Les banques explorent le potentiel de la « Blockchain »

le 03/09/2015 L'AGEFI Hebdo

La technologie sous-jacente du « bitcoin » est au cœur de divers travaux menés par des banques qui y voient un moyen de révolutionner les paiements et plus.

Les acteurs de la finance vont-ils perdre leur raison d’être si la « Blockchain », la technologie sous-jacente du bitcoin, devenait la norme ? C’est ce que suggère Johann Palychata, un analyste de BNP Paribas Securities Services. Selon lui, cette technologie, fondée sur un registre infalsifiable et décentralisé qui permet de suivre toutes les transactions réalisées avec des bitcoins, est révolutionnaire au même titre que la machine à vapeur. Une lucidité qui tranche avec certains discours alarmistes considérant le bitcoin tout juste comme un outil de fraudeur et qui décourageaient les banques de s’y intéresser. Ce qui n’a pas empêché de grands marchands d’accepter ce type de paiements et les banques de décortiquer la technologie pour mieux la comprendre. De passage à Paris cet été, Matthew Leavenworth, responsable stratégie et innovation de l’activité global transaction services de Bank of America Merrill Lynch, indiquait : « Nous sommes en phase exploratoire concernant la technologie Blockchain qui permet de transférer de l’argent partout dans le monde en temps réel. Tout établissement d’envergure devrait travailler sur le sujet car la Blockchain est un système ouvert et mathématiquement pur qui repose sur un registre accessible à tous : si quelqu’un essaie de fausser une transaction, c’est visible dans la chaîne. »

Néanmoins, l’usage de la Blockchain ne pourra se diffuser que si la gouvernance de cette technologie est mieux sécurisée et si elle intègre les règles antifraude et antiblanchiment. En outre, il faudrait également la rendre facile d’utilisation. Pour Matthew Leavenworth, c’est au secteur financier d’y travailler et de se préparer à sa généralisation qui pourrait modifier en profondeur le modèle économique des transactions.

20 milliards de dollars d’économies

En juin, Santander InnoVentures a d’ailleurs publié un rapport estimant que les banques pourraient économiser 20 milliards de dollars en utilisant la technologie Blockchain parce qu’elle est en mesure de révolutionner les nombreux processus sous-jacents aux transactions internationales ou domestiques. Utiliser la Blockchain et un registre décentralisé éviterait par exemple de maintenir un système de paiement lourd et onéreux comprenant notamment des chambres de compensation. C’est également l’opinion des économistes de BBVA Compass qui anticipent que cette première transformation touchera ensuite les actifs échangés de façon électronique : obligations, actions, dérivés et prêts. « Le système actuel, dans lequel les institutions financières gèrent les comptes des individus d’une manière centralisée et placent leurs réserves auprès de leur banque centrale, pourrait être remplacé par un internet de l’argent ou de la finance totalement décentralisé », estiment-ils dans un rapport. Et même s’il reste des obstacles réglementaires à surmonter, selon eux, il est clair que la Blockchain exercera ses effets « disruptifs » sur les métiers de la banque par une refonte massive des processus et par une réduction de coût significative.

Au-delà des convictions, certaines banques sont passées à l’action. Barclays a sélectionné trois start-up spécialisées dans la technologie Blockchain ou assimilées pour suivre son programme d’accélération à Londres et collabore avec des spécialistes afin de créer des usages industriels. Pour Barclays, la Blockchain pourrait résoudre les problèmes d’authentification des personnes dans le cadre de transactions électroniques, voire permettre de tracer toutes sortes de biens. Chez UBS, on anticipe que les transactions internationales pourraient se réaliser non plus en jours, mais en minutes. Encore faut-il développer les applications adéquates. La banque a fondé des laboratoires d’innovation à Londres, Zurich et à Singapour où des start-up travaillent sur cette technologie pour la rendre sûre et efficace, et lance un concours d’innovation, « Future of finance competition », incluant des ateliers sur la Blockchain et autres technologies qui permettront à la finance d’évoluer. La course à l’appropriation de la Blockchain est bel est bien lancée.

ZOOM
(Bloomberg)
La Banque d’Angleterre visionnaire

Dès février 2015, la Banque d’Angleterre estimait que la technologie des registres décentralisés sur laquelle reposent les monnaies virtuelles pourrait avoir un potentiel considérable. Quelques mois plus tard, la même Banque d’Angleterre indiquait que les banques centrales travaillaient sur des systèmes hybrides utilisant la technologie « blockchain ». Des recherches sont encore nécessaires pour concevoir un tel système sans compromettre la capacité de la banque centrale à contrôler sa monnaie et à sécuriser son système financier. Des travaux seraient en cours pour définir des règles prudentielles spécifiques et pour appliquer les réglementations sur le KYC (know your client), l’antiblanchiment mais aussi l’identité numérique et la protection des données personnelles.

A lire aussi