Les banques suisses doivent s’adapter dans l’urgence

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

La publication des résultats 2014 a été le prétexte de nouvelles annonces dans un cadre local et international chahuté.

Les banques suisses doivent s’adapter dans l’urgence
La Bourse de Zurich.
(rea)

Les banques suisses étaient attendues au tournant à l’occasion de la publication de leurs résultats annuels 2014. Sans dissiper l’ensemble des doutes dans un environnement périlleux tant au niveau international qu’helvétique, ni susciter l’enthousiasme quant à leurs performances opérationnelles, elles n’ont pas négligé l’exercice. De quoi permettre à leurs titres en Bourse de Zurich de regagner progressivement une bonne part du terrain brutalement perdu à l’annonce, le 15 janvier par la Banque nationale suisse (BNS), de l’abandon du taux plancher de 1,20 franc pour un euro. Olivier Gauderon, associé KPMG spécialiste des services financiers, avance que si le devenir de ce taux reste « la grande inconnue (...), les budgets des groupes suisses visent actuellement plutôt un cours de 1,0 à 1,1 franc pour un euro ».

Dès lors, l’impact de la décision de la BNS sur la rentabilité des banques reste « indéniable mais difficilement chiffrable », aux yeux d’Olivier Gauderon. Il dépend entre autres de la répartition des revenus en termes de devises. L’associé KPMG relève que le récent rétablissement plus prononcé du dollar face au franc que celui de l’euro limite l’impact pour celles travaillant davantage avec le billet vert, que ce soit aux Etats-Unis ou sur d’autres zones, au Moyen-Orient par exemple. En parallèle, la toile mondiale tissée par les plus grandes banques suisses constitue un avantage. Credit Suisse, qui a fait fondre les bonus ainsi que les rémunérations du directoire et des administrateurs, s’est voulue rassurante en indiquant que cet effet de 3 %, moins qu’attendu par le marché, sera « plus que compensé » d’ici 2017 par la mise en œuvre de mesures complémentaires d’économies de 200 millions de francs passant par des suppressions de postes en banque privée ou des transferts hors de Suisse. Un scénario qui laisse « sceptiques » les analystes de Société Générale. Rigueur oblige, Julius Baer a de son côté dévoilé un plan d’économies de 100 millions de francs impliquant 200 suppressions de postes, en majorité en Suisse. Tout en reconnaissant que « l’essentiel de nos coûts est en francs et l’essentiel de nos revenus en dollars ou en euros », Nicolas Faller, responsable de la clientèle institutionnelle d’UBP, met en avant une souplesse de la structure du groupe devant lui permettre de « gérer ses coûts plus efficacement sans avoir à remettre en cause des projets, dont certains pourraient être développés hors de Suisse, en France ou au Luxembourg ». L’actionnariat familial du groupe favorise cette vision de long terme. A l’occasion de la présentation de résultats solides, le directeur général d’UBP Guy de Picciotto a tout de même concédé que le choix de la BNS pourrait contraindre le groupe « à envisager la mise en place de mesures d’ajustement ».

Problématique taux de dépôt

Alors qu’UBS a reconnu une « pression sur la rentabilité » tout en ajustant certains objectifs 2015, les banques doivent également compter avec le passage en territoire négatif (-0,75 %) du taux de dépôt auprès de la BNS. Olivier Gauderon évoque un « défi majeur pour les banques, qui doivent désormais payer pour placer leurs importants excédents de liquidités, la part exonérée étant limitée ». Certaines ont annoncé leur choix de répercuter ce coût à des catégories de clients, les institutionnels constituant une cible privilégiée « sans que le petit épargnant ne soit encore touché ». Mais celles abattant en premier leurs cartes « prennent un risque », souligne Olivier Gauderon, selon qui d’autres établissements « sont en cours de réflexion, estimant peut-être avoir la capacité de supporter cette situation si elle devait ne pas s’éterniser ». La BNS peut pourtant difficilement faire un mouvement « avant une stabilisation des fondamentaux économiques en Europe ». Autant dire pas prochainement.

Autre défi pour les banques, outre le spectre des litiges qui plane encore au-dessus des principales, celui de l’adaptation à l’évolution réglementaire, qui implique des investissements, en lien notamment, comme le rappelle l’associé KPMG, avec la mise en place de l’échange automatique de données fiscales à l’horizon 2018. Ce sujet fiscal précis « n’est pourtant pas forcément inintéressant pour les banques, le système à venir transférant de fait vers les autorités la charge d’analyse des données et la responsabilité quant à la régularité de la situation du client ». Les acteurs suisses font face à un gendarme particulièrement sévère, et qui s’apprête à durcir ses normes prudentielles. Credit Suisse, bien qu’ayant promis de nouvelles cessions d’actifs, reste dans le viseur des observateurs, Société Générale assénant que « le déficit en capital est le principal souci structurel » de la banque. « Poudre aux yeux », selon Natixis, ou véritable gage de confiance, Credit Suisse n’en a pas moins « contre toute attente » maintenu le dividende annuel au titre de 2014. Julius Baer et UBS se sont quant à elles même permises une hausse sensible.

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