CNP Assurances avance malgré les inconnues sur sa route

le 13/11/2014 L'AGEFI Hebdo

La volonté de diversification du premier assureur vie français s’accorde avec l’évolution de ses accords de distribution, voire de sa structure de capital.

CNP Assurances et BPCE ont conclu un protocole d’accord préliminaire sur le partenariat qui doit les lier pour sept ans à compter du 1er  janvier 2016 (lire pages 20 et 21). Ce projet va être soumis prochainement aux instances représentatives du personnel concernées afin de parvenir à des modalités définitives au cours du premier trimestre 2015. CNP Assurances estime que « ce projet de partenariat s’inscrit pleinement dans la stratégie de CNP Assurances de développer les activités de protection ». Mais ce chapitre illustre surtout la détermination de François Pérol à structurer Natixis comme « l’usine » des métiers du groupe BPCE depuis son arrivée à la présidence du directoire et la nomination, à la tête de celle-ci, de Laurent Mignon, qui a passé dix ans aux AGF (devenus Allianz France). De fait l’avenir de CNP Assurances n’est pas encore scellé. Deux éléments intimement liés sont en suspens : d’une part la mise en œuvre d’un nouveau modèle industriel, d’autre part la constitution de son capital sur le long terme.

Cotée depuis 1998, la compagnie est essentiellement constituée de capitaux publics (voir le graphique). Un point essentiel avant de considérer un rapprochement, tel que Les Echos du 5 novembre l’ont relaté, avec Groupama, notamment en assurance vie. « Nous n’avons été saisis d’aucune proposition (...) Ce n’est pas la première année (...) cela arrive généralement à l’approche des comptes », a déclaré Antoine Lissowski, directeur général adjoint de CNP Assurances. Cette référence aux dates de résultats rapprochée de l’information révélée par La Lettre de l’assurance – le départ de Philippe Sorret, responsable des filiales « assurance » France de Groupama ainsi que de la direction générale de Groupama Gan Vie, « un divorce (à l’amiable) » – en dit peut-être davantage sur les difficultés de Groupama que sur celles du premier assureur vie français.

Croissance en France

CNP a d’ailleurs publié des résultats de bonne facture. Son résultat net part du groupe ressort sur neuf mois à 842 millions d’euros, en hausse de 3,8 % (+7,0 % à périmètre et change constants), après l’intégration de l’amende de 40 millions d’euros qui lui a été infligée par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACPR) pour n’avoir pas recherché assez activement les bénéficiaires de contrats en déshérence (L’Agefi Hebdo du 6 novembre). Son chiffre d’affaires a aussi progressé de 13,2 % (+14,3 % à périmètre et change constants) à 23,2 milliards d’euros. Et, point non négligeable, c’est la France qui le porte avec une forte progression des activités d’épargne et des ventes de produits en unités de compte multipliées par deux sur la période, tandis que l’Amérique latine s’inscrit en recul.

De quoi soutenir l’idée d’un rapprochement de CNP Assurances et de La Banque Postale qui distribue déjà ses produits mais pourrait – comme les autres groupes bancaires français – intégrer sa propre entité de production. Ce choix de créer un nouveau bancassureur ne serait pas forcément contradictoire avec la stratégie actuelle de CNP. Frédéric Lavenir, son directeur général, a amorcé un rééquilibrage de son modèle vers les métiers de la protection et de la prévoyance illustré par son accord avec Santander (L’Agefi Hebdo du 17 juillet). Les deux groupes, déjà partenaires en production-distribution, ont en outre des liens capitalistiques directs, mais aussi indirects (avec l’Etat et la CDC au tour de table de La Poste).

Reste à savoir si BPCE maintiendrait sa position au sein de Sopassure, cette holding – deuxième actionnaire de CNP Assurances – que La Banque Postale détient à 50,10 %. « Nous souhaitons rester un actionnaire de long terme dans le cadre des pactes d’actionnariat existants », a soutenu François Pérol lors de la présentation des résultats de son groupe. Mais le pacte d’actionnaires actuel arrive à son terme le 31 décembre 2015, ce qui laisse le jeu ouvert.

1,9 MILLIARD d’euros de collecte nette en France, dont 1,2 milliard en unités de compte.
La rentabilité pénalisée

Sur longue période, le 8e « baromètre croissance et rentabilité de l’assurance en France » de Facts & Figures montre que CNP est pénalisé par le mode de distribution de ses contrats d’assurance vie. A défaut de réseau en propre, comme les autres bancassureurs, les commissions que la compagnie verse à ses partenaires pèsent sur ses marges. Dès lors, le retour sur capital investi (RoE, voir le graphique) est d’au moins 4 points inférieur à celui des entités d’assurance de Crédit Mutuel, Crédit Agricole ou BNP Paribas.

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