Les BFI françaises en quête de rentabilité

le 05/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Elles doivent encore réduire leurs coûts et revoir leur modèle pour atteindre leurs objectifs.

Les BFI françaises en quête de rentabilité
La banque Natixis, filiale de BPCE, à Paris.
(Gilles ROLLE/REA)

En France, les revenus des activités de banque de financement et d’investissement (BFI) de BNP Paribas, Société Générale, BPCE (Natixis) et Crédit Agricole ont baissé de 7 % sur un an au premier trimestre 2014, à 5,75 milliards d’euros (lire le tableau). « Après une longue période d’incertitude, le paysage commence lentement à s’éclaircir pour les BFI en termes de tendances de marché  et d’environnement réglementaire même si ce dernier est conjoncturellement très prégnant », estime Pierre Reboul, associé senior chez Roland Berger et co-auteur d’un rapport récent sur les BFI. Si elles font preuve d’une certaine résilience, les BFI françaises restent sous pression début 2014, du fait des mauvais résultats des métiers de fixed income (activités obligataires, taux, changes, matières premières) notamment (lire l’encadré).

« Les banques françaises ont la caractéristique originale d’être fortes sur le volet actions, ce qui atténue l’impact des résultats négatifs sur le ‘fixed income’, même si la partie actions reste plus petite en volume et qu’au final la baisse des revenus reste donc importante », précise toutefois Gwenhaël Le Boulay, directeur associé au Boston Consulting Group et également co-auteur d’une étude récente.

Chez BNP Paribas, les revenus du métier actions et conseil ont bondi de 49,5 % par rapport au premier trimestre 2013, à 584 millions d’euros, avec une bonne performance des dérivés d’actions, indique la banque. Les activités actions ont vu leurs revenus croître de 9,3 % chez Société Générale (15 % de parts de marché), à 688 millions d’euros. Chez Natixis, l’activité du premier trimestre a également été soutenue dans les métiers actions, dont les revenus ont crû de 16 % (120 millions d’euros). Déployer une offre de dérivés est désormais un axe de développement stratégique pour cette banque. Le produit net bancaire (PNB) de la BFI de Natixis est resté stable au premier trimestre et sa rentabilité est jugée « en forte amélioration » par la banque, avec un retour sur capitaux investis (return on equity, RoE) passé de 7,8 % il y a un an à 10,1 %. « Le RoE des banques d’investissement a baissé d’un point au niveau mondial en 2013, passant de 12 % en 2012 à 11 %. En Europe, il est resté stable, à 10 % environ, ce qui est très légèrement inférieur au coût du capital des établissements. Les banques françaises sont sur cette frontière, ce qui veut dire que c’est une industrie qui est tout juste à l’équilibre », analyse Gwenhaël Le Boulay.

Coût de la réglementation

Les banques françaises ont en tous les cas affiché des ambitions pour leurs BFI dans leurs plans stratégiques présentés ce semestre. BNP Paribas vise un RoE supérieur ou égal à 10 % en 2016 et prévoit une croissance de 6 % de ses revenus en BFI à la même échéance (L’Agefi Hebdo du 3 avril 2014), aux Etats-Unis notamment, où la situation pourrait s’avérer bien plus complexe que prévu du fait du lourd contentieux en cours.

Société Générale vise un RoE de 15 % et une croissance de 3 % par an du pôle banque de grande clientèle et solution investissement qui comprend la BFI, la banque privée, la gestion d’actifs, et les métiers titres (L’Agefi Hebdo du 22 mai 2014), et de 1 % par an pour les seules activités de marché. La banque de La Défense  considère avoir terminé le plan d’adaptation de sa BFI et être en ordre de marche pour gagner des parts de marché après le rachat, début mai, de la totalité du courtier Newedge (voir entretien). Les deux autres acteurs français, plus modestes en volumes, visent une croissance des revenus de leur BFI de 5 % pour Natixis et de 3 % pour Crédit Agricole. 

L’environnement pourrait rendre difficile cette recherche de rentabilité. « L’ensemble des réglementations pourrait coûter plusieurs points de RoE aux BFI et au final, le RoE pourrait encore baisser pour atteindre entre 4 % et 8 % d’ici à trois ans », met en garde Gwenhaël Le Boulay, pour qui la mise en conformité avec les objectifs de Bâle 3 et en terme de ratio de levier vont continuer à contraindre les banques. Gwenhaël Le Boulay anticipe une stagnation des revenus de cette activité en 2014 et 2015. « Toutes les BFI ont connu des ‘plans d’adaptation’ depuis 2008 mais leur base de coûts est restée quasi stable cependant », analyse-t-il. Selon lui, si le volume des salaires et le nombre de collaborateurs ont baissé, ce n’est pas le cas des coûts informatiques. Et les coûts liés aux procédures légales ont crû au niveau mondial, représentant désormais 7 % des coûts globaux de l’industrie. Les banques françaises ont pour l’instant échappé aux litiges. BNP Paribas pourrait être l’exemple inverse extrême.

« Les BFI doivent créer des partenariats stratégiques pour exploiter des  synergies et faire baisser les coûts, considère Gwenhaël Le Boulay. De 20 % à 30 % d’entre eux, dans les systèmes d’information, les ‘back-offices’, ou les procédures de conformité, sont au moins partiellement partageables. Des partenariats institutionnels pourraient faire baisser les coûts de 10 % et faire gagner de 2 à 3 points de RoE. C’est un sujet important pour les banques françaises. » Société Générale a ainsi externalisé une partie des back-offices des marchés de capitaux au sein de la société Accenture. Oliver Wyman, qui a co-publié un rapport avec la banque Morgan Stanley, considère également que réduire les coûts dans les domaines technologiques permettrait d’atteindre un RoE de 12 % à 14 % en 2016, en adoptant également des changements importants dans les métiers du fixed income mais aussi des equities et du conseil. De fait, les banques françaises misent, entre autres, sur une industrialisation accrue de leurs flux via le développement de plates-formes électroniques. « Nous allons industrialiser notre offre dans le ‘fixed income’ pour améliorer notre efficacité opérationnelle », a d’ailleurs déclaré le directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, lors de la présentation des résultats 2013. « La faible croissance mondiale, principalement due à la baisse du ‘fixed income’, nécessite encore de contrôler les coûts », considère également Pierre Reboul. Les acteurs restent donc très attendus sur ce sujet. 

Synergies

« Pour améliorer la rentabilité, réduire les coûts ne suffira pas ; il faut aussi générer davantage de revenus », assure Gwenaël Le Boulay. Le Boston Consulting Group préconise plusieurs leviers : monter des partenariats pour augmenter les synergies, adopter une nouvelle stratégie centrée sur le client et proactive, et ne plus se contenter de solliciter le client simplement pour des « deals ». Et, enfin, s’engager dans une politique de ressources humaines de « guerre des talents », dans un secteur qui s’avère moins attractif que par le passé. Pour Roland Berger aussi, les synergies sont nécessaires. « Nous allons vers des partenariats non plus simplement sur le ‘back-office’ mais sur la fabrication de produits blancs entre acteurs, par exemple. BNP Paribas a ainsi commencé à fabriquer une offre pour compte de tiers sur les dérivés actions », indique Pierre Reboul. Il  préconise jusqu’à un changement de modèle. « Les banques ont modifié leur base de coûts mais elles n’ont pas encore fait leur révolution industrielle. Tous les analystes attendent la réalisation de promesses sur les revenus et des projets de transformation industrielle pour améliorer l’efficacité des coûts. Cela va devoir se faire en rupture. Une réflexion à deux ou trois ans s’ouvre aux banques pour aller chercher de la rupture industrielle, rémunérer le coût du capital et réaliser les promesses de RoE annoncées, qui sont de l’ordre de 12 % en France », considère-t-il.  Dans un marché encore en transition, il semble que les BFI françaises se trouvent au milieu du guet dans leurs efforts pour s’adapter  à un environnement instable. 

Leur RoE a baissé d’un point au niveau mondial en 2013
Le « fixed income » en fort repli au premier trimestre

En phase avec les résultats des grandes BFI américaines et européennes qui ont pu perdre plus de 25 % de leurs revenus issus du fixed income au premier trimestre, les banques françaises ont annoncé des résultats en forte baisse sur ces métiers. Aux difficultés conjoncturelles d’un marché devenu difficile et marqué par une faible demande depuis 2013 s’ajoutent des facteurs réglementaires. Les standards de Bâle 3 contraignent les activités taux, changes et matières premières à une faible rentabilité, selon les analystes. Les revenus de celles-ci ont baissé de 21,7 % chez BNP Paribas, à 996 millions d’euros. Chez Société Générale, ils ont chuté de plus de 25 %, à 556 millions d’euros. Les mêmes activités enregistrent une baisse de 18 % de leurs revenus (231 millions) chez Natixis. En revanche, Crédit Agricole, seul groupe à afficher des revenus en hausse (de 3,2 %) pour sa BFI, a vu ceux des activités de fixed income progresser par rapport aux trimestres précédents, à 400 millions d’euros.

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