L’homme clé... Thomas de Bourayne, directeur général de credit.fr

« Une brèche dans le monopole bancaire »

le 26/03/2015 L'AGEFI Hebdo

« Une brèche dans le monopole bancaire »
Thomas de Bourayne, directeur général de credit.fr
(DR)

Le nom du site ne laisse aucune ambiguïté : credit.fr. « Je m’y étais intéressé peu avant mon départ de la direction France de Cofidis, avant le rachat de cette activité de crédit à la consommation par Crédit Mutuel aux Trois Suisses, relate Thomas de Bourayne, directeur général de credit.fr. Nous l’avons racheté. C’est une marque forte, mais il faut lui donner une identité. » L’activité de ce site opérationnel en avril relève en effet d’un modèle émergent, mais qui se structure : le financement participatif (L’Agefi Hebdo du 29 janvier). Credit.fr est l’une des premières plates-formes agréées par l’Orias (registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance), le 17 octobre 2014, avec un statut d’intermédiaire en financement participatif (IFP).

« Les patrons de petites et très petites entreprises ne sont pas entièrement satisfaits de la relation avec les banques, constate Thomas de Bourayne. Les Français disposent d’épargne, veulent lui donner du sens en investissant dans des projets qui leur parlent et ne trouvent pas les rendements qu’ils en espèrent. » Ce nouveau site de crowdfunding porte une double promesse : celle faite aux entreprises – au moins quatre ans d’existence et jusqu’à 3 millions de chiffre d’affaires – de pouvoir emprunter à une communauté de particuliers pour un investissement d’un montant moyen de 50.000 euros sur 3 à 5 ans ; et celle faite aux particuliers de prêter pour le projet de leur choix avec un rendement de 3,40 % à 6,90 %.

Encore faut-il que la confiance soit établie, car la perte de capital reste un risque. « Nous avons accès aux fichiers de la Banque de France et établi un outil de ‘scoring’ avec Altarès, explique le dirigeant qui a présidé Experian France et Belgique. Nous serons très sélectifs, avec un taux d’acceptation de 3 % à 5 %. S’il y a un risque de défaut, nous nous occupons du recouvrement amiable dans les 60 jours, puis la société Contentia prend à nos frais le relais jusqu’à l’éventuel recouvrement judiciaire. »

L’objectif de credit.fr est d’atteindre « 400 dossiers financés la première année, soit 20 millions d’euros de crédits, répartis entre 6.000 prêteurs, détaille Thomas de Bourayne. Nous envisageons d’avoir 15.000 demandes déposées sur notre site, dont 4.000 que nous étudierons. Chaque projet retenu sera exposé avec dirigeants, chiffres clés, avis de notre analyste maison, etc. Nous avons aussi un ‘call center’ pour répondre aux questions des entrepreneurs et prêteurs, ainsi qu’un collaborateur (parmi les sept de notre start-up) pour aller au-delà de la pédagogie et éclairer les aspects techniques. Nous prévoyons aussi de monter une petite équipe commerciale (en ‘business to business’). »

Les ambitions de credit.fr sont soutenues par Truffle qui a investi 3 millions d’euros en janvier et héberge la start-up. Le fonds de capital-risque gardera la majorité aux côtés des fondateurs (Thomas de Bourayne et Laurent de Bernede passé par Natixis, figaro.fr et l’opérateur Keyyo) et d’un nouvel actionnaire attendu très prochainement. « Nos dépenses de marketing s’élèveront à 1 million d’euros pour les douze premiers mois », anticipe Elodie Gaussares, directrice marketing & communication. « Nos revenus reposent sur les frais : 3 % au déblocage des fonds et 1 % du capital annuel restant dû côté emprunteur, plus 1 % par an de frais de gestion côté prêteur, précise le directeur général. Nos taux de crédit (3,40 % à 6,90 % de taux effectif global) sont peut-être légèrement plus élevés que dans le circuit bancaire, mais nous donnons une réponse en ligne sous 48 heures, ne demandons ni caution ni garantie et offrons l’assurance emprunteur contractée par l’intermédiaire de Gras Savoye. » Credit.fr entend parvenir à l’équilibre au bout de trois ans et demi d’activité avec un équivalent de 100 millions d’euros d’encours de prêts.

C’est une marque forte, mais il faut lui donner une identité

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