif à l’environnement économique », précise Nuria Alvarez, rappelant les problèmes rencontrés par les deux banques ibériques au Venezuela et le fait que si la stratégie d’implantations de BBVA semble plus judicieuse que celle de Santander aujourd’hui, « ce n’était pas le cas il y a cinq ans ». Finalement, au deuxième trimestre, BBVA, qui réalise plus de 80 % de ses profits à l’étranger, a annoncé un bénéfice net plus que doublé par rapport à fin mars 2015, stimulé par la vente d’une participation dans la banque chinoise Citic et par ses activités au Mexique qui ont plus que compensé l’impact de la crise au Venezuela.

Face à ces facteurs conjoncturels, acteurs et observateurs se veulent confiants. En mai dernier, l’agence Scope soulignait pour BBVA ses « perspectives stables », liées à la « force et la fiabilité des franchises de la banque commerciale et de détail du groupe dans différentes zones géographiques ». Si le titre BBVA a commencé à chuter mi-août, la direction du groupe croit dans l’énorme potentiel démographique de la Turquie et de ses 75 millions de consommateurs, ainsi que dans les prévisions de croissance de 4 % du

produit intérieur brut jusqu’en 2024.

Les analystes ne s’inquiètent pas davantage des difficultés rencontrées par Santander au Brésil. Suite à la présentation des résultats semestriels, le titre a même remonté et l’agence Scope Ratings lui a attribué en août la note « A+ », avec une perspective stable, remarquant que la « qualité des actifs du groupe continuait à s’améliorer », « soutenue par son business en Espagne et au Royaume-Uni », malgré une « faible augmentation de ses taux de créances douteuses au Mexique et au Brésil ».

Les deux banques, concurrentes sur le marché espagnol, ont ainsi réussi à bien se positionner à l’étranger, avec chacune son pré-carré, sur le continent américain, en Asie et en Europe. Leur diversification leur a non seulement permis de compenser les difficultés rencontrées dans certaines régions, mais aussi d’accompagner les grandes compagnies de l’Ibex35 dans leur expansion internationale. « Si l’Espagne fait des autoroutes aux Etats-Unis, le métro à Sao Paolo et à Mexico, si nos entreprises construisent le canal du Panama, alors nos banques doivent être internationales », affirme Robert Tornabell, pour expliquer les raisons de ce processus d’internationalisation débuté dans les années 80-90. Aujourd’hui, Santander compte 9.523 agences et 142.368 employés à l’étranger, suivie de près par BBVA avec 8.059 succursales et 112.770 salariés.

1,5 milliard d’euros pour la vente des 4,9 % de BBVA au capital du chinois Citic.
Accompagner les grandes compagnies de l’Ibex35 à l’international

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