Bill Winters signe une nouvelle ère pour StanChart

le 02/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Le nouveau directeur général, qui rejoindra StanChart le 1er mai, va devoir convaincre les investisseurs de sa capacité à redresser la compagnie.

Bill Winters signe une nouvelle ère pour StanChart
Bill Winters, futur directeur général de Standard Chartered.
(Bloomberg)

Bill Winters aurait confié par le passé qu’il se serait bien vu à la tête de Barclays, Standard Chartered (StanChart) ou Deutsche Bank. Son vœu semble s’être exaucé. Le 1er mai prochain, ce professionnel de 53 ans entrera au conseil d’administration de StanChart avant d’en prendre la direction générale en juin – en remplacement de Peter Sands, remercié après neuf ans à ce poste. Sur le papier, le candidat possède les qualités nécessaires pour séduire : autrefois lieutenant de Jamie Dimon, cet ancien coresponsable de la banque d’investissement chez JPMorgan a également été l’un des membres de la commission bancaire indépendante (Independent Commission for Banking) à l’origine de la création du nouveau cadre réglementaire bancaire outre-Manche. Plus récemment, il avait mis sur pied Renshaw Bay, une société de gestion d’actifs spécialisée en finance structurée et en immobilier commercial. « Sa nationalité américaine et ses relations avec les régulateurs pourront aussi lui être utile pour réparer les relations avec les autorités américaines suite à l’amende infligée pour violation de l’embargo en Iran et d’autres pays », souligne un observateur.

Candidat souvent cité à la reprise de grandes banques internationales, Bill Winters a su gagner la confiance de la communauté financière britannique : l’action StanChart, qui a perdu 30 % de sa valeur au cours des deux dernières années, regagnait 4 % lors de l’annonce de son recrutement. Passé l’impact positif de l’annonce, le prochain directeur général (DG) va cependant devoir convaincre de sa capacité à retourner la situation. Après avoir traversé la crise financière sans encombre, Standard Chartered, dont les deux tiers de l’activité proviennent de l’Asie, a enregistré trois avertissements sur résultats en 2014 et les derniers annuels se sont soldés par une dégradation des profits imposables à hauteur de 30 %, à 4,2 milliards de dollars. L’annonce d’un plan d’économies de 400 millions de dollars (339 millions d’euros) en janvier dernier n’aura pas permis d’éviter un remaniement au sommet, qui s’est également traduit par le départ de Jaspal Bindra, directeur général Asie, fin avril, et celui du président Sir John Peace courant 2016. « Bill Winters va sans doute regarder d’un œil neuf l’entreprise avant d’entreprendre toute action, explique James Laing, vice-responsable des actions britanniques et européennes chez Aberdeen AM, actionnaire à hauteur de 9,5 % de StanChart. Une personne en fonction depuis dix ans n’aurait pas pu avoir ce recul. »

Localisation du siège

En attendant l’arrivée du nouveau directeur général, les dossiers s’empilent. Parmi eux, l’épineuse question du relèvement des niveaux de capital, actuellement à 10,7 %, que les analystes estiment trop bas : repoussée par Peter Sands, l’hypothèse d’une augmentation de capital risque de se reposer à l’arrivée de Bill Winters. Le renforcement de la qualité du portefeuille de prêts, mis à mal par le ralentissement de la croissance dans les marchés émergents, de même que la poursuite d’une politique de réduction des coûts figurent aussi en tête des priorités. Bill Winters devra sans doute aussi définir une stratégie plus claire concernant les réseaux de banque de détail de StanChart, et particulièrement sa situation en Corée où le groupe a accusé de très fortes pertes – conséquence d’un changement récent de réglementation. En mars, Peter Sands a dévoilé une nouvelle feuille de route fixant de nouveaux objectifs en matière de RoE (rendement du capital), de ratio common equity tier one et de plans d’économies. « Il est difficile d’apprécier dans quelle mesure ces plans vont survivre à l’arrivée de Bill Winters comme DG, écrit Jason Napier, analyste chez Deutsche Bank. Nous ne pensons pas qu’un nouveau leader accepte dans sa totalité la stratégie présentée par son prédécesseur. Mais il est positif que StanChart ne perde pas six mois à attendre un nouveau dirigeant. » L’arrivée de Bill Winters intervient aussi dans un contexte réglementaire difficile : la taxe bancaire (bank levy), qui a été relevée de 0,156 % à 0,21 % du bilan des banques lors du dernier budget britannique, lui a déjà confisqué 9 % de ses résultats avant impôts l’an dernier, soit quelque 366 millions de dollars. Avec cette nouvelle hausse, ce sont quelque 500 millions de dollars ou 10 % des profits qui risquent de s’envoler. Face à cette nouvelle donne, la question d’une redomiciliation du siège de la banque dans des juridictions plus favorables, comme Singapour ou Hong Kong, a refait surface : « Initialement créée pour s’assurer que les banques puissent expier leurs méfaits, la taxe bancaire s’est finalement révélée beaucoup plus chère pour HSBC et StanChart (qui ont des activités très internationalisées, NDLR), ce qui est incontestablement injuste, explique James Leung. A un moment, la question de la domiciliation devra être étudiée. » Plus certainement, Bill Winters va devoir aller vite. Pour les analystes de Barclays, un nouveau plan d’action pourrait être annoncé dès le 5 août, date de publication des résultats semestriels. Bill Winters sera alors en poste chez StanChart depuis trois mois. Sinon le nouveau plan attendra le début de l’automne.

4.000 emplois supprimés cette année pour un plan de 400 millions de dollars d’économies
L’hypothèse d’une augmentation de capital risque de se reposer

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